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JOHN GRAND-CARTERET
BISMARCK
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/ »
IL A ETE IMPRIME
20 exemplaires numérotés sur papier de Chine,
10 exemplaires numérotés sur papier du Japon.
A MA MlillE
DONT LK <:(*:lh kst Don
Je dédie ce lime sur le « Chancelier de Fer »
J. (j.-C
CLICUBS DB LA MAISON
VBRDODX, DUGOURTIOUX BT HUILLARD
UMB PREDICTION ALLEMANDE
EN TRAIN DE SE REALISER
Le Punsch de Munich, feuille à caricatures avec laquelle
le lecteur va faire plus ample connaissance, publiait le
il janvier 1863 le dialogue suivant entre Maxl et Sepperl,
deux petits bonshommes parlant de tout et sur tout, qui
tiennent à la fois du gone de Lyon et du gamin de Paris :
Maxl. — N'est-ce pas? dans les veines de M. de Bis-
marck circule un vieux sang noble.
Sepperl. — Certainement.
Maxl. — Oh ! il viendra bien, quelque jour, au rang de
vietuB fer.
Sepperl. — Très probablement.
La satire saute aux yeux. C'était, comme on le verra,
une de ces nombreuses allusions aux paroles alors célèbres
de M, de Bismarck : « L'Allemagne devra être régénérée
par le fer et par le sang », que les journaux à caricatures
affectionnaient tout particulièrement.
Or^ aujourd'hui, les temps sont accomplis. La prédiction
de 1863 est devenue une réalité en 1890.
.
r
D'après un encadrement de Ed. Daelen.
AVANT-PROPOS
PORTRAITS DE M. DE BISMARCK
J'estime qu'il est toujours utile, lorsqu'on se pro-
pose de biographier un personnage en vue, de don-
ner un portrait, si ce n'est de l'homme moral,
tout au moins de l'homme physique. Et à plus
forte raison quand il s'agit de faire défiler la vie de
ce personnage au moyen de l'image comique. La
caricature étant la falsification du passeport indi-
viduel, il importe de rétablir le passeport dans sa
teneur exacte.
C'est pourquoi j'ai tenu à placer ici dès portraits
du prince de Bismarck sous les deux formes géné-
1
2 AVAiNT-PKOPOS
ralement employées : la forme graphique, la forme
littéraire.
Les portraits graphiques représentent le Chan-
celier allemand aux deux extrémités de sa longue
carrière, Tun à lorigine, d'après une peinture de
famille datée de 1847, l'autre à son déclin, d'après
le tout récent dessin de M. Gaston Vuillier, dans le
Monde illustré^ sur les derniers documents photo-
graphiques venus de Berlin.
Voici, d'autre part, les portraits littéraires, de
provenances diverses , mais tous postérieurs
à 1870.
D'abord, Bismarck vu par l'écrivain hongrois,
Maurice Jokai, en mars 1874 :
« Le prince de Bismarck est d'une taille athlé-
tique ; haut de six pieds, les épaules larges, les
mains puissantes, — des mains dont la pression
laisse deviner une force musculaire considérable
— le visage différent de tous les portraits que j'ai
vus et qui en font un être morose et atrabilaire. »
Bismarck observé par M. Amédée Pigeon,
durant l'hiver de 1881 (1):
(1) L'Allemagne de M. de Bismarck, par Amédée Pigeon.
Paris, 1885. Un des meilleurs ouvrages publiés depuis 1870
très^consciencieux et souvent très- exact.
POHTHAITS DE M. DE
n Le portrait de l'homme physique, personne, à
mun avis, ne l'a fait, pas même Lenhach qui n'a
M. de BUmarck ea 1817, député au Landtag.
(D'apr«a qo porlciil da famllls.)
représenté que l'attitude du lion orgueilleux, et
encore en l'exagéraot. On sent trop que ce portrait
a été fait pour en imposer au voyageur qui tra-
verse le Musée. II faudrait ici un Holbein qui pût
4 AVAWT-PROPOS
r
s'asseoir pendant quelques matinées en face du
prince — ou tout au moins un Prud'hon, devant
lequel le prince consentît à poser, comme autrefois
Talleyrand.
« Quand on n'a pas vu encore le prince de Bis-
marck et qu'on n'a eu sous les yeux que des pho-
tographies plus ou moins fidèles, qui ont au moins
ce grave défaut de représenter l'homme figé et
alourdi, on ne sait rien sur le prince. »
Suit la première impression, lorsque le Chance-
lier fit son entrée au Reichstag :
<( Il me parut énorme. Il se peut que, d'abord, je
n'aie pas vu bien net; mais, pendant les trois
heures que dura ce jour-là la séance, j'eus le
loisir de regarder le prince tout à mon aise.
... <( Le prince ne gesticule jamais en parlant. Il
lève le bras droit, au hasard, comme machinale-
ment, avec un geste raide çt automatique de pou-
pée articulée.
« Et quelle tête! Je n'en connais qu'une plus
grosse : c'est celle de Scipion l'Africain, qui se
trouve dans la galerie des Antiques du Musée de
Berlin. »
Enfin, dernier portrait, tout récemment tracé
^— mai 1890 — par M. Henri des Houx :
I.B PRINCE DB BISUARCK BN 1890
D'aprïi la porlralt pub]i« par M. S. Vuilliar dana le Moadt il
6 AVANT-PROPOS
I
^
« Le prince de Bismarck est une manière de
géant par la stature. Une fîère prestance la re-
hausse encore. Ses larges épaules sont taillées en
carré ; son embonpoint est justement tel qu'il doit
être relativement à sa hauteur.
« Son front est sourcilleux et dégarni comme
une cime neigeuse. Le nez, aux larges narines,
tombe droit.
(( Ce qui frappe surtout, dans cette physionomie
imposante, ce sont les yeux profonds, bleus comme
les lacs de montagne et entourés d'une forêt de
poils hardiment relevés, énormes, qui naissent de
la paupière même et ombragent une partie du front.
Le bas du visage est d'une carrure harmonieuse
avec le sommet. Une épaisse moustache blanche
couvre une bouche où réside toute la grâce de cette
altière figure. Cette bouche est souriante, à la fois
ironique et bienveillante. »
Ce sont bien les sourcils aux poils énormes, le
nez aux larges narines que nous retrouverons dans
les caricatures deCham, souvent à peine chargées.
Et les caricatures de Vienne et de Berlin ne feront
que confirmer, au point de vue comique, les trois
portraits ainsi tracés en 1874, en 1881, en 1890.
Avant de terminer, je tiens à remercier tous
PORTRAITS DE M. DE BISMARCK
ceux qui ont bien voulu contribuer d'une façon
quelconque au succès de ce livre : la librairie Per-
rin, qui Ta édité d'une façon luxueuse, tout en le
laissant à la portée du grand public; les éditeurs
et directeurs de journaux qui, avec la plus grande
obligeance, m'ont envoyé leurs collections de
« Bismarckiana » ; les artistes qui, gracieusement,
m'ont apporté le concours de leur crayon : MM. Ad.
Willette, J. Blass, Félix Régamey, Tiret-Bognet,
de Sta, Moloch. Grâce à eux, quelques composi-
tions inédites ontpu ainsi être jointes aux reproduc-
tions documentaires qui constituent l'illustration du
volume. Mais ce serait de ma part ingratitude de
ne point remercier particulièrement Willette et
Blass : Willette l'humoriste à la fois artiste et pen-
seur, qui a conçu un Bismarck bardé de fer, le
Bismarck que retiendra l'histoire, digne de figurer
aux côtés du « Frédéric » de Menzel; Blass le créa-
teur des types les plus amusants de la caricature
politique contemporaine, qui a su donner à ce livre
la couverture à la fois humoristique et pittoresque
qui seule pouvait lui convenir.
Par vous, mon cher Blass, le Chancelier est
quelque peu tiré par les cheveux, et ses trois poils
obtiennent les honneurs de la vitrine.
AVANT-PROPOS
Laissant l'injure aux impuissants du crayon,
vous avez compris la vraie force de l'image, qui
est de faire rire. Et soyez sûr que le caricaturé ne
sera pas le dernier à rire de sa caricature.
JOHN GRAND-CARTERET.
|i
§&. p'-
^^^-^^
^^^ÉàijiîÉ
^^^
Vignette de Daelen.
{Biimarck'a Bimmelfalirt ,)
BISMARCK
EN
CARICATURES
Ce n'est pas en injuriant l'ennemi ^ c'est en
l'appréciant â sa juste valeur qu'on s'honore.
I
9 »
CONSIDERATIONS GENERALES
Appréciation de M. de Bismarck sur la caricature. —
Gomment il faut conceToir le portrait-charge en Alle-
magne. — Pas de caricatures sur l'homme d'État prussien
avant 1862. — Points de ressemblance entre M. de Bis-
marck et Napoléon III.
En 1869, lors d'un procès intenté au Kladdera-
d&tsch par M. Camphausen^ ministre des finances
de la Confédération de l'Allemagne du Nord, of-
fensé de se voir représenté en mendiant, implo-
rant la pitié du Reichstag, l'avocat du journal
10 BISMARCK EN CARICATURES
berlinois ne craignait point de s'exprimer ainsi :
« M. le ministre des finances se sent atteint, il
» est alors d'un tout autre tempérament que le
y) prince de Bismarck. Celui-ci ne se trouve point
» offensé dans son honneur, quand tous les jour-
» naux comiques du monde entier lui font prendre
)) les positions les plus variées, tout simplement
» parce qu'il sait n'avoir pas à souffrir de ces
» charges. »
Celte déclaration, cette sorte de constatation
était précieuse à recueillir en tête d'un volume
qui peut être considéré comme l'histoire caricatu-
rale de M. de Bismarck. Elle a été confirmée de-
puis, et par le chancelier lui-même, dans sa corres-
pondance, et par les nombreux chroniqueurs qui
l'ont étudié pendant la guerre, à Versailles, sous
son côté intime, en quelque sorte familial, on
serait tenté de dire paisible et hospitalier, si l'on
osait s'exprimer ainsi au milieu des horreurs du
moment.
M. de Bismarck ne voit pas, comme Veuillot,
un crime de lèse-divinité dans le fait d'altérer, de
grossir, de charger les traits de la créature faite à
l'image de son Seigneur. Non. Le gros rire germa-
nique, de même essence que le rire saxon, se
CONSIDERATIONS GENERALES
13
complaît volontiers dans ces amusantes déforma-
tions. M. de Bismarck, od le sait, se pâme d'aise
devant les joyeuses pochades de Busch. Ce qui
fiUmarck déchirant la constitution de la Prusse.
(Kladderadalach, H décambra \Set.)
le ports : • Avec ueiR j« De puiB
lui déplaît, dans la caricature, c'est l'influence
qu'elle peut exercer, comme arme politique,
contre la prépondérance prussienne : alors elle
devient, à ses yeux, une ennemie, au même titre
14 UlSMAllCk E> CAHICATLHES
que le parlementarisme, que la « phraséologie avo-
cassière », suivant son expression préférée.
Du reste, le portrait-charge tel que le prati-
quaient, au dix-huitième siècle déjà. Italiens et
Anglais, tel que Tout compris, chez nous, Dau-
mier, Benjamin, Carjat, plus tardGill et les dessi-
nateurs du second Empire, existe à peine, en
Allemagne. Importé par Vienne, avec le journal
grand format aux images coloriées, il est, à Berlin,
de date récente, et encore n'est-ce point le pro-
cédé de la grosse tète sur un petit corps.
11 s'ensuit que toute caricature sur M. de Bis-
marck se trouve être, de l'autre côté du Rhin, ou
l'annotation d'un fait politique ou une scène de la
vie intime du grand chancelier, occupant la place
principale, et par droit de conquête, et par droit
de célébrité. Peut-être, par habitude, en sera-t-il
ainsi longtemps encore.
Mais autant cette popularité par l'image, une
fois acquise, s'est développée avec une rapidité
extraordinaire, éclatant comme une fusée, autant
elle fut longue à se produire.
De 1847 à 1862, M. de Bismarck s'agite pour-
tant. Adversaire de tout droit populaire, il vote
contre les libertés nouvelles, contre le parlemen-
CONSIDÉRATIONS GÉNÉHALBS IS
tarisme, il mène la résistance du parti féodal ;
adversaire du mouvement national allemand,
entendant rester Prussien et rien que Prussien, il
s'élève contre le Parlement de Francfort, qui rêve
Sujcl tiré de la tragédie classique.
[Piimch. IB juillet 1SS3.J
Napoljgn eu Clïtemneatre, Bismarck en Ègiathe, sa préparanl à por-
ter le coup de gr&ce au Zollverain (l'Union douanlera alleinande qui i
précédé la Confédération de 1367). Sur la panoplie du fond oa lit ^ Êga-
Utéda droits (dea tarifa) et sur l'épés de Biimarck ; Trniléi de commerce.
Biamarck asmlilailt hésiter, Napoléon lui dit ; • Joli coco, par ma foi !
Et ti voudrait Stro mon ainil RevieBs-y at je tefl... un coup de pied...
quelque part. Tu n'es point digus que l'on comprometta pour toi sa
mauTsiie répulaliaa. •
une sorte d'unité; piétiste-évangéliste, il repousse
le mariage civil et se prononce pour l'État chrétien.
Voilà, ce semble, une amusante figure à clouer
IG BISMARCK EN CARICATURES
au pilori, à une époque où T Allemagne se couvre
de charges violentes sur les politiciens.
Nommé, en 1854, ministre de Prusse à la Diète
germanique, il combat de toutes ses forces Tin-
fluence de F Autriche, il s'attache à réfuter les pré-
ventions du roi contre Napoléon III, il rêve de
projets d'alliance avec la France et la Russie.
Plus tard, ambassadeur à Paris, il se trouve en
intimité parfaite avec l'Empereur. Nos deux per-
sonnages se sont compris ; ils s'entendent comme
larrons en foire. Encore une physionomie intéres-
sante, à une époque où les journaux à caricatures
prennent la défense des idées libérales.
Eh bien I il faut son entrée aux affaires comme
ministre d'État, pour que le crayon se décide enfin
à vulgariser les traits de M. le comte de Bismarck-
Schœnhausen. De 1847 à 1852, les feuilles sati-
riques allemandes se sont surtout élevées contre la
Sainte-Alliance des souverains et contre le milita-
risme à la prussienne; elles sont nettement révolu-
tionnaires. De 1860 à 1867, elles dénonceront,
elles attaqueront par Timage les tendances conqué-
rantes de la Prusse, mais en visant spécialement
M. de Bismarck, l'homme en qui s'incarnent ces
tendances, et Napoléon III, qu'elles considèrent
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES 17
comme un agitateur dangereux, avec ses projets
constants de remaniement de la carte d'Europe.
Vus à traders quelque grand m H , ces faits con-
Choscsilc Bmrril?.
L'an. — Riao à négocier! Riea à trafiquer! Beaui iiiurceBuI de paja
condïtlooa absolamant avanlageusaa.
Bvac voua, en Tenant au muDdel Et cependant voua en ivei, de Joliss
servent une allure solennelle ; mais annotés, mis
en relief par de joyeux crayons, ils prennent leur
véritable couleur : c'est de la comédie qui abou-
18 BISMARCK EN CARICATURES
tira au drame. « Notre position actuelle dans la
Confédération », écrivait M. de Bismarck à M. de
Schleinitz, le 12 mai 1859, « est un mal que nous
serons obligés de guérir tôt ou tard, ferro et
igné. »
« Par le fer et par le sang », toute la politique
prussienne de 1862 à 18701 C'est le côté tra-
gique. Mais il y a également un côté comique,
un côté tenant à la fois du reître et du trafiquant,
du détrousseur de grand chemin et du marchand
de contremarques. C'est ce côté que les journaux
à images ont pris soin de faire ressortir, non sans
montrer en M. de Bismarck un élève docile de
Napoléon III.
Suppression de la liberté de la presse, mesures
rigoureuses contre les fonctionnaires suspects
d'opposition, poursuites contre les députés, tout
dans les ordonnances et dans les actes de mai 1863
ne rappelait-il pas les décrets de 18S2 ?
Ce n'est pas sans raison qu'en 1870 un démo-
crate allemand pouvait écrire : « Bismarck a
été le singe de Napoléon III, mais le singe a
rompu sa chaîne, et il a tordu le cou à son mon-
treur. »
Et tout s'explique, et tout devient d'une lucidité
CDNSiDÉRATlONS UÉNÊnÀLËS 19
parfaite, quand on contemple cette histoire en
petites vignettes.
On comprend pourquoi Napoléon a été séduit,
pourquoi il s'est laissé acculer, et pourquoi, fina-
Proverbes illustrés ; Sang et fer,
(rigaro, 1 r noveuibra isaa.)
lement, il a été roulé par l'habile compère qui
avait eu soin do garder en main tous les atouts.
L'Empereur est tombé sous des monceaux de
caricatures ordurières ; M. de Bismarck, si vio-
lemment pris à partie, pour avoir refusé de coopé-
rer à la création d'une Allemagne démocratique,
force tous les Allemands à le respecter et à l'aj-
20 BISMARCK EN CARICATURES
mirer, parce qu'il leur a donné une Allemagne
unie — quoique... Prussienne.
Et, chose singulière, le 2 Décembre a laissé dans
l'histoire une impression de froid glacial ; le l«'juin
1863 a été la source du feu sacré qui s'est emparé
de la brumeuse Germanie, après l'avoir fécondée
du sang de ses enfants.
II
BISMARCK ET SA GALERIE d'iMAGES '
Bismarck et Bonaparte. — Bismarck en Napoléon le»-. —
L'album Bismarck. —Bismarck etrAlmanach à aiguille.
— Bismarck dieu de la machine à broyer. — La caricature
européenne spécialement dirigée contre Napoléon IH. —
Bismarck scalp lé en casse-noisette.
Alexandre voulut être peint par Apelles; Napo-
léon P^ vainqueur des Italiens, fut sculpté par
Canova, l'artiste au puissant génie, que ces mêmes
Italiens révéraient à l'égal d'un dieu ; quoi qu'on
en ait dit, je ne sache pas que Bismarck se soit
jamais adressé à un de nos grands maîtres con-
temporains pour se faire peindre ou sculpter par
lui. Et je doute fort, d'autre part, que, comme
Bonaparte, il ait, un jour quelconque, laissé
échapper cette exclamation : « Si je n'étais pas
conquérant, je voudrais être sculpteur! » Une
22 BISMARCK EN CARICATURES
telle idée, une telle passion esthétique ne sont
pas faites pour germer en son cerveau. Ce n'est
point un conquérant aux conceptions hardies, vou-
lant refondre le monde en un moule nouveau : c'est
un conquérant ayant mené à bien une œuvre dès
longtemps préparée, ayant vu simplement la patrie
avec cet esprit pratique qui est le propre de sa race,
n'ayant jamais songé à faire de grandes choses,
ces grandes choses avec lesquelles on se couvre de
gloire, et qui, malheureusement, aboutissent tou-
jours à des 1815 plus ou moins onéreux.
Le premier Consul a eu ses images populaires
dans lesquelles, à pied ou à cheval, il apparaît tou-
jours guidé par la Victoire aux ailes amplement
déployées : Bismarck, lui, aura sa chronique illus-
trée, la notation graphique au jour le jour de ses
faits et gestes.
La caricature a reculé devant l'étoile de Bona-
parte et surtout devant la police du Consulat. Au
contraire, elle n'a point épargné Bismarck travail-
lant à la destruction des anciens États germa-
niques pour arriver au nouvel Empire alle-
mand.
Napoléon tombé reçut une avalanche de satires
crayonnées :1e tout-puissant inspirateur de la poli-
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24 BISMARCK EN CARICATURES
tique des HolieiizoUem qui a, cependant, suscité .
bien des haines, disparaît, sans que la caricature
paraisse vouloir se venger sur lui. Bien plus, sous
la forme humoristique, elle sert sa gloire. Mu-
nich, depuis longtemjps, s'est désintéressée de la
politique. Vienne prend gaiement la chose. Pour
elle, c'est un colosse qui tombe ; c'est Hercule qui
se retire sous sa tente. Hercule vêtu de peaux de
bêtes, en main une hache formidable, prête à en-
tailler des forêts entières.
Un journal de la cité du Danube a cherché à
établir un parallèle entre les adieux de Fontaine-
bleau et la retraite de Friedrichsruhe : selon lui,
retraite comme adieux sont une fausse sortie. Na-
poléon est revcuiu de l'île d'Elbe, dit-il, Bismarck
reviendra de Friedrichsruhe. Les hommes de leur
trempe ne tombent que vaincus et, vaincu, Bis-
marck ne l'est point.
Enfin, qui l'eût cru? voici Timagerie allemande
qui nous donne des Bismarck à Sainte-Hélène :
même pose, même regard songeur, même costume,
mêmes bottes que le petit homme à la redingote
grise. Bismarck n'est-il pas né le 1®^ avril 1815,
alors que Napoléon P^ menait la grandiose épopée
des Cent-Jours ?
BISHAIICK ET SA GALERIE d'iHAGES 25
Donc, Bismarck a eu ses illustrateurs, et, vi-
vant, il a son album, tout comme un professeur
d'Université qui se retire après trente ans de .
Bismarck, en Napoléon 1"'' à. Sainte-Hélène.
{l^igaro. avril ISUt.)
loyaux services. Le Bismarck-Album que publie
le Kladderadatsch avec un succès sans pareil, a
déjà pris place dans toutes les familles d'Outre-
26 BISMARCK EN CARICATURES
Rhin, coudoyant sur les tables Amor und Psyché
et les plaquettes de Schultze et MûUer, les deux
petits bonshommes berlinois qui, en images dialo-
guées, causent de tout et sur tout. Quelque chose
comme un Album-Thiers^ qui serait uniquement
composé des Gill de V Eclipse.
Mais, si intéressante qu'elle soit, cette publi-
cation n'éclaire qu'un côté de la figure. Une icono-
graphie, non seulement pour être complète, mais
encore pour présenter quelque valeur documen-
taire, demande tant soit peu de variété, et le crayon
de Scholz, le caricaturiste berlinois, a vu éternelle-
ment le même Bismarck.
Or à un homme européen il faut donner une
galerie d'images plus vaste, plus variée: à celui
qui, depuis plus de vingt ans, a joué un rôle pré-
pondérant dans l'histoire des relations internatio-
nales, il est bon de montrer ce que les peuples ont
pensé, là où sa politique a été abhorrée; ce que les
crayons ont dessiné, là où ils étaient libres, là où
ils lui sont ennemis.
Une fois de plus, je mets à profit l'occasion pour
prouver que l'histoire la plus vraie, la plus saisis-
sante s'écrit à l'aide des documents graphiques par-
lant à la fois aux yeux et à la pensée.
BISMARCK ET SA GALERIE d'iMAGES 27
Jamais, du reste, pareille circonstance ne se pré-
senta. Certes, la poussée d'images boulangistes qui
a déjà eu son histoire (1) était bien intéressante à
noter; mais c'est plus tard, seulement, qu'on
pourra l'étudier, alors que Ton sera renseigné d'une
façon définitive sur son importance, alors qu'on
saura si ces images ne furent qu un mouvement de
spéculation factice et si ce premier acte a reçu une
suite logique. Bismarck, au contraire, c'est vingt-
huit ans d'histoire, presque un tiers de siècle.
Quelle histoire et quel siècle !
L'histoire de nos désastres, la perte de l'influence
française, le siècle du fusil à aiguille et de la Tour
Eiffel, des grandes découvertes, des recherches
incessantes dans le domaine de la science condui-
sant, à la fois, à la marche toujours ascendante de
l'industrie et aux progrès dans l'art de détruire.
En 1868, Charles Joliet publiait une petite pla-
quette, VAlmanach Bismarck, sur la couverture
de laquelle on lisait : « M. de Bismarck est le dieu
de bien des machines. Comme l'Allemagne, la
(i) Voir le volume Le Dossier du Général Boulanger publié en
i888 à la Librairie Illustrée (Georges Decaux), par Georges
Grison. Il vient également de paraître, tout récemment, une
Icono-bibliographie des chansons faites sur le Général,
28 BISMARCK EN CARICATURES
France porte ses couleurs feuille morte et tabac
d'Espagne. La mode les impose à toutes les créa-
tions de ses caprices. M. de Bismarck passe à
l'état légendaire. »
Hélas oui I après avoir fait concurrence au
rouge Magenta, au bleu Mexico, le brun Bismarck
devait détrôner toutes ces couleurs, en cette même
année où, toujours rieur, toujours à l'affût de l'ac-
tualité, l'esprit français lançait « VAlmanach à
aiguille^ par le baron de Brisemarque I »
La contre-marque, elle-même, ne fut-elle pas,
un moment durant, la « bis-marque »?
Et, depuis lors, mettant en pratique ce que
constatait l'almanach de 1868, M. de Bismarck est
devenu, effectivement, le dieu d'une machine formi-
dable, après avoir imposé à toutes les nations ses
caprices et ses couleurs.
Il est la personnification la plus haute de l'em-
ploi des forces nouvelles, dans un but de des-
truction, d'accaparement et de conquêtes. Il a
été le rouage principal de ce mécanisme. A l'ar-
mée de la Révolution, mue par les grandes idées
d'émancipation, à cette armée qui, pour la der-
nière fois, durant les guerres du second Empire, a
montré l'enthousiasme, Tinsouciance, la furiH des
BISMARCK ET SA GALERIE d'iMAGES 29
anciens jours, il a opposé rarmée scientiflque,
n'abandonnant plus rien à l'initiative individuelle,
rarmée-machine, de longue date dressée par l'exer-
cice à la prussienne, et dont le dernier mot, quelque
jour, sera, certainement, l'automate mû par Télec-
tricité. Ceci, Caran d'Ache Ta très nettement
perçu en certaines de ses caricatures, dessinées avec
tant de brio et d'humour.
Bismarck ! il a été tout et il ne le laissait point
voir. Il se retranchait derrière son souverain, en
fidèle ministre, en politique consommé. Mais, au-
tant il tenait à rester derrière le rideau, pour, de
là, pouvoir tout diriger, autant il se complaisait à
afficher l'activité encombrante, la maladie locomo-
trice et annexionniste de Napoléon III. Parcourez
les journaux satiriques publiés en Espagne, en
Italie, en Angleterre, en Amérique, de 1867
à 1870 : nulle part ne se voit le visage de Bismarck,
alors que, partout, apparaît la figure de Napo-
léon III, au nez ridiculement bombé, dont les
Espagnols finissent par faire un véritable Polichi-
nelle. L'Europe n'en veut point à la Prusse, elle
est si sage, si peu encombrante, si peu occupée
de ses voisins; celui qu'elle poursuit de ses sar-
casmes, c'est l'Empereur des Français.
30 BISMARCK EN CARICATURES
Ce n'est pas pour rien que le gouvernement, ins-
truit par ses agents et de visu — peut-être
ignore-t-on que Napoléon III fut un des plus
fidèles lecteurs de ce Kladderadatsch qu'il ne lui
plaisait point, et pour cause, de voir traîner sur les
tables des cafés parisiens — fermait alors les fron-
tières, d'une façon si absolue, aux feuilles carica-
turales du dehors. Qui eût vu II PasquinOy II Fis-
chietto^ SpiritoFollelto^ Gil Blas, El Mosquitem^
Jeremias, — je ne parle pas, à dessein, des
feuilles germaniques, — eut compris que l'ennemi,
pour l'Italien comme pour l'Espagnol, ce n'était
pas Bismarck, mais Napoléon. J'ai dit avec quelle
machiavélique habileté, le ministre prussien avait
travaillé à ce résultat.
On voit donc l'importance du document gra-
phique, et combien il serait intéressant, instruc-
tif, de laisser l'image se répandre au lieu de la
confisquera la frontière. Mais, voilà! on ne pou-
vait permettre, venant du dehors, ce qu'on ne vou-
lait pas tolérer chez soi : ouvrir les portes aux cari-
catures étrangères sur Napoléon III, c'était admettre
implicitement, tôt ou tard, la liberté intérieure du
pamphlet dessiné.
Et maintenant, ai-je besoin de le dire? on ne
BISMARCK ET
31
cherchera point ici une iconographie de M. de Bis-
marck, sous toutes ses formes, dans toutes ses mul-
tiples manifestations. A notre époque, où l'indus-
trie s'empare indistinctement des personnages et
des choses en vue, le général Boulanger, M. de
Bismarck, la Tour Eiffel se rencontrent sur les
mêmes objets. Et, dans ce
domaine, les Allemands ne
procèdent pas autrement que
nous. H y a des pipes, des
assiettes, des carreaux
poêle, des couvercles
chopes avec des Bismarck;
on le tisse, en guise de lans-
quenet, sur les rideaux, on
le met sous verre, dans des
s'en sert comme liligranc, on l'imprime sur les
cuirs et sur les étoffes, sans parier des bronzes, des
sujets de pendule, des bustes en biscuit.
Les Suisses font mieux : ils le sculptent, ils le
découpent en bois et lui donnent, ainsi, des attri-
butions multiples, quoiqu'ils se plaisent surtout à
le représenter sous la forme de bouledogue, de
casse-noisette ou d'encrier, le plus souvent avec
des contorsions grotesques.
La chope Bismarck,
presse-papier,
32 BISMARCK EN CARICATURES
M. de Bismarck cassc-noiscttc ! et cela après
Napoléon III, car c'était une des figures que la
caricature aimait à donner à Tex-Empereur : quelle
leçon et quelle vérité! Lui aussi, il en a cassé des
noix et des noisettes, et peut-être en est-il encore
beaucoup d'autres que l'Allemagne voudrait lui
voir casser.
Comme Napoléon III également, il joue le rôle
du diable dans les petites boîtes carrées desquelles,
poussé par un ressort à boudins, émerge le per-
sonnage chargé d'amuser ou plutôt de faire pleurer
les enfants.
inanité des choses humaines!
Avoir été prince, empereur et roi.
et devenir pain d'épice, casse-noisette ou en-
crier 1 Toutes les gloires de ce monde ne finissent-
elles pas ainsi?
m
LA CARICATURE DE NOS JOURS
ET LA CARACTÉRISTIQUE DES CARICATURES ALLEMANDES
SUR M. DE BISMARCK
Violence des caricatures rançaises contre les hommes poli-
tiques. — Nécessité de réagir. — Bismarck caricaturé
comme homme politique, toujours respecté comme
homme privé. — Caricature humoristique alors même
qu'elle est hostile.
Quel homme politique n'envierait point le sort de
M. de Bismarck, en notre Europe troublée où des
rancunes et des passions sans nom s'acharnent après
les hommes d'État ; en notre France, oii tous ceux
qui ont voulu gouverner, affirmer un principe,
montrer Tombre d'une initiative personnelle, ont
été, depuis Napoléon III, poursuivis par une cari-
cature pleine de fiel, sans mesure, et trop souvent
sans dignité, s'abaissant quelquefois jusqu'à ra-
3
34 BISMARCK EN GARIGATCRES
masser dans la boue ses arguments et ses sujets ;
en notre troisième République où Gambetta, Jules
Ferry, Floquet, Grévy et bien d'autres dont il est
permis de ne point partager les idées, ont vu des
crayons à la solde de partis hostiles, traîner au
grand jour certaines intimités de leur vie privée,
alors que, seule, la vie publique devrait être dis-
cutée, annotée, caricaturée.
La recherche du scandale, en littérature comme
en art, est une des plus tristes tendances de notre
époque. Et ce dénigrement à outrance, ce déchi-
rement, ce « déchiquètement » n'est qu'un aveu
d'impuissance. Les hommes sont ce que nous les
faisons, par nos lois, par nos mœurs, par notre
éducation. Certes je n'entends point défendre la
vertu d'aucun personnage public, mais on ne
recourt pas impunément à pareilles armes, et, en
barbouillant de boue ceux qui président aux des-
tinées du pays, on s'embrone aussi quelque peu
^ soi-même.
•"^ Ahl le mur Guilloutet, qui donc aura le courage
de l'élever assez haut pour que le crayonne livre
plus à la publicité du kiosque, ce pilori moderne,
des propos d'antichambre ou des rinçures de
cuisine?
CARACTERISTIQUE DES CARICATURES
35
Ah! la caricature, qui donc aura assez d'influence
pour imposer aux masses dévoyées, se complai-
sant en d'odieuses per-
sonnalités, les pages ma-
gistrales des crayons de
1830?
Hélas I on a habitué la
foule aux barbouillages;
elle aime à voir salir ceux
qui détiennent le pouvoir
qu'elle-même leur a con-
fié, tout comme elle so
complaît dans les bavures
groseille ou lie de vin,
dans les ocres et les sangs
de bœuf qui s'étalent à la
première page des feuilles
populacières.
Qu'un artiste sente en
lui quelque chose; écœuré
de ces personnalités, de Bi.marck en vitrail..
Vignalle du calendrier
ces basses images, qu'il du .'JcAh/*, lesT.
cherche à dégager la formule nouvelle de l'nrt
caricatural; comme Willette, en son Pierrot,
qu'il fasse appel à la philosophie, à la grande satire
36 BISMARCK EN CARICATURES
sociale, au rire vengeur, toutes choses éternelles
parce que humaines, et c'est presque avec indiffé-
rence, tout au moins regardant sans comprendre,
que la foule passera crevant ces compositions ani-
mées du souffle puissant de la pensée et delà con-
ception créatrice.
Soit 1 Laissons Tidéal entrevu par des généra-
tions plus heureuses, qui savaient encore placer
dans tout homme un principe, qui taillaient les
personnages à la hauteur de Tidée.
Eh bien! ceci, à notre époque d'âpreté inouïe
dans les luttes personnelles, un homme Ta obtenu.
Ceci : voir ses traits partout reproduits, ses actes
politiques caricaturés, sa personnalité d'homme
d'État violemment critiquée, sans que jamais
aucune allusion blessante pour sa vie se soit pro-
duite; ceci, fait rare et peut-être unique, il a été
donné à M. de Bismarck de pouvoir en jouir.
Depuis vingt-huit ans, depuis ce jour de juin 1862,
où il prit en main la direction des affaires de son
pays, ayant à lutter (comme les images ici repro-
duites le rappelleront avec éloquence) contre des
antipathies naturelles, contre des libertés acquises,
contre un état de choses sanctionné par des siècles
de vie publique, et, pour tout dire, contre les
{Figm-0, 31 aoûli8S9.)
Lai dsDI panonnBgai qui regardant BisisHrck-Uarguecile se livrer i
ce palit jaa Innocant parsoDaiftant l'Aulrlchs et l'Italie. A remarqïsi ijin;
Isa pitalra de la modeate pïi[ueretta qu'effeuille le chuiceliei lont •lei-
CARA.CTÉUISTlyi;E UES CARICATURES 3il
haines bien justifiées de l'Allemagne du Sud, pas
une caricature qui manque de dignité, pas une
image qui cherche à salir cet ennemi, contre
lequel on fait cependant tièche de tout bois. Et il
en est de raides, parmi ces satires crayonnées, qui
Partout lies co'.èrcs : à Berliu, le cbaucelier; k Vieuae,
l'opposition.
IKiks'-m, i déuembrs 1881.)
resteront comme autant d'actes d'accusation contre
les duretés de sa politique ; il en est de terrible-
ment vraies dans ce Figaro de Vienne, qui a inau-
guré la charge au jour le jour faite par des artistes,
et dans ce vaillant petit Punsch de Munich, étouffé
par la guerre de 1H70, emportant avec lui les der-
40 BISMAHCK EN CAUICATURES
nières manifestations de la grande satire politico-
sociale inaugurée en 1847 avec les Leucht-
kugeln{i).
Qu'il s'agisse des portraits à la mine de plomb
de Menzel, croquis personnels rehaussés d'une
pointe d'humour telle que ceux qui ne sont point
familiarisés avec l'art germanique les prennent
pour des caricatures ; des vignettes de Scholz dans
Ig Kladderadatsch, des pages que Juch professeur
d'esthétique et personnage officiel, dessine pour le
Figaro avec une telle science qu'on pourrait voir
en elles de véritables académies caricaturales ;
ou qu'il s'agisse encore des amusantes petites
vignettes du Kikeriki^ ce coq viennois qui, haut
sur ses ergots, se livre au reportage graphique
des hommes et des choses : c'est presque tou-
jours un Bismarck comicalement disséqué, étudié
dans tous ses gestes, dans tous ses jeux de
physionomie, un Bismarck amusant, souvent en
colère, quelquefois avec une pointe de gaieté que
les Germains, Allemands et Autrichiens, font
depuis bientôt vingt ans, défiler sous les yeux de
l'Europe étonnée, surprise à bon droit de trouver
(i) Littéralement « Les Fusées », journal qui eut pour
l'Allemagne, Timportance de la Revue Comique en France.
• *
CARACTÉRISTIQUE DES CARICATURES 43
tant de bonhomie, tant d'entrain chez celui qu'elle
s'était habituée à appeler le chancelier de fer. Si
même, les feuilles à images coloriées de Vienne et
de Berlin nous donnent quelque reîti^ crânement
campé, haut sur jambes, chaussé de bottes pro-
vocantes, casque en tête et le lourd sabre de
cavalerie battant à ses côtés, le dessinateur
trouvera encore moyen de communiquer à son
personnage un je ne sais quoi d'humour et de
satire.
Un géant au corps assoupli, forcé qu'il est de se
baisser sans cesse pour parler aux nains qui l'en-
tourent, un ogre bon enfant ; en toutes occurrences,
un personnage qui tient à la fois [du renard et du
lion, qui a même certains rapports avec le chien,
bouledogue ou Saint-Bernard ; un charmeur félin,
qui, toujours, fait patte de velours, un vrai Ger-
main, à la fois batailleur et rêveur, reître et phi-
losophe; un être double aimant le rire et le boire,
dont la franche bonhomie est pleine de sous-en-
tendus, qui sera aussi assidu au sermon qu'à la
Frûschopperiy qui dirige l'État avec une volonté
de fer, qui fait trembler l'Europe, et qui, comme
un vieux fonctionnaire retraité, se complaira aux
récits de la ménagère et laissera son visage douce-
44 BISMARCK EN CARICATURES
ment s'épanouir à la vue d'une Biersuppe (i),
de Knôdels (2) bien fumants, ou de Kriacken-
wûrstl (3) croquant sous la dent.
Tel est le Bismarck popularisé depuis 1870,
le Bismarck qui ne saurait se concevoir sans la
grande casquette d'ordonnance et sans l'uniforme
du cuirassier blanc, le Bismarck qui restera. En
civil, il paraît incomplet, s'il n'est pas gauche et
même quelque peu emprunté comme dans le beau
portrait de Lenbach, le puissant artiste qui n'est
plus un inconnu pour nous.
Mais, avant d'en arriver là, avant d'incarner
ainsi en lui toutes les particularités d'une race, il
a passé par d'autres étapes. Avant d'être Bismarck,
avant de devenir le représentant d*une Allemagne
nouvelle, il fut le ministre, plein de morgue, d'un
royaume encore dans sa période d'incubation et ce
sont là, aujourd'hui, autant de pages d'histoire,
qu'il est intéressant de fixer d'une manière durable,
en faisant appel au crayon des dessinateurs.
(1) Soupe à la bière.
(2) Littéralement : quenelles ; grosses boules rondes de
yiande ou de farineux qui cuisent dans la soupe et souvent
se mangent avec.
(3) Petits saucissons bien dodus.
IV
LE PREMIER TYPE
CRÉÉ PAR LA CARICATURE VIENNOISE 1862-63
Bismarck ministre. — Un policier-diplomate. — Bismarck
maudit. — Bismarck roi de Grèce. — Bismarck singe de
Napoléon III.
11 est arrivé aux affaires, lui qu'on disait ne
devoir arriver à rien (1). Mais il fallait un homme
(i) J'emprunte les renseignements qui suivent à un article
publié récemment par la Petite Revue (5 avril 1890). C'est
le résumé de ce qui se trouve dans toutes les biographies
allemandes au sujet du Chancelier.
Au gymnase de Berlin ce fut un élève médiocre, et &
Gœttingen, où il fut envoyé ensuite, un étudiant plus
médiocre encore. Il y avait un an qu'il était & l'Université
qu'il n'avait pas encore mis les pieds au cours. Comme
son père le recommandait à son professeur de droit, Hugo :
« Vraiment, dit celui-ci, je ne demande pas mieux que de
m'occuper de lui, mais il est resté invisible jusqu'à ce jour.»
Turbulent, tapageur, insolent et brutal, il buvait comme ses
46 BISMARCK EN CARICATURES
à poigne et Ton ne pouvait mieux rencontrer.
Botté, éperonné; il montra bien vite qu'il saurait
jouer au Louis XlVpour le compte de son maître.
Les lois dansèrent une véritable sarabande et la
Constitution fut ébranlée jusque dans ses bases.
Suivons, si vous le voulez bien, notre ami
Figaro, qui va, ici, nous servir de guide et nous
faire pénétrer dans le secret des coulisses.
ancêtres, il se battait comme eux : il eut plus de vingt duels
et, convoqué un jour devant le conseil de l'Université, il
8*y présenta en robe de chambre et en bottes à Técayère.
Un formidable bouledogue, qui marchait toujours sur ses
talons, faillit dévorer l'huissier qui l'introduisit.
Ce sont là des détails vulgaires ; mais ils ne sont pas
inutiles pour donner une idée de l'homme. A celte époque,
le sang maternel ne parlait pas encore : il traînait derrière
lui dans son pays des loups et des ours, tirait des coups de
pistolet aux oreilles de ses amis pour les réveiller ou don-
nait jusque dans son salon la chasse à des renards lâchés
à dessein pour effrayer les dames. Aussi, quand il devint
en i836 référendaire à Aix-la-Chapelle, on peut penser que
ce fut un singulier fonctionnaire. Il avait surtout un esprit
d'indépendance qui faisait le désespoir de ses supérieurs et
que lui-même n'a jamais toléré depuis chez ses subalternes.
Un jour que son chef immédiat lui avait fait faire anti-
chambre pendant une heure, il se fâcha. « J'étais venu,
dit-il, pour m'entretenir avec vous; mais réflexion faite, je
vous apporte ma démission. » Elle fut acceptée et il vécut
pendant quelques années en gentilhomme campagnard,
devint surintendant des digues dans son district, ce qui
était bien modeste, chassa, fuma, bâilla et enfin se maria.
Bismarck-SrIlCBrthaiisrn. — Il y existe une limilc
que peut écouler ud roi de Prusse.
LE PREUIEH TYPE CRÉÉ 49
Voici, tout d'abord, le ministre et son souve-
rain.
Le souverain est grand, maigre, efflanqué,
ventre rentré. Sur ce corps osseux flotte une
Aie faudra-t-il donc quitter la
is cet accoutre me ul?
ro, li raarilSfiS).
longue tunique... redingote de prédîcant protes-
tant, agrémentée d'épaule ttes. Il tient en main le
globe et le sceptre. Derrière lui, un personnage se
hausse pour placer sur sa tête une couronne déjà
plus Impériale que Royale. Ce personnage au
i)2 BISMARCK F:N CARICATURES
m'as réduit à la misère : de moi que veux-tu donc
encore? »
Ce qu'il veut ce « Bismarck-Papageno (1) »
cet « agile chanteur » — doux noms d'oiseau donnés
à Vienne — que le caricaturiste se plaît à nous re-
présenter en vagabond, chassé des villes, succom-
bant sous le poids de son bagage de fer et de sang,
ce qu'il veut, c'est chausser les bottes du 2 Dé-
cembre. Napoléon, qui ne l'ignorait point, a eu
soin de les poser sur son chemin, comme par
hasard. L'aigle, pour la circonstance, est devenu
un homme des bois, et le dessinateur explique
combien facilement l'on prend les singes quand,
de glu, on enduit les bottes.
. Ce qu'il veut, ce représentant du « parti des
chauves-souris » ce Junker{2) à l'esprit étroit,
fermé aux idées nouvelles, c'est changer les loca-
t taires des Chambres prussiennes. Sans plus de
façon, il va leur faire donner congé par son sou-
verain. Ce qu'il désire c'est continuer Gessler,
(i) Les feuilles caricaturales allemandes affeclionnërcnt
tout particulièrement les emprunts faits à la Flûte enchan-
tée,
(2) La chauve-souris a joué en Allemagne le même rôle
que l'écrevisse et Téteignoir dans la caricature française. —
Les Junker ce sont les vieux féodaux.
ridéa da perdre
il ISSJ).
!> *
LE PREMIER TYPE CRÉÉ o5
c'est rééditer le petit jeu du chapeau, c'est faire
saluer, par tous, le tuyau de poêle de M. de Bis-
marck. Tout autre forme de gouvernement lui
paraît, du reste, impossible.
Ainsi pense le <c Monsieur des ordonnances
sur la presse », le Monsieur qui rêve l'abonne-
ment forcé pour sa chère Norddeutsche (1) et qui,
pour ce faire, supprimerait volontiers tous autres
journaux et journalistes. Figaro qui, comme son
homonyme parisien, rase les gens au propre,
sans jamais les raser au figuré, lui répond par ce
petit entre-filet : « L'officier d'ordonnance bien
connu, von Bismarck, qui s'est acquis un nom dans
le monde des théâtres par la représentation de
plusieurs pièces à grand spectacle, a l'intention
de hâter la mise à la scène de sa nouvelle œu-
vre laquelle, très certainement, portera le titre de
« Octroi.ements ». Si les apparences ne sont point
trompeuses, le peuple berlinois, qui paraît beau-
coup s'intéresser à cette comédie, se chargera de
fournir, contre la volonté de l'auteur, le feu d'arti-
fice. »
(1) Norddeutsche Allgemeine Zeitung (Gazette générale de
rAIlemagne du Nord), aujourd'hui encore l'organe attitré
de M. de Bismarck. C'est elle qui lance ses ballons d'essai.
56 BISMARCK EN CARICATURES
Et Figaro 9 dont l'échoppe de barbier est bien
achalandée, n'hésite pas à faire, à Taide de son
crayon, une « proposition pour le contentement de
tous. » Car si la Prusse, à l'exception de la vieille
perruque qui a nom Gazette de la Croix, ne veut
pas du premier ministre, la Grèce, elle, désire un
roi. Qu'on lui donne la couronne de Grèce, à cet
enfant terrible, et les deux femmes seront satis-
faites.
Figaro a ses libres allures ; Figaro pense donc
que les feuilles prussiennes si bien traitées par les
ordonnances de Juin, ne sauraient mieux faire que
de se transporter à Vienne : là, au moins, elles
pourraient parler librement... sur la Prusse.
1862-63-64. Toute une guerre à coups d'épin-
gle, dans laquelle le premier ministre n'est pas
ménagé : on le met sur la sellette et on Toublie sur
un trône... Point celui de Grèce qu'on lui offrait si
généreusement.
Quant au type dessiné, le voici :
Un fonctionnaire tenant à la fois du policier et
du diplomate, au lorgnon vissé sur l'œil, à la tête
déjà peu garnie, à la grosse moustache; tantôt
rappelant par plus d'un trait le vieux Zop/^frôgfer(l)
(i) Zopftràger, littéralement : porteur de cadenette. Ce
LE PREUIER TYPE CREE 67
de la caricature de 1848, le ventripotent Staats-
hâmorrohid&rîu$ (2), légué par la Restauration,
EiaMAiiCK. — Arrftcï! Arrfllez!
Pl4qD« comnématatiTe pour M. da Bismarck i Da
■'■rr«U assez loaguement, dea plaques de marbre do
■ lec l'iaictiptioD suivante ea lettres d'or :
ICI
H. de Bismarck daigna. A aaa dernier passage, s'ar
ci>nlresa voloot*.
e 1S6S].
■ont, les vieilles perruques, qui, au Tigurë comme en réalité,
rËsiatërent aux attaques du progrès avec une ténacitë sans
pareille. La France s'en débarrassa en 4830. En Allemagne
on les voit encore en 1848.
(3) StaatshàmorroMdarius, littéralement l'hémorrotdaire
de VÉtat. Epithéte donnée aux vieux o culs-de-plomb » des
bureaux qui, à être éternellement assissur la moleskine ofli-
cielle, ne gagnaient pas seulement leur retraite mais aussi
des... vous savez quoi.
38 BISMARCK EN CARIGATUHES
avec son bicorne aussi profond qu'un éteignoir,
tantôt avec des attitudes de sbire plus moderne,
avec des faux airs de « baron de Mûnchhausen » : tel
apparaît sous le crayon de Léopold Millier, dessi-
nateur du Figaro en cette année 1863, celui qui
n'a encore de Bismarck que le nom. C'est un
rouage, c'est un des mécanismes de l'État, ce n'est
point le personnage qui, quinze ans après, se déga-
gera d'une façon si personnelle de tout son entou-
rage.
Ministre du roi de Prusse, il prépare, il organise
l'avenir : Berlin le craint ou l'admire, Munich le
houspille, Vienne le devine.
« Là où brillent les étoiles de M. de Bismarck, il
doit faire nuit », dit l'ami Figaro.
Le personnage se développera : la chenille de-
viendra papillon; mais de ressemblance physique
avec ce qu'il est alors et ce qu'il deviendra de-
main, n'en cherchez point. Le type de l'Empereur
d'Allemagne est déjà fixé pour la postérité, il ne
bougera plus ; la figure de Bismarck n'a pas encore
revêtu son masque, il n'est que le chevalier à la
Iriste figure de « Madame Réaction » et de « Made-
moiselle Feodalia. »
Ce Bismarck, les Allemands ne le connaissent
LK PREMIER TVPE CREP.
plus, les Français ne l'ont jamais connu; il impor-
tait donc de le tirer de l'oubli et de le faire défiler
graphiquement sous les yeux du public.
Dramaturgie, d'après * Fie^ko » de Schiller.
n Lanterne magique, pif-ce curieuse à voir! Les
verres vont changer. » Passons au second tableau.
Après Vienne, Munich.
M. DE BISMARCK CARICATURE PAR LES ALLEMANDS
1862-1869
Les petites vignettes du Punsch de Munich. — Tout au fer
et au sang. — Haine non déguisée à l'égard de Bismarck.
— Les grandes caricatures de la LtUern de Francfort.
« Je déteste Bismarck, il déteste Bismarck, nous
détestons Bismarck. » Ainsi s'exprime sur tous les
tons le Punsch de Munich, une feuille lilliputienne,
un petit carré de papier qui, pendant vingt ans, a
fait bravement son devoir. C'est dans cet in-8° qu'il
faut chercher toute la chronique illustrée des déchi-
rements, des luttes intérieures, des guerres de
1862 à 1870. Question de Pologne, question du
Schleswig-Holstein, questions du Hanovre et de la
Hesse, démêlés et batailles des chancelleries alle-
mandes, ces « toiles d'araignées de la politique »,
(i2 BISMARCK EN CAIUCATUHES
suivant la pittoresque expression de Henri Heine ;
— entrevues répétées de Biarritz entre Napoléon IH
et Bismarck; — brouilles et réconciliations cons-
tantes entre la Prusse et TAutriche, politique tor-
tueuse du ministre prussien voulant à tout prix
évincer les Habsbourg de TAllemagne, séduisant
le Roi par des projets d'agrandissement territorial,
triomphant de la Cour qui, jusqu'au dernier mo-
ment, s'était élevée contre tout conflit austro-prus-
sien (1); — hostilité non déguisée des États de
l'Allemagne du Sud; guerre de 1866, dures condi-
tions imposées aux États vaincus placés tout aus-
sitôt sous la dépendance militaire du roi de Prusse;
— machiavélisme profond à l'égard de la France;
affaires du Luxembourg ; — entrevue de Salzbourg,
entre François-Joseph et Napoléon HI (2) ; — finas-
series diplomatiques de M. de Bismarck, toujours
à la recherche d'une nouvelle occasion de rupture.
(1) Une caricature du Figaro de Vienne, en date du 14 avril
1866, est significative. Elle est intitulée : Le mauvais démon
et le bon génie et montre le roi de Prusse tiraillé entre
M. de Bismarck et la reine Augusta..
(2) Cette entrevue avait fort déplu à M. de Bismarck.
D'où la quantité de vignettes dans lesquelles on lui offre des
poires et môme des raisins de Salzbourg, fruits qu'il refuse
comme trop verts.
V
AKT 1870
iii
mais sans vouloir preodre l'initiative des déclara-
tions d'hostilités, — tous ces événements récents
et pourtant déjà lointains se trouvent exposés on
petites vignettes amusantes, que dessine et grave
(ft[[t.Mo"Ji
Etablissement du véttriDaire de la Coufédûratioa germanique.
lft,».-rft, SjaEvierCSKi,)
un artiste, d'un talent secondaire, mais aux vues
profondes, E. Schleich.
Pour le directeur du Punsc/i, l'univers se résume
en un casque, le casque à pointe prussien qu'il ne
faudrait point confondre avec le casque romain de
Bélisaire, accessoire de cari on à l'usage des cou-
lisses de théâtre; — et la comédie humaine se
64 BISMARCK EN CARICATURES
trouve mise en action par Bismarck et Napo-
léon III.
Bismarck, M. de Gebismarck-Schônflausen, —
c'est ainsi qu'on l'appelle pour le simple plaisir de
torturer son nom — n'est-ce pas la grande curio-
sité d'Europe? Pour aller le voir, on propose, pen-
dant les vacances, l'organisation de trains de plai-
sir entre Vienne et Berlin. Songez donc : Où
trouver deux personnages de son espèce? Ministre,
il a inventé le « ministère des crises », les Chambres
votent contre lui, lui 'refusent tout crédit. Chas-
seur, il se fait « ramasser » par les chamois ; pé-
cheur à la ligne, les poissons ne veulent pas
écouter ses appels désespérés. Et malgré cela, il
arrive à gouverner : bien plus, il est le maître.
La politique de fer et de sang, « c'est le sang
qui sort, tandis que, à la place, entre le fer étran-
ger ». Telle est l'explication donnée par Maxl et
Sepperl, les deux petits gamins munichois, appren-
tis savetiers, que Schleich fait manœuvrer à sa
guise. Voici, du reste, les avis qui, sous forme
d'annonces, se lisent dans le Punsch :
« Le soussigné porte respectueusement à la
connaissance de la noblesse et du très honorable
public qu'il a repris les affaires du bienheureux
ALLEHAG^E AVANT 1870 65
M. Caligula, et qu'il a l'intention de les diriger
dans un sens plus conforme aux besoins du pré-
sent. Il prie donc le public de bien vouloir
reporter sur lui la conliance que son prédécesseur
ne vmu morde. [Ls cbien porla sur son collier: parti progrossisle.)
(PujiseA, larovriecisas).
AllusiDQ SUE discuesioat satce la Prusse et l'Antrictae pnuc la gar-
avait si bien su se gagner en fait de cruautés san-
guinaires, et de donner à sa jeune maison tous les
66 BISMARCK EN CARICATURES
encouragements auxquels elle a droit. Signé :
von Bismarck-Schœnhausen, tyran de Cabinet
berlinois et faiseur breveté de Césarisme.
« Post'Scriptum. Dans mon établissement, le
sang est enlevé et redonné. Je paie bon prix les osse-
ments frais. En tout temps j'achète volontiers les
débris de viande autrichienne. Je prends à 1 silber-
groschen Id livre de vieux fer. Signé : Bismarck,
fabricant. »
Le fer et le sang sont à la mode, illustrés par
Punsch, Figaro y Latern, On voit surgir, de toutes
parts, des docteurs Blutms.nn (homme de sang)
des docteurs Eisenmann (homme de fer), des doc-
teurs Eisensiuck (barre de fer).
« C'est moi qui suis le docteur £arre de fer, dit
la légende d'un dessin de la Latern^ guérisseur de
l'État à ma manière (la gravure représente Bis-
marck arrachant la langue à dame Borussia). Avec
science et habileté je sais faire un trou dans la
Constitution. »
Voici un fait divers découpé dans une chronique
du Punsch. Alors, on ne songeait pas encore aux
réclames rimées du savon du Congo. « Au jardin
zoologique de Berlin se trouve, s'il faut en croire
les journaux, un tigre apprivoisé capturé à Siam
ALLEMAGNE, AVANT 1870
67
peu de temps après sa naissance, et ramené en
Europe sur un navire prussien. On peut approcher
sans danger de l'animal qui est le préféré du
public. Ce tigre si doux, si bon enfant, a reçu le
nom de Bismarck. »
Le
lï.
N'Mt.C«
pa..
oest ce ij
[ui s'appelle
tourm
sDte
r ]e9s
niiDB
UK n [
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U tue ou que j
e te aorte de
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coudre de
■ bonoe^àce
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(/■«,
-ueA, 11
juiu
18BS.)
Alluiion
aui
difHcuUés
de toute» aor
les su
>oil«
espar
M. d.
9 Bisma
rck
Mais ce sont surtout les continuels voyages de
Berlin à Paris durant les années 1862 et 1863, (jui
amusent le rédacteur du Punsch. Les éphémérides
68 BISMARCK EN CARICATURES
portent à chaque mois, des notes ainsi libellées :
« Juin. — M. de Bismarck va à Paris pour
s'acheter une contenance.
« Septembre. — M. de Bismarck va à Paris pour
voir Eugénie.
« Octobre. — M. de Bismarck retourne à Paris
pour s'acheter des gants. »
Puis une série de petits faits empruntés à la
chronique locale des événements.
— A Berlin, il est, dit-on, question de percer un
boulevard Bismarck. Un habitant du coin fait
observer à ce propos : « Eh bien I ça sera une
jolie promenade. Là où est Bismarck, ne saurait
assurément pousser le moindre brin d'herbe. »
— A Gastein, en 1863, M. de Bismarck s'était
fait, nous l'avons vu, la réputation d'un très mau-
vais excursionniste et d'un encore plus mauvais
chasseur de chamois. « Naturellement, » dit le
Punsch, « Sur les montagnes habite la Liberté et,
en de telles 'régions, un Bismarck ne pourrait
jamais être chez lui. »
— A Munich, en 1863, en plein mois d'août,
Bismarck ne veut pas se montrer de parles rues,
en voiture découverte. Il ne faut point s'en éton-
, inginuç le Punsch; ne voit-on pas toutes les
A chsvAl sur leamaUTAiB propos [c'est es qui se lit sur la selle],
marck s eDronccbé le rringaat coursier de la réaction.
IFranlcfarler Lalern, i mars 18S3,)
Caricature au si^el dsa affaires da Pologne.
ALLEMAGNE AVANT 1870 7!
semaines transporter en voitures fermées les gens
qui ont commis quelque mauvaise action, u
Bismarck, toujours Bismarck; rien ne se fait,
rien ne se dît, rien n'arrive sans qu'on n'en profite
pour lui lancer quelque calembredaine. Des jour-
naux sont-ils interdits en Prusse? Cela ne sur-
La nourriture ne aorait point luiiuvaise, maiaqui^liippeau!
[PunscA, aï avril 1868).
prend point, estime le Pansch, mais ce qui dépasse
la mesure c'est qu'un Bismarck y soit toléré. Une
pièce est-elle sifflée ? Bravo 1 mais à quand le tour
de Bismarck ?
Succession de jeux de mots, d'à peu près, de
calembours, absolument intraduisibles, au milieu
desquels l'on verra figurer, plus tard, des « Ein-
72 BISMARCK EN CARICATURES
■ — - - * - ■-
Marck », des « Sed non Bismarck », des « on peut
être Bismarck et ne pas valoir un marck. »
A l'égard du Prussien la sympathie n*est que
médiocre. Mais vis-à-vis de Bismarck c'est de la
haine, dans toute l'acception du mot.
L'attitude dans les questions de politique étran-
gère n'est pas moins caractéristique. Tandis que
les journaux de Berlin, le Klsiddersidsitsch sur-
tout, attaquent à journée faite Napoléon III,
l'Impératrice, Lulu, le Punsch ne sépare pas
Napoléon de Bismarck. La politique de ce dernier
à regard de la France, il la qualifie crûment de
« politique Mabille. »
En 1863, lorsqu'il fait avances sur avances au
Cabinet des Tuileries, lePunsc/i, plein d'illusions
sur la droiture napoléonienne publie, une vignette
caractéristique. Elle est intitulée « Au jardin zoolo-
gique de la diplomatie européenne » et représente
Bismarck offrant des gâteaux à un perroquet
sous les traits de Napoléon. Légende :
« Bismarck : — Jacko I tiens I tiens !
<c Jacko. — De toi pas un chien qui veuille
accepter un morceau de pain; ne compte donc
pas sur moi pour prendre ton sucre. »
Plût au ciel que l'Empereur eût tenu compte des
p^^
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■RJlSxJ
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Et il est passé maltie en cet eiarcice, et il croit que tous raslent
entiers et qu'aucua n'est cassé. Cassé, non, puisque, camme roua lu
vo;ei, it sa contante de tourner autour de chacou d'eni.
(Fraakfurler Lalern, 30 septembre 1863).
Sur les œufs on lit : Comlilution. Lois lur la preae. Réformes, Èlucliota,
Ordonnances.
« I
75
sages conseils du dessinateur muaichois t Mais sans
cesse en coquetterie avec le n chevalier- pillard
Bismarck », sans cesse espérant quelque accroisse-
M
\0^
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'Ê^^
\.
$Â
i
Dernier tf^iuoigaage d'ui
e Bisi
!ii'ck. ù
a BaviiTe.
ro, j9 vais te vider {ta saigner) un peu, de façon que
1 tropsntreprenant.
(PtrnscA, il julD ISCfl].
ment de territoire, quoique toujours déçu dans
ses espérances, Napoléon III devint pour Martin
Schleich le digne acolyte du ministre prussien.
Celui qui écrivait en (869 : Ce n'est pas un
76 BISMARCK ES c'AHtLATURES
modus Vivendi -qu'il faudrait trouver à l'Alle-
magne, à l'Autriche, à la France, mais bien un
TTiodus dividendi, celui-là fut un profond philo-
sophe. A Munich, à Francfort, à Hamboui^, à
— JUi^ «.ou ^B„
— Esta^ei donc d
— Oui, niiisilme
Dresde, à Stuttgart, comme à Vienne, où le Figaro
continuait vaillament la lutte, M. de Bismarck fut
ainsi malmené jusqu'en 1868 par une imagerie au
service de laquelle vinrent se ranger des crayons
déjà connus. Et si, à partir de ce moment, il fallut
changer de ton, mettre une sourdine à la polé-
mique des années antérieures, l'animosité n'en
/'^J.
m uerfolgfe anfrijiifîl.
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t m. Kril „i mm lh*<M<H 1. 3<.l(<tl»> >.rtl*m.>f. ^ ; , 1
mr Hi! HiU'on veui porter slUinta A nolra ailustion de g
puUiance su Altoinagns.
{Frankfurli:r (aie™, ÎS aeplembre lf03.)
ALLEMA.(iNK A.VA^T 1870 79
subsistait pan moins. C'était sans cesse des : « le
comte de Bismarck doit bien le savoir, lui qui »,
« le comte de Bismarck ne saurait s'en étonner,
lui qui, » etc..
Slatuettc connue.
L'Amour tourmentant P9ycht>.
(Pmtrih, 7 avril 18fl7.)
TradDctloa vulgaire : M. de Bismarck brûlant les ail«a i Mapn-
léoD IK nu soleil de Sadowa (tSOU).
Tandis que l&Punsch annotait ainsi les événe-
ments, expliquait l'histoire au moyen de vignettes,
la Latern de Francfort, plus grande, plus artis-
tique, — elle était dirigée par un peintre et par un
sculpteur, — donnait des portraits-charge du mi-
nistre prussien, sous les attitudes les plus diver-
ARCK EN CA.RICATUHF.R
ses : c'est en un format restreint ce que seront nos
journaux de 1866 ; c'est, à proprement parler,
ce que furent le Gaulois, le Diogène, les illustrés
de la première moitié de l'Empire, Dans ces fan-
taisies, dans ces allégories, se trouve souvent plus
d'une idée heureuse. Entre toutes, — sans parler
des images ici reproduites — je note cette des-
Communication av
ec Berlin.
[(p™
cA. SS novambra 1889)
oi rapréaaQté ast uq
dépoté bavaroia jadi
cription du Paradis prussien mise en légende au
bas d'une gravure ;
i . Et le serpent Bismarck devint plus rusé en pré-
sence de toutes les tentatives de progrès dansle pays.
2. Et il persuada à la réactionnaire Eve qu'elle
mangeât du fruit de l'absolutisme, qui poussait à
l'arbre du féodalisme, lequel fut appelé « édit sur
tft presse' du 1" juin » .
ALLEMAGNE AVANT 1870 81
3, Et Eve partagea avec son époux, le progres-
siste Adam qui, lui aussi, mangea du fruit.
4, Alors leurs yeux s'ouvrirent; ils comprirent
Ornupe ilapius RaulbBih ; psioture murais «l d'acluaUté. â l'enuaui-'
tiqq«, i exécuter dans chaqua aalla ds Parlement de l'Allemagne du
Sud. La Tieills Jéiua^m est en ruinas; la noUTelle se trouvera aisément.
{Putue^, i dêceiul)re 1809.)
à quoi ils venaient de s' exposer et Us eurent honte
de leur faiblesse.
S. Et le Seigneur dit au serpent : nTu seras puni,
82 BISMARCK EN CARICATURES
toi qui as fait cela. Désormais, il y aura guerre à
mort entre toi et le progrès, et ce dernier t'écra-
sera la tète.
6. Alors vinrent les anges de la Guerre et de la
Révolution brandissant en main des épées flam-
boyantes, et ce fut la fin du paradis sur terre. »
Par cette légende, par les images, on peut juger
du diapason auquel avait atteint, alors, la lutte
sourde entre le Nord et le Sud, entre la Prusse et
r Autriche, entre ceux qui rêvaient d'une sorte
d'Allemagne confédérée à la façon helvétique, et
celui qui cherchait à reconstituer une Allemagne
nouvelle sous la domination des Hohenzollern. A
peine lâchée par l'aigle autrichien, l'Allemagne
sentait déjà sur elle les serres de l'aigle prussien.
Et cette liberté entrevue, qui la lui ravissait? Un
homme, M. de Bismarck.
Voilà pourquoi la satire le secouait si vigoureu-
sement; voilà pourquoi, par la plume et par le
crayon, les journaux illustrés le malmenaient sans
jamais le moindre répit. Lui! toujours Lui ! Pour
les Allemands il y avait deux Er : le Lui (Louis)
de France (Napoléon III) et le Lui de Prusse.
C'était le Mauvais Génie, une sorte de Gustave
le mauvais sujet, un polisson mal élevé, ne reçu-
ALLEMA.C^E AVANT 1870 83
lant devant aucune impolitesse, aucune groasiè-
reté, un rural, un féodal, ayant en lui du Tyl Eu-
lenspiegel.
De ses actes on eût pu constituer un recueil
A la reohercbe d'un domicile politique.
9 >ur la derrière, i votre
Ba-iaroii. ~ in m'aa tirerai eana doute, A meilleur compte, dans cas
Bismarck. — Cela uou 1 C'est ausai cher dam les dépendances. Voua
prolilez egaleiuonl du renom de la niaiion el cela aa pBjo,
[Pwmch, 24 février 1887.)
do farces, écrit un auteur comique de l'époque. Et
tous, même le Kladderadatsch, sont d'accord
pour voir en lui un casseur d'assiettes.
84 BISMARCK EN CARICATURES
Figaro, Frankfurter Latem, Punsch, tels
sont donc les trois feuilles à iniages qu'il faut par-
courir si l'on veut avoir la véritable physionomie
des événements contemporains, et plus que toutes
les autres, avec leur saveur, les petites vignettes
liilenilaitl Bismarck. — Vuua n'elas pi,lol salisfaHi; d
vous ren« de conquérir) Point sstiiirBite de ce qus ,
voua sugage à voua tenir en lepoa et i ne point solJ
quota que je voua donne.
Mademoiselle Francfort. — Voua pouvez m'opprimer,
forcer à chanter juste, c'est une antre iffaire !
moa critique Braun.
UademoUelle Francfort. — Plu qua jamais mon par
du Punschconstituentla véritable histoire lintamar-
resque, pittoresque, drolatique de M. de Bismarck,
fondateur de la puissance prussienne et metteur
AI.LRMACrNI! AVANT 1870 8S
en scène des faits qui doivent aboutir à la Confé-
dération de l'Allemagne du Nord, puis à l'Empire
allemand.
Ici mettant la main dans la poix — lisez l'or des
caisses publiques allemandes — ou engageant les
Un Kelliicr effronté a l'hôtel de rCnion allemanile : ■ fiare
petits Ëtatâ à s'appuyer sur lui, là adressant de
vertes réprimandes à « Mademoiselle Francfort u,
ou, serviteur improvisé, renversant les sauces sur
les monarques attablés à l'hôtel de la. nation
allemande, ou encore, propriétaire d'hôtel meu-
blé, n'ayant plus aucune place à offrir k « mes-
sieurs du Sud » ; il est bien toujours le pcrson-
80 BISMAR€K EN CARICATURES
nage méphistophélique entrevu par la légende et
qui aboutira au Cadet-Roussel germanique à trois
cheveux — le hciromètre politique de la diplomatie
européenne.
YI
M. DE BISMARCK ENCEXSR PAR LES ALLEMANDS
4870-1890
Le Kladderadatsch et les caricatures berlinoises. — La ques-
tion religieuse : à Ganossa. — Les trois cheveux du chance-
lier. — Questions budgétaires et de politique intérieure. —
Bismarck intime. — Bismarck vu par les artistes et dans
le livre.
Nous venons Je voir le Bismarck prussien,
voici le Bismarck allemand. C'est presque un autre
personnage. Entre ces deux incarnations du « Ri-
chelieu germanique » la différence est aussi grande
qu'entre Don Carlos et Charles-Quint, mais le
chancelier allemand n'a rien oublié du chancelier
prussien.
Peu à peu, grâce au Kladderadatsch^ une
légende se crée et les crayons berlinois prennent
leur revanche sur les crayons munichois. Kladde-
88 BISMARCK EN CARICATURES
radatsch^ Berliner Wespen (Guêpes berlinoises
Ulk (Hibou) puis Schalk (Bouffon) sont les illus-
trateurs attitrés de cette nouvelle période durant
laquelle Tennemi de la veille devient le seul dieu
du jour (1). Bismarck est le Grand Pan : en lui se
résument toutes les aspirations, toutes les ten-
dances de l'esprit national. En 1871 le type n'a
pas atteint encore à son complet rayonnement,
il est dur et gauche comme contours, et, chose
singulière, surtout après les campagnes militaires
de 1870-1871, il apparaît toujours en civil, bou-
tonné dans une redingote de bon propriétaire.
C'est un banquier, un haut fonctionnaire, un
diplomate, voire même un vieil employé retraité;
ce n'est pas le Bismarck populaire au delà des
mers.
Mais voici les affaires religieuses, la question des
« noirs » suivant l'expression employée à Berlin
pour dénommer les catholiques, et alors, le per-
sonnage se dessine sous Tuniforme qu'il ne quittera
plus, désormais. Quand on l'a bien montré recevant
(1). Le Kladderadatsch, quoique libéral, s'était d'emblée,
prononcé pour Bismarck. Une caricature du Figaro en 1866,
le montre proposant ses services au Roi et à M. de Bismarck
Garibaldi allemai^d,
r\
ALLEMAGNE DEPUIS 1870 89
l'argent de la France — les milliards ont joué un
grand rôle dans ces petites vignettes — on le trans-
forme en chevalier bardé de fer rompant des lances
contre tous les suppôts du calliolicisme. El les
grandes discussions du Reichstag lui donnent cette
auréole qui, désormais, s'attachera à tous ses pas.
La figure actuelle est la résultante de ces deux
événements : la guerre de 1870, la lutte contre
Rome.
La l(itte contre Rome; il faut connaître l'esprit
90 BISMARCK EN CARICATURES
des pays protestants, de TAUemagne luthérienne
particulièrement, pour comprendre l'enthousiasme
qu'elle fît naître dans le Nord. Depuis des siècles, il
est deux rêves que l'Allemand cherche à réaliser
per fas et nefas : Funité politique, l'unité reli-
gieuse. La première, c'est généralement contre la
France qu'elle se fait; la seconde, dirigée contre
Rome, offre ceci de dangereux, qu'elle s'attaque à
la religion des États du Sud qui veulent bien, par
lassitude, se laisser « prussifîer » politiquement,
mais qui n'entendent pas être « prussifîés » jusque
dans leurs convictions les plus intimes.
Or le Nord se méfie toujours da Sud ; Berlin n'a
jamais eu et n'aura jamais qu'une sympathie très
relative pour Munich. Tout n'est-il pas à craindre
de la Bavière catholique ? Ceci ressort clairement
d'une caricature publiée en 1871 par le Kladdera-
datsch : <c Contre les Noirs ». Sur le bouclier de la
« Germanie catholique, » figure le coq gaulois et se
lisent les mots : Gallia Nostra Spes,
Dans les traits du crayon, dans les tailles du
burin, se retrouvent je ne sais quelle saveur, je ne
sais quelle âpreté qui rappellent les feuilles volantes
du XVP siècle, ces feuilles, armes de combat et de
conviction, qui, partout, allaient semer la haine et
AI-LEMAONE DKPDIS 1870
jeter le ridicule. Rien n'y manque : pas même
Par uille dois suppression de rindigénal dsa jésuitas en Allem»gne
les bons pires vont se trouver dans une singuliiro situelion.
(Kiorfcleradolsr*, Mjain 1S7Ï.)
M. de Bismarck regardant passer les candidats aux
élections du Reictistag.
{KladdenuialKh.iaSl).
Luther, Et, lui aussi, le Luther actuel est joyeu:
92 BISMARCK EN CARICATURES
et, lui aussi, il a eu ses « propos de table » (1), Il
est prince, grand -chancelier, il s'appelle : Bis-
marck.
Les coups partent de Berlin : Kladderadatsch,
Ulk^ Wespen^ toutes les feuilles caricaturales frap-
pent d'estoc et de taille. Pendant dix ans le sujet
Rome fournit des compositions au dessinateur
Wilhelm Scholz. Mais subitement, un bruit circule,
un cri se fait entendre, cri de guerre d'un âge héroï-
que « Canossa I » Les crayons se taillent à nouveau,
les burins creusent les bois et, de rage, s y enfon-
cent, tandis que les artistes épris d'humour exécu-
tent des petites histoires moyennâgeuses pleines
de brio et de couleur locale. Telles les gentilles
enluminures publiées par Cari Gehrts dans le
Schalk de Leipzig (1878). Et Bismarck qui, malgré
la gravité des événements, n'a point perdu ses
trois cheveux, déclare : « Nous n'irons pas à
Canossa I » Casque en tète, l'air d'un pompier
anglais, il patine sur la glace avec le très Saint-Père.
Toutefois Schalk a raison, c'est le Dieu Janus :
bien malin celui qui connaîtra le dénouement.
(4). Voir le volume publié sous ce titre par Moritz Busch,
ex-secrétaire, et à nouveau, actuellement, secrétaire de
M. de QismarcK.
ALLEMAGNK DEPUIS 1870
93
N'allons pas jusqu'à Rome et, si vous io vou-
lez, restons à Berlin.
Tète nue, le crâne dénudé, si bien qu'il arrive
rnsn *î»tt Jul
lliXiiire en hnagos de Cari Gehrts tSc'u
< L'amperenr a très judicisiiaeineot deoi
Canoia*. C'e>t pourquoi l'on s fait la c
pM A CanoBsa t •
quelquefois aux amoureux, de prendre, la nuit,
cette « boule teutonique » pour une lune aux
rayonnements d'ivoife, ou bien la'tétc couverte de
H
RCK EN CAHICATURES
la haute casquette d'officier, M. de Bismarck appa-
raît à chaque page du Kladderadatsck.
Lea trois cheveux, c'est un talisman, c'est un
baromètre, que dis-je? le baromètre de la diplo-
matie européenne, indispensable à toutes les chaa-
celleries.La paix ne tient pas à un ctieveu, maisaux
Beau tempa. Tsmps incerUin. Oraga.
Les trois cbeveui du grauà chaocelier.
trois cheveux deM. de Bismarck. Qu'il pleuve, qu'il
vente ou qu'il grèle, il sera toujours bon de voir ce
qu'ils disent. Et c'est pour cela que le peintre Cons-
tantin de Grimm a dessiné le thermomètre du par-
fait bismarkien. Quand l'orage va gronder les che-
veux, épanouis aux heures de beau temps, se rejoi-
gnent et prennent l'attitude menaçante de la pointe
du casque. En ce cas, braves gens, rentrez chez
vous, si point ne voulez être mouillés.
AL{.EMAtiN£ DEPtlIS 1870 !)5
Bismarck- Janus, le sphinx à deux visages, n'a
paa seulement trois cheveux il a trois couleurs ; cet
hérétique est un vulgaire trinilaire. Noir, gris, ou
blanc, suivant le parti du Reiclistag auquel il
is' adresse, suivant qu'il a les bras ramenés sur le
coTps, pendants et les mains ouvertes, ou les
mains derrière le dos. Car il n'a pas que Canossa
pour lui créer des difficultés : leReichstag n'est-il
pas là, enfant terrible qui prétend avoir des volon-
DO BISMARCK EN CARICATURES
tés — comme si une volonté pouvait se faire jour
aux côtés de la sienne I — Et le Reichstag combat
l'augmentation de l'effectif militaire, et il ne veut
pas — c'est là surtout ce qui le chagrine — lui
voter ses projets de loi économiques, l'impôt sur
le tabac et sur les alcools, qui permettrait enfin
d'équilibrer le budget, ce budget qu*il faut chaque
année présenter, discuter, arracher article par
article. Ces préoccupations financières sans cesse
sont traduites en images, par le crayon de Scholz.
Bismarck apparaît avec la même persistance que
« M. Vieux Bois changeant de chemise, » la pipe
à la bouche, les coudes sur la table, absorbé dans
ses graves méditations, plongé dans des lectures
budgétaires. Embarras de richesse, a soin de
nous dire le dessinateur du Kladderadatsch,
qui, pour ne laisser en notre esprit aucun doute
sur le sens réel de cet excédent de recettes, ajoute
immédiatement : Qu^ allons-nous faire de tout
cet argent, et d'abord, où le prendrons-nous ?
Ne vous semble-t-il point que ce Robert-bisma-
ckérisme a une saveur toute spéciale?
Feuilletez les pages, d'année en année. Ici, il est
en écuyer de cirque jonglant avec ses ministres et
ses portefeuilles ; là, il se tient sur la porte d'une
ALLEMAGNE DEI>[IIS 1870
97
boutique à l'enseigne significative : Bazar du Par-
lement, montrant à sa devanture tout un stock de
lois rejetées par le Reichstag; autre part, il lance
son bouledogue contre les récalcitrants.
Mais ces vignettes, quelque amusantes qu'elles
M. (11! Uisiiinrek d,
soient, ne sont encore que l'annotation graphique,
au jour le jour, des événements politiques, sui-
vant un procédé partout en honneur. Le vrai Bis-
marck, au point do vue intime, c'est dans les
scènes vécues, dans les compositions qui jouent à
la page d'album qu'il faut aller le chercher. Voyez-
le, sur cette feuille, où, nouveau Jean qui pleure
et Jean qui rît, il passe à uheval, sous les Tilleuls,
98 BISMARCK KN CARICATURES
comme le plus vulgaire « député équestre », comme
un simple officier à la suite, où il payé bour-
geoisement sa cote d'impositions, où il tend
sa casquette, avec déférence, pour que ces mes-
sieurs du Reichstag veuillent bien y faire pleuvoir
les gros sous, où il tient en main un de ces bons
poulets que lui envoient ses admirateurs, très par-
tisans des paiements en nature, où, tout guilleret,
il danse un petit rigodon avec son « bon ami »
Richter, un libéral qui le taquine juste assez pour
amuser la galerie, où il suit, pédestrement, la bière
qui emporte ses projets de loi... jusqu'à la pro-
chaine session.
Et le voici chez lui, ayant toute une cour de gens
qui Tenserrent et le complimentent et Tadmirent.
Lui, bon enfant, veut bien se laisser faire; même
il sourit lorsqu'on se hisse jusqu'à lui. Pour un
peu, il se baisserait afin d'éviter à son voisin des
torticolis. 11 est grand, il est gros, de belle pres-
tance, Tair juste assez rébarbatif pour en imposer
aux « roquets parlementaires. » Sa physionomie
exprime ce qu'il doit très certainement ressentir :
« Dites donc, après cela que je ne suis pas bon
garçon? On peut me contempler, me parler, et je
ne mords pas. »
AI.LEHAUM-: UKI'UIS 187U i)<J
Tel est le Bismarck du Kladderadatsch par-
venu à son apogée en d880; tout sucre, tout bon-
homme, tout rond, lançant à peine quelques traits
de ci de là.
Une soirée chez M. de Bismarck.
!.Kladderadalsch. litSIl,
N'a-t-il pas eu son Septennat, n'a-t-il pas eu rai-
son de toutes les oppositions, n'a-t-il pas pu
décoeiier au pauvre Gaulois quelque (lèche empoi-
sonnée? Or que faut-il de plus à un chancelier
qui a déjà absorbé le Fràhschoppen, mangé du
caviar, grignotté Bretzel ou Kûmmelbrœdchen
(petits pains saupoudrés de gros sel ot de cumin)
\
100 BISMARCK EN CARICATURES
et qui va pouvoir terminer la journée avec une des
légères « délicatesses » genre Ochsenmaulsalad
(salade de museau de bœuf), à lui envoyées de
tous les points du territoire, — cadeaux des fidèles
Allemands à « leur Bismarck ». La réconciliation
nationale par la bière et la charcuterie.
Et ne croyez point que ces caricatures bienveil-
lantes soient le fait du Kladderadatsch seul. Non
seulement les autres journaux imitent leur aîné,
mais ils accentuent encore la note humoristique.
Elle-même la satire est imbue d'une rare bienveil-
lance. Si elle découpe Bismarck, ce n'est point
pour le mettre en morceaux, mais bien pour mon-
trer sa silhouette à la façon du célèbre « silhouet-
tiste » Paul Konewcka, ou encore pour en faire
un petit jeu à l'usage des familles, suivant l'idée
que le dessinateur du Ulk contribua à popula-
riser. De 1872 à 1885 on vit ainsi des découpages
et des silhouettages, en noir sur blanc, en blanc
sur noir, et des abat-jour, et des papiers à lettres,
et des décalcomanies, et des gaufrages I
Ici toutes les péripéties de la politique locale, les
affaires d'Arnim, Mommsen, Lasker, les concilia-
bules avec Virchow, avec Windhorst; là la grande
politique. Cette dernière est surtout traduite en
• -î-./
ALLEMAGNE OEPCIS 1870 iOl
t^^i— |t*
^^^M^
È^^^^^
^^lT
^^^H
Vignatta de Daelen pour lhima,-ck'i Himmelfakrt.
VigDcIte servant d'aonoiice au jouroal Vlk [Le Hiboii).
102 BISMARCK EN CARICATURES
images par un journal de création récente, les
Lustige Blaetter (Feuilles joyeuses), journal de
grand format, à première page coloriée, qui avait
essayé d'implanter dans la capitale du nouvel Em-
pire la note viennoise.
Les Lustige Blxtter ont amusé tout Berlin
avec leurs grandes compositions lithographiques :
Famour troublant la paix (affaire du mariage Bat-
tenberg avec la princesse Impériale), — les trois
parques de l'amitié, — les candidats au ministère
attendant patiemment l'apparition de Bismarck à
sa fenêtre, — le concert quelque peu dissonant,
des journaux officieux devant la maison du Chan-
celier dont le profil bien connu, aux trois cheveux
plantés droits comme clous, se détache en gri-
saille dans l'embrasure de la fenêtre ; ou encore
Bismarck affichant une défense d'entrer à l'égard
des mendiants et autres quémandeurs de porte-
feuilles. Quelle taille, quelles épaules, quelles
bottes I Pour le coup. Pandore, tu es dégoté.
C'est bien là, avec une pointe de moquerie,
l'ancien étudiant tapageur aux énormes bottes à
canon, flanqué d'un bouledogue peu patient;
l'homme toujours fidèle aux souvenirs universi-
taires, conviant en son palais Radziwill à de gar-
traaquillilé, la chsnceliar eu eal réduit à placarder lui-nitme
alBche. (L'affiche ports : ■ Entrée dérendue aux colporteurs, nuaic
et quémandeurs de portefeuilles >.)
-•.
ALLEMAGNE DEPUIS 1870 105
gantuesques « commers » modestement appelés
« réceptions parlementaires», fumant la pipe tradi-
tionnelle, et caressant « Tyras », l'impérial chan-
celier de la race canine ; l'homme ^ue le journal
Bismarck < mis au froid » k Saint-Pètersliourg.
VigD«tle de DaeleD pour Bismarck'i Bimmetfakri.
àsviriXé -, et sur les «toiles qui brillent au fond: < Unité. Juatice.Fidi-
llti, Uorale. > L'ancienue Confédération germaoiqua, l'Autriche «t h
Salute-Alliauie daaaaut autour du Beau, La pergonnige qui accunrl
{Hiuc as joindre A la bande joyeuse est cenaé représenter la France,
iiinii que l'iaâique le mot < Fraternité ■ placé au-deaaoui da lui.
illustré Ueber Land und Meer noua a fait con-
naître en son intimité, par une suite d'amusants
croquis.
Et tandis que le journal popularise ainsi partout,
ù travers les cafés, les cercles et les familles,
106 BISMARCK EN CARICATURES
cette physionomie qui sera un jour, pour TAlle-
magne, ce que fut jadis Napoléon pour la France,
les artistes, d'ordinaire peu sympathiques aux poli-
ticiens, introduisent « rhomme aux trois cheveux»
dans le livre comique et dans les publications des-
tinées au cercle restreint de leurs sociétés, ces pu-
blications, autographiées la plupart du temps, qui
permettent à la fantaisie et à l'humour de se
donner libre cours. Bismarck leur apparaît comme
un joyeux qu'on peut joyeusement célébrer et
dessiner. A Berlin, à Dusseldorf, à Munich, ont eu
lieu ainsi d'amusantes incursions dans le do-
maine politique. En 1883 un peintre munichois,
Piglhein, exposait un tableau Idylle représentant
assis sur un banc au milieu d'un paysage solitaire
et pressés Tun contre l'autre un enfant et un chien
vus de dos. Tout aussitôt, ce fut une avalanche
de caricatures, parmi lesquelles Bismarck trouva
sa place : on le vit en conversation avec un ecclé-
siastique, ou ayant à ses côtés Tyras, ou encore
tenant entre les bras une immense chope de bière.
Jamais œuvre d'art n'avait pareillement prêté à
l'actualité.
A Munich, ce sont les feuilles autographiées de
la Allotria^ toutes pleines d'une bouffonnerie de
D'aprfeK P. Thuniano.
Biimarok, Kalnoekj et Crispi fllant te parfait a
X
gU5t Kaulbflch
■ cluellement directeur âa
de MuDicb. dan
la Allolria. feuille autogra-
liste», publiie Inr
a de la ftte de Blamarok.
compaguent cette amusante charge,
rk. ue pelut-ll pas loua lea gros bon-
omme il a compria le Chancalier —
le compas. Près ds
presque en dormant
quoi je nem'étonne
ir cantainaa dea
troia-quarti, ds
naieur qui comma]
V
110 BISMARCK EN CARICATURES
cabaret, et la Lenbachiade ^un vrai poème épique,
récit des hauts faits du portraitiste Lenbach, allant
se faire couronner de lauriers à Berlin, tandis
qu'à ses côtés , Bismarck joue le rôle d'un pre-
mier ministre. Et le grand chancelier figure
jusque sur les Guignols, jusque dans les « images
vivantes », c'est-à-dire aux personnages mus par
des articulations intérieures qui, là-bas, font bien
réellement la joie des enfants et la tranquillité
des parents.
.A Diisseldorf où un éditeur, Félix Bagel, a in-
venté le « livre trouvé dans les fouilles » bizarres
imitations d'anciens parchemins tout rongés, le
volume Er-Sie-Es donne aux ministres égyptiens
Krinsab et Kamsib des mèches révélatrices qui pour-
raient laisser croire que la Sprée coule au pied des
Pyramides. Tenant à la fois la plume et le crayon,
le peintre Edouard Daelen, membre de cette
société artistique de Diisseldorf, connue sous le
nom de Malkasten (boîte à peindre, c'est-à-dire
boîte à couleurs), publie toute une « littérature bis-
marckienne ».
Il ne se contente pas de célébrer en vers comi-
miques et sous un titre calembourdier, sur lequel
brillent les « génial, kolonial, sozial » le soixante-
ALLEMAliHE DEPUIS 1870 111
dizième anniversaire de la naissance du membre
d'honneur qui a nom : Prince de Bismarck; il le
met en scène par l'image, dans sa « Grande chan-
son de la bière », trânatit sur les tonneaux de la
Bi«u
iinik c
1 lutteur de foire.
Vign
<,tt«
eDae
an pou
Bi.
,^ck-s Bimm
I/idir
(1S83).
ur la ha
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m dilTe
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ln»criptii.n>
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'Allemagne,
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1* terre
-I
i ODT
aaoDd le
CDD
il : la guerr
9 comique daa
o>lo*
tre la OinM.
brasserie Deutsche Union ; il lui consacre même
des poèmes entiers. Le Chancelier, quoi qu'il ait pu
dire lui-même, à une certaine époque, est très
112
RCK EN CARICATURES
buveur de bière, il appartient à ces Germains qui
ont horreur du vide dans les chopes. « Le boire
u'est-il pas la source de la vie? N'est-ce pas sous
l'inspiration de la boisson que se créent les oeuvres
immortelles? Ceci, Otto le reconnut d'emblée et,
depuis, jamais, en sa vie, il n'oublia le boire. »
Telle est, du moins, l'opinion du peintre Daeien
Bismarck buvant pa chope de Salvutor (bière double).
VIgBttte da Daeien pour Biimarck'i HimiMlfarlh . ,
dans une de ses « Bismarckiades » qui vont jus-
qu'à nous représenter, en vision, Bismarck mon-
tant aux cieux ; Bismarck que l'on peut suivre,
dès le berceau, avec les trois premiers cheveux
du moutard, destinés à devenir, par la suite, les
derniers trois cheveux de l'homme mûr.
Et c'est ainsi que, dans tous les mondes, parmi
tous les publics, se crée la légende d'un Bis-
marck demi-dieu, tenant à la fois d'Hercule et de
Gambrinus, étounant par ses hardiesses et ses
s la plie
L'arabitecte-dAcoraleur Seidl préparant le feu d'artiSce â
Royals A Munich, pour la fats Bismarck.
Debout, la peintre Lenbach montraot Blamarck â Ja foule et tenant le
pape allacbà i sa cainlure.
Cnrlodure de Pr, A. Kailbaob dam la Allalria.
\
1870
115
fredaines, embrochant ses camarades à l'Univer-
sité, rouant de coups le « vulgaire », ou, à la
brasserie, lançant sa chope à la ligure des gens
qui lui déplaisent, et toujours mordant à belles
dents la saucisse rôlie.
Bismarck lançant au nez de l'Autricho uiio fiimfe
d'uQ genre particulier.
Que « Lui » le « Grand » ait élé, un jour, petit,
qui voudrait jamaisle croire? — s'écrie le peintre
Daelen, en son enthousiasme.
Qui expliquera, dirai-je à mon tour, comment
ce hobereau à la morgue prussienne, est devenu
la vivante incarnation de la race la plus double,
la plus contradictoire qui soit au monde, à. la fois
barbare et giierrièret pleine d'humour et de senti-
116 BISHARCIi EN CARICATURES
mentalité, tout imprégnée encore d'habitudes
moyen âge et cependant très ouverte aux idées
modernes.
Don Juan rerusant sa cotisation pour un monument au
Commandeur.
{gladderadaltch, 13 avril ISM.
Ddd Juan c'est Kagèua fiichter.
Dt maintenant, le voilà tombé celui que Daelen
aimait à nous représenter entre Hermaon et Lu-
ther, le «jFaustdu dix-neuvième siècle », « Otto le
ALLKUAONB DEPUIS 1870 117
grand enchanteur n, le» nouveau Siegfried», celui
dont la figure a été popularisée par tant de contes
et d'imaees.
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Parce qu'il n'est pus absolument certain que le Commandeur ne
reTieone quelque ]our.
{KladderadaUch, 13 avril ISSOV
Don Juki) c'«t EuK«De Ricbtsr.
Que disent les caricatures?
De ces images, — gravures sur bois ou litho-
graphies coloriées — que se dégage-t-il? Est-ce une
118 BISMARCK EN CARICATURES
impression de contentement, sont-ce des vignettes
de condoléance ?
Même en feuilletant le Kladderadatsch, qui,
depuis trois ou quatre ans, s'est bien modernisé
d'allure, de procédé, qui a fait faire un pas consi-
dérable à la caricature politique, il est très diffi-
cile de dégager le véritable sentiment qui se cache
sous cet extérieur humoristique.
Il n'y a pas longtemps, l'observatoire politique
du Kladderadatsch était encore au beau fixe : tout
reposait dans Tordre, à l'ombre du casque prus-
sien, et « le veilleur » travaillait paisiblement dans
son cabinet, compulsant livres sur livres. L'éclipsé
avait bien été annoncée, observée même par tous
les télescopes des journaux, mais rien ne la faisait
prévoir aussi complète.
Admirez ici cette caricature qui se contente de
sourire, qui prend gaiement la chose, qui consa-
cre à la retraite de celui qui fut tout des petites
vignettes amusantes. Il semble que l'âpreté des
luttes d'autrefois ait disparu, que le calme se
soit fait dans les esprits.
La caricature politique du Kladderadatsch tend
désormais à devenir quelque chose comme la ca-
ricature de mœurs des Fliegende Blsetter^ cette
ALLEMAGNE DEPtIS 1870 H9
merveille des merveilles au point de vue gra-
phique.
a Enfin le pauvre vieux chancelier a obtenu un
repos bien mérité ! » telle est la note dominante.
Et Bamberger désormais pourra se livrer paisible-
Ëclipsc piirtiellc Je lune.
(KladdsrndalKh. 1800.
ment au culte du Veau d'Or, et Eugène Ricliter
pourra jouer au soldat avec une des terribles bottes
de l'ogre défunt. Chose caractéristique : ses trois
cheveux historiques ont disparu. Maintenant qu'il
a quitté la scène du monde, le crâne est entière-
ment chauve.
Votez-lui des remercimeots, souscrivez pour sa
120 BISMARCR EN CARICATURES
statue. Il s'est retiré sous sa tente, et en loyal ser-
viteur de son Roi, de son Empereur, n'apparaî-
tra à nouveau sur la scène politique, disent ses
fidèles, que si l'on vient le chercher.
Souscrire pour sa statue? Oui, mais Eugène n'a
pas confiance, luil II sait que petit bonhomme a la
vie dure. Et s'il allait réapparaître, si, descendant
de son cheval pour répondre à l'appel de quelque
Paulus berlinois, il allait à nouveau entrer dans
l'arène, si on allait revoir les trois cheveux I
Sans haine comme sans enthousiasme, la carica-
ture s*amuse à enregistrer tout cela. Fait singulier,
mais bien prussien, indice de cet esprit de hiérar-
chie qui est le propre de la race, elle ne voit plus
dans le Chancelier qu'un fonctionnaire prenant sa
retraite. La légende, c'est à Vienne qu'elle va se
créer.
VII
M. DE BISMARCK CARICATURE PAR LES VIENNOIS
Le type créé par le Figaro depuis 1870. — Un Bismarck
humoristique avec sa pipe et son chien. — Le Bismarck
réactionnaire manœuvrant le knout. — Le Bismarck
populaire du Kikeriki. — Bismarck et le monopole du
tabac. — Les caricatures du Floh et des Humoristiche
Blœtter, — Les « non-galanteries » de Herbert de Bis-
marck. — Le Bismarck de l'avenir.
Si Ton parcourt le Figaro des années 1870 et
1871, on est surpris d'y retrouver le type du Bis-
marck inauguré en 1862, à la tête en pain de sucre.
Du reste, presque toujours aux côtés du nouvel
empereur, il n'a pas encore absorbé les préoccupa-
tions des dessinateurs. Mais bientôt le type actuel
créé, dessiné par Juch (1), se dégage de toutes
les illustrations qui l'environnent : comme aspect
(1) Principal dessinateur du Figaro et professeur à l'Aca-
démie des Beaux-Arts de Vienne.
122 BISMARCK EN CARICATURES
il est moins dur, moins raide que le Bismarck du
Kladderadatsch ; l'expression est sarcastique, Tœil
fin, la bouche sans le sourire méchant; comme phy-
sionomie il est à peine chargé. La caricature, ici, ne
consiste pas à altérer, à grossir les traits du visage,
elle se résume dans la série des travestissements
qu'on lui fait revêtir : tantôt en pâtissier ou en mar-
chand de denrées coloniales ; tantôt en pèlerin ou en
Marguerite, ce qui ne l'empêche pas, toutefois,
d'apparaître sans déguisement de circonstance,
sous son uniforme habituel, comme dans Cette
belle composition qui le représente, après une
séance orageuse au Parlement, s'écriant : « Je res-
terai tant qu'il me restera un cheveu (1). ))Et il le
tient, ce dernier cheveu, avec la certitude qu^il ne
lui fera point encore défaut. C'est crâne.... dénudé
dirait-on au Tintamarre,
S'il n'est pas un personnage nouveau, le Bis-
■marck qui va se présenter à nous se trouve, lui et
son entourage, traité avec une liberté d'allures
que ne connaît point Berlin, mais cette liberté a en
vue le choix des sujets bien plus que la politique
même du chancelier. A parcourir le Figaro et les
(1) Voir la grairure de la page 41.
A pré»eiu, je goûterais bien un peu du voyage à Canosaa s'
me laissaient seulemeat tirer mon eau-de-vie, mais les pt
dards ne veulent plus.
[Figaro, SO tnara ISââ.)
nombreux journaux à caricatures de Vienne, on
ne dirait pas être dans le pays qui a été violem-
Eutre Berlin et Munich.
Ld 1 c'eat IriB gentil d'ètra fldals A l'Empire. Mais il ne faudrait
lU, maintenant que je buD bisn aveu 1b pape, venir troubler notre
laciâqne «ulture (nos booa rapporta) — Sultarfriede, par oppoalUon i
Kulturkampf, nom donne, on ie aait, A la lutte eonlre Rome,
(/■iDoro. 10 juillet 186a.)
Ls petite poupée que
UorriWe lui est ■ Tjrasi
représente ls papa.
ment expulsé de l'Allemagne par ce même Bis-
marck : du moins tout esprit de rancune, tout
souvenir désagréable de 1866 paraît avoir disparu.
120 BISMARCK KN CARICATURES
On 8*est bien un peu moqué, après i 871, dos entrées
triomphales, des lauriers cueillis, mais depuis» soit
qu'on craigne la censure qui, de temps à autre,
pratique des rafles, soit qu'on se soit définitive-
ment accoutumé au nouvel état de choses, la note
générale est humoristique.
Il n'y a plus entre Vienne et Berlin qu'une ques-
tion de tempérament, de sensation, de point de
vue, et surtout de sentiment artistique, avec cette
différence, cependant, que la cité des bords du
Danube met dans ses compositions un caractère
cosmopolite (pie ne possède pas Berlin.
L(i Bismar(!k de Juch, en sa longue redingote
militaire, ne se montre pus sans sa pipe et sans
son chien. La pipe a des longueurs de canne à
pèche, (»t (( Tyras », en chien qui se sait beau et
important, tient sur les images une place qu'on
pourrait trouver excessive, si sa patte, si ses crocs
ne rappelaient h ceux tentés de l'oublier, qu'il
n'est point là comme objet de luxe, simplement
pour animer le paysage. Brave chien, qui, aux
côtés de son maître, met le museau à la fenêtre
pour voir passer les gens, et sait comment il faut
accueillir un chacun; chien diplomatique qui
assiste aux conciliabules souverains^ chien de
chancelier qui va recevoir « Unser Kaiser »;
chien de Tempire allemand, qui, vivant, a pris
place à toutes les vitrines, comme un personnage
de marque.
Coloniecordial.
ua peu d'Afrique t C'eillâ que dev
et les jsuaas sppranUs.
I pntjsti coloniaux de M. de :
Véritable Deus ex machina, Bismarck, pour le
dessinateur viennois, éclipse bientôt l'empereur.
Qu'il soit au premier plan ou qu'il manœuvre
derrière la coulisse, partout où le crayon de Juch
130 BISMARCK EN CARICATURES
illustre un incident de la politique européenne, il
trône en Feldjœger poméranien, en ce costume
historique et bientôt légendaire/ S'il quitte la pipe,
c'est pour prendre le fusil, à moins que, étendu de
tout son long sur le territoire allemand, il ne tienne
en respect, les étreignant de son mieux, d'une
main le coq gaulois, de l'autre, l'ours du Nord.
S'il lui arrive de faire avec l'Autriche la courte
échelle au Russe, ce n'est point chez lui habitude
invétérée : plus souvent, il montre le poing à ce
dernier, et même ne craint pas de lui jouer quel-
que bon tour, comme de lui verser sur la tète des
sacs de farine, tandis que, d'autres fois, il le réduit
à l'état de pantin dont il tire les ficelles à volonté.
Si la France paraît en scène, Fltalie n'est pas
loin. Bismarck qui sourit malicieusement, en voyant
ce dont il retourne, a l'air, de se trouver là par
hasard, et fume sa pipe comme le dernier des
indifférents. Quelquefois nos hommes d'État appa-
raissent eux aussi, mais de préférence dans les
petites vignettes au moyen desquelles Juch résume
les événements d'un trimestre. Quand je dis :
« nos », c'est Gambetta et Boulanger qu'il faut
lire. Et autant de Gambetta autant de Bismarck.
En pareil cas, le Chancelier fait la roue : les che-
a&r-
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■^Z ss
3Î al
4 I-
* s s s
lï 'I
I J i
15 il
AUTRICHE 133
veux protestent bien un peu, mais l'homme paraît
trouver particulièrement douces les cajoleries de
l'ennemi héréditaire.
Avec les hommes d'État autrichiens, Beust,
Andrassy, Kainocky, d eett tout miel, avec les
Gambetta, fiCahors, cherchant â se Taire bien venir de
Bismarck, Jui prodigue l'encens.
[Figaro. lejuinlâSI.)
hommes d'État italiens, il prend son air d'impor-
tance et fait sentir à Crispi combien il est heureux
qu'il soit là, lui, le ministre indispensable, « le tail-
leur des Cours, » pour coudre des pièces à sa veste.
Subitement, cette face épanouie se rembrunit,
le petit œil, si fin, lance des éclairs, le personnage,
tassé, a pris de l'embonpoint; pipe et chien ont
disparu. En revanche, les mains, posées derrière le
dos, tiennent un fouet, un fouet de [propriétaire-
BISHAHCK Ky
terrier ayant ses m'-gres ou ses paysans attachés à
la glèbe. Ici, il attire les snoialîsles avec du sucre,
puis leur cingle les jambes ; là — et ceci est tout
un poôinc — il s'écrie : « Si jo pouvais aussi bien
r
^
13
^Ê2S3=
"* i
^enKs
^
^ -^Él^^
J^
U~X_ ^
Sp
^^ ~-^
i=
^B|B
m
C%^'
Au I <i 1 lient de I Allemagne du Nord
(rin 5 mari 1870 )
(|ue je veux 1 » Et devant lui se tient, tout honteux,
comme un gamin pris en flagrant délit, Michel, le
Jacques Ilonlionimc allemand, ayant en main une
immense urne électorale.
Mais qu'est-ceencore? Le voici dans une nouvelle
attitude, humble, pieds nus, un cierge en nnaîn,
ou bien pèlerin cocjuillard, sentant la corde et
prêta jouer du bâton. C'est la comédie de Canossa
qui, à Vienne comme à Berlin, a fourni maints
sujets aux dessinateurs. Il sera tout miel avec les
« noirs i> et les " Papegaux ». Et, ici, ce n'est plus
De nouveau, les. voici tous les deux bî ëtroitctneot u
peut craindre de les voir s'étouffer.
AILusioD au rapprocbement opéré Blora entre Bismarck et le papa.
la Prusse hérétique qui s'amuse aux dépens de
Rome. Non! ces caricatures, pleines d'une douce
satire, parlent de la très catholique Autriche dont
la censure me semble plus libérale que ne le fut
notre magistrature sous le mac-mahonnat.
136 BISHARCK EN CARICATURES
Puis, qu'il se présente quelque incident pom-
peux, prêtant par sa solennité même au ridicule,
comme la famcuso déclaration à la tribune [du
Reichata^, en février 1888 : « Nous autres Alle-
M. de Bismarck prononçant Ci la tribune du Keicbstag ses
bmeuses paroles : iNou9 autres, Allemands, noua craignons
Dieu et personne autre sur lerre. «
(Figaro, TtLflUiaSlj.
L'ange de la paix et te dîau da la guerre reaient stupéfaits ea enten-
dant une pareille déclaration.
mands, craignons Dieu, rien autre en ce monde »,
et, tout aussitôt, les feuilles caricaturales se cou-
vrent d'inscriptions du même genre, ou montrent
le profond ahurissement des guerriers antiques à
l'audition de pareilles calembredaines. La façon,
du reste, dont Juch sait animer les groupes et les
Frédéric. — Voyous, Olto, vous voulez doue uous quitter
déOnitiTemeDl.
Otto . — ]1 y a trop de femmes à la cict.
a Frédéric 111. Le u
iîgures sculpturales n'est pas ua des moindres
attraits de ces belles compositions.
Certes, à côté de ces dessins, véritables pein-
tures humoristiques, apportant l'observation phi-
Là situation polilique eu Allemagne,
nt du Jour consiste en cola que le pricoe àa 1
x résultsts des éloctious pour le Ralohttag.
losophique aux mille et un faits de la politique
quotidienne, les petites vignettes du Kikeriki
peuvent paraître fades et banales, mais ce repor-
tage graphique a, lui aussi, son intérêt, car il nous
montre Bismarck étudié par des crayons différents.
140 BISMARCK EN CARICATURES
Dans la légende triomphe souvent le calembour
— on nous le montre sur un vapeur, naviguant
vers le « mono-pôle » (alcool et tabac) — et les trois
cheveux n'ont point quitté le champ d'ivoire où ils
semblent trois crins de brosse ; on les voit même
poindre au-dessus de toutes les coiffures, calotte,
casque, bicorne, jusqu'au jour où, furieux des
résistances du Reichstag, le ministre se les arra-
che, sans crainte de se faire au crâne trois trous
profonds. Et ils gisent là, sur la table, prêts à
susciter, peut-être, quelque nouvel incident diplo-
matique. Bonnes gens, pleurez, pleurez sur le sort
du Cadet Roussel germanique.
A son comptoir, vendant ses paquets de cigares,
dit « trois socialistes», il est vraiment comique.
Quand on veut du monopole on n'en saurait trop
prendre et n'est-ce pas le meilleur moyen de
voir s'en aller en fumée et ses ennemis et ses
projets de réformes? C'est égall Bismarck ven-
dant des cigares socialistes, il faut la caricature
pour infliger aux pécheurs de telles punitions.
Mais, dans ce fonctionnaire toujours en rage,
dans ce bon pipelet retiré, qui, d'autres fois, aura
des attitudes de reître en goguette, ne cherchez
plus la ressemblance, ou. du moins, contentez-vous
JUichel [le paysan allsmand). — J
du caviar ruase et des sardiaea fi
fume eucare coniina celai
Biintttrck. — Na faitea donc pas t.
Un pan de vieux fromage suisse, tu
la difficile avec las comestibles,
limplemeut,
{Figaro.iijaialSa»).
smAlés aree la Suisse (,aeb\n
BISlIAlICk EN CARICATIRES
Bismarck — couiine toujours original — en qualité de dépasi-
lajru Jn tabac monopolisé, ne tiendra que des spécialitée. Au
liou ilcB paquuts de tabac « Trois-Rois », il débitera des
. TroiB-Socialistea. "
(KiHeTiltl, ai mai ISSS.)
Sur Igi bottes qui garaisesat la foBd du laigaain, an lit : • Lanalloa
loogs > (Laualle, an le aait, eat un des chufs du lociuliinie allemand).
làHiHjiallarflDii, • AQti-CBpitalia>. tCommUDeai. < Popularaai, ato...
d'une ressemblance approximative. Là où Jucli a
mis à nu l'enveloppe extérieure et la pensée d'un
homme il ne faut plus considérer qu'une amusante
marionnette du tliéàlre politique.
Lei rhumatismei du princi de Bismarck
i on j«u de mots qui diiparalt complttemeot
A 1> traduction fnacaiM, aa injat da brai qui le dit : Arm' et d« arm»-
meod : Umamie.
Kikeriki I En avant, le « keri » de guerre vien-
nois.
Du reste, en grandes compositions dans le
Figaro, en petites images dans le Kiherihi, Bis-
lU
BISHAHCK EN CAHICATURES
inarck apparait^sur les autres journaux & page co-
loriée — Humoristische Dleetter, Floh, Wiener
Wespen, — sous la forme du portrait-charge et
presque toujours aux côtés d'un second person-
nage. Une idée lumineuse c'est celle du Floh, le
transformant en phonographe Edison, faisant de
lui le « phonographe européen ». Depuis Thiers
jusqu'à Crispi, tous les ministres lui ont fourni des
partenaires. Et il ne quitte point son petit air far-
ceur, et il semble qu'il soit uniquement préoccupé
de la pensée de jouer quelque bon tour, de s'es-
clafer aux dépens du prochain. L'impression qui se
AUTRICHE 145
dégage de ces images est double. On rit, en le voyant
ainsi travesti, et lui semble rire des autres, « pour
ce que le rire est chose naturelle aux esprits supé-
Dàn$ l'atelier ilu chancelier.
rieurs ». Aucune de ses palinodies n'échappe du
reste au crayon vigilant du Kikeriki. C'est à pro-
pos de ses multiples incarnations que feu Berg a pu
écrire (1) : « La vie de Bismarck a été une garde
(l) Aaleur dramatique, directeur du Kikerihi, décoré de
la LigioD d'hoDueur pour ses sympathies françaises.
lil»
BISMADCK F.>- CARICATURES
|H^rpétuclle. On apprendra quelque jour qu'il est
ilevcnu le clnnii de garde de son ctûen... de
frarde. n
(/>(!• Fk
Dans ces illustrations des journaux viennois,
une cliose me frappe : la persistance à toujours re-
venir sur la régie du tabac. Il est vrai que Bis-
marck lui-même y revint en de nombreuses occa-
sions, ainsi que sur le monopole des alcools; mais
AtTHICHE
149
de ce dernier il est peu question. Tout l'esprit
comique — qu'il s'agisse du Kikeriki, des Hu-
moristische Blsetter, du Floh — se reporte sur
le tabac. On sent que là était le rêve dont la réali-
sation tenait le plus au cœur du Chancelier. C'est
qu'il eût fait si bien sur les belles réclanies des ci-
gares dont Hambourg et Brème inondent certains
pays I qu'il eût avec tant de plaisir enfumé son
bon ami Eugen (Eugène Richter)! Enfumer le par-
ISO BISMARCK EN CARICATURES
lementarisme comme on enfume la salle d'une vul-
gaire tabagie, quelle bonne farce ! et cpmme cela
rappelle bien les hauts faits du Grand-Électeur ! En
regardant ces vignettes, on se prend à songer aux
célèbres séances du « Collège du Tabac », et Ton
appelle de tous ses vœux la fumée des combats,
fût-on rhomme le plus pacifique de la terre.
« Petits! petits! venez, j'ai du bon tabac dans...
ma gibecière », crie Bismarck sur tous les tons; et
Michel (le paysan allemand) insensible à ses avan-
ces, lui répond : « Non, non, non. Avec toi plus de
havanes, plus de régalias, plus de puros, rien que
des Bismarckos et des Cidturos » (à propos du
Kulturkampf).
Centralisation militaire, tant qu'on voudra,
mais au moins la liberté du cigare.
Vienne, ville de plaisirs. Vienne, qui a, dans ses
environs, un Baden où l'on ne vient pas précisé-
ment pour passer le restant de ses jours dans la
retraite, devait également s'occuper d'un des hôtes
habituels de ce lieu paradisiaque, — hôte tenant de
près au Chancelier, — le jeune comte Herbert de
Bismarck, dont les frasques amoureuses firent jadis
quelque bruit.
; Fut-il plus amoureux que galant, je l'ignore.
• - *
AtlTRICHl: 151
mais Figaro, lui, n'a pas hésité à le placer à la
tête d'un commerce de choses « non galantes i> et
à opposer ainsi au classique Gala-nterie-Hand-
lung des Allemands la Ungalanterie-Hand'
11 cammeuce petitement Je jeune homme,
façon gentille.
{Figaro, 1887.)
lung de la satire. On n'a pas pour rien l'esprit
viennois.
C'est, du reste, aux journaux de la cité du Da-
nube qu'il faut s'adresser si l'on veut voir le père
et le fils prendre place ensemble dans l'image-
Rarement les caricaturistes allemands sesonlodç»-
152 BISMARCK EN CARICATURES
pés de Herbert. Ils ontlaissé aux Viennois Thomme
privé, et l'homme politique, lui, n'est guère apparu
que lors de l'affaire des îles Samoa. Cependant,
en ces derniers temps, et sous Frédéric III, lorsque
les bruits de retraite commencèrent à circuler, les
crayons berlinois se plurent, avec une certaine in-
sistance, à montrer les deux personnages jouant
du même instrument. Il semble qu'ils aient ainsi
cherché à traduire les incertitudes de Tavenir et
à habituer la foule à cette sorte d'hérédité bis-
marckienne.
Et, maintenant, comme à Berlin, nombre de
journaux viennois se demandent ce que va faire
M. de Bismarck. Les Humoristiche Blsetter qui
le représentent entrant au Reichstag en député so-
cialiste, posent le point d'interrogation suivant :
« Placé sur Jupiter, prendra-t-il la direction des
affaires d'en-haut, sera-t-il chancelier des colonies
allemandes, se livrcra-t-il aux douceurs de la poli-
tique agraire? » Non, il se contentera d'écrire des
mémoires sur l'ingratitude humaine. Le Floh
nous le montre songeur devant l'image de Charles-
Quint à Saint-Just.
Mais toujours l'idée d'un Bismarck omnipotent,
omniscience, être supérieur, voulant bien com-
AUTRICHE 133
primer les autres, mais n'entendant pas être com-
primé à son tour, — ainsi le montre le Floh en de
joyeuses petites vignettes, — se dégage de ces
grandes compositions humoristiques. Un dessin :
Dans les bureaux de la chancellerie allemande^
est particulièrement significatif. Bismarck — un
violon sous le bras — et Caprivi sont devant un
orgue auquel Tex-Chancelier adapte un rouleau
portant : Symphonie pacifique. Comme légende
on lit :
« Bismarck. — Mon bon Caprivi, pour le con-
cert européen vous avez, après moi, un jeu facile :
tournez simplement la manivelle.
» Caprivi. — Mais ce n'est point là un art :
laissez-moi donc votre instrument.
» Bismarck, — Le premier violon ! Mon petit
ami, moi seul puis en jouer. »
Ainsi, qu'elle le raille ou qu'elle le porte aux
nues, la caricature viennoise ne cesse, en ses mul-
tiples images, d'exprimer l'idée de grandeur et de
supériorité.
Il y a un Dieu : Bismarck, et Caprivi n'est point
son prophète; Caprivi qui, lui aussi, aura son jour
de retraite, puisque pour traduire le moins mal
possible un jeu de mots du F/o/i, cette fonction
134 BISMARCK EN CAKICATLUKS
Xa (kaiserlich, imi^èr\a\e) jorivilegirt (privilégiée)
est à Ka — PRivi léguée.
Oh ! l'esprit viennois !
du Wiener Witz I
VIII
M. DE BISMARCK ET LA CARICATURE FRANÇAISE
•I
1867-1890
Les premiers portraits-charge de M. de Bismarck : Gill et
Gilbert Martin (1867). — Les caricatures de la Guerre et
de la Commune: l'homme à la boule de Draner, Pilotell et
Saïd. — Les caricatures depuis 1880. — Blass et Gilbert
Martin, Triboulet, Pilori, Don Quichotte. — Luque et le
Monde Parisien, — Type vu par les dessinateurs fran-
çais. — Le Bismarck tragique et Tiret-Bognet. — Un
Bismarck en deux traits.
Si haut que Ton remonte dans notre histoire
graphique. Ton ne trouve pas de caricatures de
M. de Bismarck avant 1867, avant le portrait-
charge de Gill dans la Lune. Non seulement, en
ces années grosses d'événements qui vont de 1862
à 1870, l'image n'est pas libre, mais encore les
caricaturistes ne se font pas une juste idée de la
puissance de l'homme d'État prussien. Imitant
loG BISMARCK EN CARICATURES
Tancienne monarchie française, alors qu'elle com-
battait les protestants au dedans et s'appuyait sur
eux au dehors, Napoléon III semble plutôt se
ranger du côté de la Prusse et laisse en même
temps les caricaturistes français charger, ridiculi-
ser les Prussiens, afin de dontier une apparence de
satisfaction à Topinion publique.
On trouvera, dans mon histoire de la Carica-
ture en France, tout ce qui a trait à cette guerre
par Testampe, dont le Charivari fut le principal
agent. Ici je n'ai à m'occuper que de Bismarck.
Chose caractéristique, autant l'on avait été dur
pour les Prussiens — les caricatures de Cham,
de Darjoux, de Draner, de Stop resteront le plus
violent réquisitoire illustré qui jamais ait été publié
contre eux, — autant l'on se montrait affable à
l'égard de M. de Bismarck. En cette année 1867
la presse parisienne n'avait pour lui que des ama^
bilités et enregistrait ses bons mots, car il en fai-
sait ou du moins était censé en faire, tout comme
un vieux boulevardier. N'est-ce pas lui qui répon-
dait au fumiste à froid, ayant voulu lui persuader
qu'à la revue de Longchamps on avait crié : Vive
Bismarck ! « Vous vous trompez, la foule criait :
V'ià Bismarck! via Bismarck! Ce n'est pas
tout à fait la même chose, mais c'est presque aussi
flatteur. » Et la Lune, dans la biographie qui
Portrait-charge publié daas la Lune (7 avril 1867).
accompagnait le porlrait-charge de Gill, s'efforçait
de ie montrer au public sous un jour intime, pas
si bouledogue que le dessin. A l'en croire, ce n'était
pas seulement un charmant homme, « très gai, très
affable, très courtois, très bon enfant » — ^ïA. 4»
138 BISMARCK EN CARICATURES
très qu'il ne devait plus lui en rester pour sa
femme — c'était encore un Don Juan. Son bio-
graphe n'ignorait pas certains détails, certaines pla-
quettes de Berlin et racontait même une amusante
histoire d'objectif photographique qui fit figurer le
ministre prussien aux- côtés d'une prima-donnsL
italienne (1).
(1) Voici cette amusante histoire qui n'est pas sans rap-
ports avre l'affaire Dumas-Mencken.
M. de Bismarck était allé, en 1865, aux eaux d'Ischl.
En même temps que lui, dans cette localité, villégia-
turait une charmante prima donna de l'Opéra de Berlin,
mademoiselle L..., aussi excellente chanteuse que jolie
femme, et aussi jolie que vertueuse, — une prima donna
accomplie, une prima donna comme on n'en voit guère, une
prima donna comme on n'en voit pas. Un jour, sar la prome-
nade d'Isclh, le ministre rencontre la chanteuse, la recon-
naît, le salue, l'aborde ; entre premier ministre et étoile
d'Opéra, en tout pays et en tout temps, la conversation se
place sur le terrain de la complète égalité. Le ministre se
détourna de sa route pour suivre celle de la chanteuse.
Cette dernière allait justement se faire photographier. Les
artistes de Berlin ont, vous le voyez, les mêmes vices que
les artistes de Paris. Le ministre, arrivé à la porte du pho-
tographe, ne s'arrêta point; il continua l'entretien commencé
sur la promenade.
Tout à coup, le photographe caché sous son voile en sor-
tit précipitamment et pria M. de Bismarck de s'éloigner un
peu du fauteuil occupé par mademoiselle L... « Sans cela,
dit-il, l'objectif allait cueillir la personne de l'Excellence et
la placer sur la photographie, tout à côté de la prima donna.
FRANGE 1S9
Donc, jusqu'en 1870, rien d'hostile dans les
quelques images qui se peuvent voir, deci delà.
Gilbert Martin, qui débute dans le Philosophe^
le représente bien en ogre aiguisant son coutelas
pour égorger le petit Poucet, mais cette « ogrerie »
ne semble pas sortir du domaine purement théâ-
tral.
Voici l'affaire Hohenzollern, et, dès les pre-
mières caricatures, alors, il semble qu'on ait
voulu affirmer l'importance du rôle joué en cette
circonstance par le chancelier de l'Allemagne du
Nord. La cour des Tuileries, trompée, se vengeait
et lançait les crayons contre « l'Ogre du Nord. »
Durant cette nouvelle période, Bismarck, person-
nellement, va être ce que furent les Prussiens anté-
rieurement. Toutes les images de 1870, toutes ces
amusantes vignettes au jour le jour crayonnées
par Cham avec un brio, avec une furia toute /ran-
cese, sont autant de portraits de M. de Bismarck.
— Mademoiselle ! fît M. de Bismarck, se reculant discrè-
tement.
— Ohl restez, répliqua celle-ci; ce portrait est destiné à
mon fiancé; il sera si heureux de l'honneur....
M. de Bismarck ne laissa pas achever et reprit sa place.
Et voilà comment un ministre prussien est portraicturé
sur le même carré de papier qu'une cantatrice italienne.
\C}i) BISMARCK ES CARIGATLRKS
La physionomie est exacte, l'expression seule est
poussée au noir. Avec son front énorme, avec
ses épais sourcils — véritables broussailles —
avec sa double paupière retombante, avec son
nez très fortement accentué, avec sa grosse
moustache qui, toujours, semble avoir besoin de
la serviette, avec sa bouche entr' ouverte se pour-
lé(*hant d'avance à Fidée du bon repas qu'il va faire
ou du bon tour qu'il va jouer, le Bismarck de
Cham tient à la fois du chat sauvage et du boule-
dogue. Il n'est pas chargé; il est simplement dra-
matisé.
Puis, dénouement horrible, voici la guerre offi-
ciellement déclarée, la guerre invoquée, pour ainsi
dire, par une imagerie qui, depuis longtemps, a
commencé les hostilités, qui bat le Prussien à coups
de crayon et à coups de bons mots. — D'août 1870
à mai 1871 tout un lot de caricatures signées Cham,
Félix Régamey, Gill, B. Faustin, Pilotell, Alfred
Le Petit, Draner, Moloch, Stop, de Frondas, Saïd
(Alphonse Lévy), Rosambeau, Paul Klenck, Jann»
Théo, L. ToU, Holb, Stock, Belloguet, Corseaux,
Albert Millet, Mailly, de la Tremblais, et que sais-je
encore ; noms illustres ou complètement inconnus
dont quelques-uns passèrent, sans jamais s'être
Un joli tour.
Attentiou ! Mainte QaDt sous celui-ci! Le voilai
Caricature de Cbam [Charirrari. jailtet iSTO).
AUniioD i la caDdidature HoheaioUarn au Irftoa d'Espagna.
autrement fait connaître; — collection variée d'as-
pect et de sujets, amas informe de feuilles jetées au
1(54 inSMAHCK KN CAKICATLRES
vent, côtoyant (juelques belles pièces remarquables
par l'ampleur <le la pensée, — visant sans cesse,
personnellement, le roi de Prusse ou Bismarck.
Et comme précédemment, en Allemagne, les
légendes se font un plaisir de torturer le nom du
Chancelier, de lui donner des titres fantaisistes :
(( Bismarck-Sdiosedousen, Bismarck-Sedlitzhau-
sen, Bismarck le saucissonnier, annexeur ordi-
naire de S. M. Guillaume », bientôt même, c'est
« ïrimarck » ou « Triquemark. »
Dans cette estampe plus emballée, plus hardie
que prévoyante, certains motifs reviennent sans
cesse : Bismarck remportant une veste, Bismarck
cirant les chaussures de nos petits troupiers, Bis-
marck voulant atteindre jusqu'à Paris, qui, inva-
riablement, derrière ses fortifications, lui répond
par un pied de nez. A-t-elle assez fière allure la
feuille de Gill, nous montrant M. de Bismarck
venant poser ses conditions au garçon du « café
de Paris », — la capitale, on le sait, n'est qu'un im-
mense cabaret — demandant le Alsace, le Lor-
raine, le Soizon, sans oublier des cicares. Et à
ces prétentions le « garçon de cabinet » répond
par le « Boum ! » du canon crachant la mitraille
du haut des remparts.
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.9 tu trouveras des arêtes!
am (CAarivari, juillet 1S70).
Des pendules, je ne parle pas : les légendes de
l'époque ont épuisé le sujet. Ne vont-elles pas
jusqu'à placer ceci au-dessous d'une conversation
108 BISMÂliCk KN CAIUCATI IU:S
entre Guillaume et Bismarck : « Peu Je gloire^
mais que Je penJules ! »
Et je ne fais que mentionner les souvenirs em-
pruntés à la caricature Je 1792, cette caricature
qui aime à nous montrer les Prussiens s'oubliant
Jans les vignes et pris Je « venette » subite. En
pareil cas, Guillaume JemanJele pot et Bismarck
apporte son casque. Le clysopompe joue un rôle,
comme Jans la fluxion de Bismarck, J' Albert
Millet, qui Joit être renversée pour que la chute
Ju... rein se puisse voir.
Naturellement, toutes les séries Je portraits-
charge Jonnent Ju Chancelier une photographie
plus ou moins flattée. Dans le Pilovi-Phrénologiey
Je Belloguet, sa tête est bien meublée ; Jans les
Marrons sculptés^ Je Je FronJas, sa tête repose
sur Jes crânes. Presque toujours coiffé Ju casque
à pointe, une ou Jeux fois il apparaît cepenJant
travesti en jésuite : (c Don Bazile-lgnace Loyola
Bismarck », ainsi que Tappelle le caricaturiste
Rosambeau.
Parmi ces feuilles au jour le jour que la Guerre
et la Commune voient pousser comme Je véritables
champignons, TiJée est rare. Combien peu ont,
pour passer à la postérité, le souffle et Tallure qui.
FRANCE 16!t
seules, font les œuvres viables t En lout cas,
l'Homme à la boule, de Draner, le Nouveau
système de canons se chargeant par la culasse.
Enfoncé, mon vieux chat-tigre I... Tu croyais le tenir, il s'envole '.
Caricature de Berlureau (AliaaiuKh du felil Pmi'jiio», 188H).
de Pilotell, Si nous causions un brin ! de iSaïd,
sont des pièces qui méritent les lionneurs de la
reproduction.
Quant ii l'Ivresse de Bismarck, — un pampidet
J70 BISMARCK EN CARICATURES
illustré, — je ne la signale que pour cette légende
en vers qui montre chez son auteur plus de pré-
voyance et de bonne volonté que de connaissance
approfondie de la langue :
Sur un moos de verre, Bismarck on t'a placé.
Ton rêve ambitieux, rêve d'un insensé,
Inspiré par la bière, a pour base Targile.
Avant peu tu verras combien elle (sic) est fragile.
La guerre terminée, la paix signée, les feuilles
volantes disparaissent peu à peu, et c'est dans les
journaux qu'il faut aller chercher les caricatures
sur lesquelles Bismarck est représenté jonglant
avec les milliards ou pompant l'argent de la
France. Toutefois un calme relatif, conseillé du
reste par la prudence, succède aux violences du
siège, et le pays, occupé de sa réorganisation inté-
rieure, laisse, pour un certain temps, Bismarck
se démêler avec les parlementaires allemands.
Dès lors, le Chancelier n'apparaît plus qu'en
certaines circonstances, incidents de frontière
(affaire Schnœbelé et autres), froissements avec
l'Italie, voyages royaux comme ceux d'AlphonseXII
ou de Humbert à Berlin, difficultés de la politique
coloniale ou déclarations peu sympathiques à
regard de la France, dont les parlements élran-
CROQUIS REVOLUTIONNAIRES .«PIIOTEU.
LE DIEU DESARMEES
SE CHARGEANT PAR U CULASSE.
gers se font quelquefois l'écho ; à cliaque événe-
ment, enfin, sur lequel on sent que sa main a dû
174 BISMARCK EN CARICATLRKS
En somme, de 1872 à 1885, la France s'occupe
fort peu de l'Allemagne : Bismarck ne commence
à revenir dans l'image que vers 1886, mais il tien-
dra une place considérable dans les caricatures ou,
pour mieux dire, dans les pamphlets boulangistes.
Dès lors aussi, les dessinateurs à la solde des par-
tis hostiles, sans cesse le font intervenir directe-
ment dans les affaires intérieures, dans nos dissen-
timents politiques. L'un le représente faisant la
courte échelle à Marianne, l'autre le place au pre-
mier rang comme allié de Jules Ferry ou de SpuUer,
et l'on a pu voir plus d'une caricature — telle
« les deux Gaspards », dans La Bombe, — coiffant
le ministre des affaires étrangères de ce casque à
pointe que les Bavarois, autrefois, rejetaient avec
mépris. Mais survienne dans la politique étrangère
un incident comme le mariage Battenberg (1),
comme la pubb'cation des Mémoires de Fré-
déric m, comme l'affaire Katkoff, comme
l'affaire Wohlgemuth — conflit prusso-suisse —
et tous les crayons profiteront naturellement de
•
(1) A propos du mariage projeté de Tex-prince de Bulgarie
avec la fille de Tempereur Frédéric III (1888), les caricatu-
ristes de presque tous les pays se sont amusés k représenter
la défaite de Bismarck par Gupidon.
PILORI-PHRENOLOGIE.
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BISMARKOFF 1^.
U^ 'muai|mi,u((iaf,'WY'''ï'H"ii)wni.it,^,
FRANCE 177
roccasion pour tresser à Bismarck autre chose que
(les couronnes de lauriers.
Pas une caricature sur la politique italienne, sur
Crispi, sans qu'on ne voie quelque, part un bras,
un casque, une ombre connue, indices révélateurs
de cette influence allemande qui nous paraît toute
puissante en la circonstance (1). Ici, c'est Crispi pre-
nant une leçon de mandoline chez M. de Bismarck,
qui lui dit : « Attention, ou je tape sur les doigts ! »
— là, c'est à propos de l'entrevue de Friedrichs-
ruhe, la joie du Chancelier, étonné d'avoir pu, à
son âge, faire la conquête de la belle Italie, qui lui
répond : « Remerciez-en Crispi, un bien habile
entremetteur. » Ailleurs, il chausse la grande botte
italienne, et à Crispi qui lui demande si cela va,
répond : « Comme un gant. » Autre part, l'on
aperçoit un pantin — Crispi — dont la ficelle est
tirée par l'inévitable personnage.
Sous le second Empire, le JFC/adderadafsc/i voyait
partout Napoléon III : à tort ou à raison, nous
sommes quelque peu atteints de la même maladie
à regard de Bismarck.
S'il faut en croire M. Narjoux, un observateur
(i) Et je dois dire que la chose parait de même à nombre
de journaux k caricatures d'Itaiie.
1^
I7S BISMARCK EN CARICATLRES
consciencieux, qui a beaucoup voyagé, beaucoup
étudié l'étranger (1), ces caricatures froisseraient
vivementles susceptibilités italiennes. « L'Italien,»
écrit-il dans son intéressant volume surCrispi (2),
« ne comprend pas notre genre d'esprit ; il ne
saisit pas le vrai sens de nos plaisanteries; il leur
donne une importance qu'elles n'ont pas et en est
blessé. »
Je constate le fait, sans chercher, du reste, à en
tirer aucune conclusion, mais en faisant observer
que tous les étrangers ou ne comprennent pas nos
exagérations, nos plaisanteries parisiennes, ou les
prennent à la letlre, ce qui est presque toujours la
règle générale avec les Belges et les Suisses fran-
çais (3).
Du reste, les Berlinois, les Viennois, les Italiens,
avec leurs nombreux dialectes, ont, eux aussi, un
genre de plaisanteries qui leur est propre et, quel-
(1) M. Félix Narjoux, architecte de la Ville de Paris a
publié à côté d'ouvrages techniques, de très intéressants
volumes illustrés sur l'Italie, l'Angleterre, TAllemagne.
(2) Francesco Crispi, par Félix Narjoux (avec un portrait).
Paris, Savine, 1890.
(3) La chose m'est arrivée à moi-même, en plus d'une
circonstance, notamment à propos de mes articles du
Figaro, sur le tir fédéral suisse en 1887, interprétés par une
petite feuille genevoise avec la plus insigne mauvaise foi.
Mismorcft. - A ]
bonns heure.
cara mia, je ne me croyali
capable de (aire UD
pareille conqn
le â moa ige.
t IMie.-- Remero
■i-eoCrispi,UD
lieD habile entremeltaur!
Caricalu
s de BUas iTribouhl, 18S8].
qiiefoi^s, leurs
ques ne sont guère
plus bienveillan-
tes (1), /
attaques grîiphi-
[La fameuse entrevue ', (ou celle qui ne fera}
ai sera pas Ions-, il ne pèserj paa laurd I) haDaetoa, malgré
CnrioBturB du Uit« \Tr.l)oul.'t, «^\.
182 BISMARCK EN CARICATURES
que, sous le second Empire, les caricaturistes berli-
nois défendaient la liberté du monde entier contre
l'autoritarisme napoléonien. Quand un pays ne peut
pas dire ce qu'il pense, ce sont ses voisins qui par-
lent en son nom, sans, du reste, se douter du rôle
qu'ils remplissent. C'est pourquoi, quand les Alle-
mands feront l'histoire de leur nouvel empire, il ne
leur faudra pas négliger comme documents les cari-
catures de Gilbert-Martin, dans le Don Quichotte,
les pages de Blass dans le Triboulet et dans le
Pilori. Ils y verront Bismarck en torero, domp-
tant le taureau Reichstag, ou en charmeuse
de reptiles endormant le serpent non moins
« Reichstag » sur l'air du Grand Mogol :
Allons, petit serpent,
A ma voix montre-toi docile.
Te rendre obéissant
Est chose bien facile.
Quelquefois aussi, la pensée est plus générale,
comme dans cette gravure du Triboulet, où l'Eu-
rope dit à Bismarck : « Regarde là-bas, en Amérique,
la liberté, la prospérité : ici, grâce à toi, la misère
et l'esclavage. »
Combien n'est-il pas regrettable, au point de
vue artistique, que Willette, dont les caricatures
<.; daa Gr«tcheD._ On
•
■■'
I ■■
r .
..
I
r
:
sur l'Angleterre suut si remarquables, ne nous ait
donné que deux ou trois types de Bismarck, à peine
Allez, friippci, prince : elle a U jout' nu«iii dure que le ci
pcrtîJe Albion.
chargés, mais à la pliysioiiomie moyen âge pleine
de saveur. Et combien ne serait-il cas \ti.Sfc\t'4fias\\.
180 BISMARCK KN CA UICATL l\ KS
de posséder des Bismarck vus par Caraii d'AcIie,
le seul de nos dessinateurs qui connaisse réelle-
ment Tanatomie du Prussien !
En revanche, Luque a rempli le Monde pari-
sien^ journal publié de 1880 à 1884, de très inté-
ressantes et très pittoresques caricatures, qui sont
autant de portraits-charge du Chancelier, dessinés
avec humour et non sans esprit, quelquefois avec
un air de polichinelle rodomont curieux à obser-
ver (1).
De l'image si Ton passe au texte — ce texte qui,
on Ta vu avec le Punsch de Munich, sut trouver
en Allemagne tous les côtés mordants de la charge
écrite, — ce sera pour constater la pauvreté inven-
tive de nos crayonneurs. Un seul a compris la cari-
cature littéraire, je veux dire le portrait satirique
de rhomme de fer qui serait à traduire en image,
si Ton s'amusait encore, de nos jours, à faire des
allégories vivantes comme les Bonnard sous
Louis XIY. Ce « seul,» c'est Willetle, qui a publié
dans son Pierrot un portrait d'autant plus curieux
que, pour la première fois, je vois employer au
(l) Voir également le Bismarck qui se trouve dans la
feuille de portraits-charge de Luque, publiée dans le Figaro
illustré de 1884-85.
(La A'aCion, I38S.)
,T
. ' » » .
•
FRANCE 189
sujet du Chancelier les fautaisies ferrugineuses
des opposants germains à la politique prussienne
de 1863 à 1867. Et c'est pourquoi je n'hésite pas à
reproduire ici ce précieux document :
Ces temps derniers, j'étais allé trouver des juges, à Berlin,
pour mon procès, et j'eus alors l'occasion de visiter l'antre
du Chancelier de fer. Grâce à une poignée de pfennigs jetés
dans la gueule de son chien Cerfer, je pus pénétrer jusque
dans sa chambre à coucher.
Mein Gott, que c'est beau 1 Le contenant se rapporte admi-
rablement au contenu. Le lit, en bois de fer sobrement orné»
porte un matelas rembourré de paille de fer et piqué de
bons boulons de fonte. L'oreiller est un saumon, les draps
sont en zinc dentelé avec un goût exquis, le couvre-pied est
en tôle brodée en point du Creusot et la descente de lit est
en étain moelleux. Ce n'est pas riche, riche, mais c'est solide,
et damel quand on aune bonne ordonnance pour astiquer
et faire reluire le tout, on n'a pas lieu de regretter la
blanchisseuse, quelque jolie qu'elle puisse être.
En outre, le Chancelier de fer porte des chemises en cotte
de mailles et son bonnet de nuit est simplement une casserole
sans queue comme le révérend de Présalé. Il a pour sa per-
sonne les soins d^une courtisane en vogue : tous les matins,
tous les soirs, hiver comme été, il se lave au plomb fondu, et
les jours de grande revue il se passe entièrement au tripoli.
Son cabinet de toilette est des mieux assortis : les serviettes
sont de la toile métallique la plus fine, et le Chancelier,
vrai petit-maitre, se nettoie les dents avec une lime et de la
limaille de fer, et se sert d'une scie pour faire ses ongles : il
pousse la coquetterie îusqu'à se poudrer de mine de plomb !
11)0 UISMAnCK KN CARICATURES
Quant au côté nécessairement folichon, le Chancelier a,
comme tous les autres hommes, son crampon, mais il est
de fer également. Bien qu'il ait une santé de fer, M. de Bis-
marck souffre parfois énormément; il est atteint d'une
anthracite incurable, mais c'est lui qui consume sa mala-
die : un vrai fourneau, quoi ! Aussi se iiche-t-il de l'enfer
comme moi de l'Académie.
FA maintenant, le Bismarck de la caricature fran-
çaise est-il un type à part, vu par les yeux fran-
çais, une création répondant à l'idée qu'on a pu se
faire peu à peu du Chancelier allemand, ou bien
est-il la simple traduction, l'interprétation par des
crayons français du type allemand? En principe,
— cela est, à la fois, très vrai et très naturel —
nous ne voyons point Bismarck à la façon des des-
sinateurs du Kladderadatsch ou du Figaro ; et il
n'a même plus, aujourd'hui, l'aspect que lui don-
naient avant 1870 Cham et Draner, par exemple.
Celui de Cham, il faut, à nouveau, insister sur
ce point, a de l'ogive : c'est un Gargantua en
casque ; on dirait un chat qui s'apprête à cro-
quer une souris, à moins que, diplomate ou pres-
tidigitateur habile, il n'ait les apparences d'un
Méphistophélès. Celui d'aujourd'hui est un reître,
cuirassé, botté, quelquefois avec la haute casquette,
mais plus souvent avant sur sa grosse tête un tout
petit casque à pointe. Il arrive même que la pointe
seule soit visible. Les trois cheveux n'ont pas été
TËT^Twi *'\ AUSMt.LIllMIMC
r Bismarck.
Distillateur de l'eau-iie-vie <!es Ëtats allemands.
Caricatura ùe K. Spglaki (£a Journée, ISSflJ.
oubliés, surtout par Blass, et d'aucunes fois, ces
n poils augustes « sont plantés comme trois
192 HISMAliCk KN CARICATIMIES
aiguilles, en souvenir, sans doute, du fusil... dito.
Enfin, d'autres caricatures lui donnent l'aspect d'un
vieux grognard, et, en ces images, je ne puis m'em-
pêcher de retrouver les influences du Kikeriki
viennois.
La ressemblance — pour m'occuper également
du côté portrait — laisse souvent à désirer. Nos
caricaturistes, je ne sais pourquoi, semblent avoir
une certaine difficulté à « attraper » la physiono-
mie de Bismarck : il en est même qui ne se sou-
cient nullement du « côté bourgeois » de la ressem-
blance, quoique la caricature soit cependant bien
plus amusante quand elle reproduit le faciès exact
du caricaturé. Tous cherchent à incarner en lui un
type ; peu, très peu, s'occupent de l'homme. Je fais
exception pour Gilbert Martin qui, suivant sa cons-
tante et très louable habitude, a compris que le
fait de caricaturer un homme d'État comme poli-
ticien n'empêchait nullement de donner le visage
de l'homme lui-même. Et cette observation peut
également s'appliquer aux portraits comiques de
Spolski dont l'un — celui que je reproduis ici — a
pris place dans La Journée.
Somme toute, nous avons vu, en France, le
côté dramatique, tragique, terrible, en un mot du
\
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• • •
FRANGE
195
personnage ; nous ne paraissons pas avoir eu le
sentiment de son côté comique, intime, humoris-
tique : ni pipe, ni chien. Et c'est un peu la consé-
quence de 1870, qui ne nous a pas permis de rire
de l'ogre germanique devenu, pour beaucoup
d'entre nous, comme il apparaît ici sous le crayon
Tragediante.
Croquis inédit de Tiret-Bognet.
de Tiret-Bognet, un horrible conspirateur à la mâ-
choire effrayante, un véritable personnage shakes-
pearien, une vivante allégorie des Esprits infer-
naux.
Ceux qui sont quelque peu familiarisés avec la
196
BISMARCK EN CARICATURES
caricature d*outre-Rhin, connaissent très certaine-
ment la façon sommaire dont les Allemands se sont
amusés à dessiner les figures historiques de Frédé-
ric le Grand, de Napoléon P' et de Napoléon III.
Un trait d'abord, un simple trait, qui, développé,
suivi logiquement, donne des physionomies com-
Comediante.
Croquis inédit de Tiret-Bognet.
plètes, vivantes et quelquefois d'une merveilleuse
ressemblance.
Ceux qui connaissent l'historique du genre cari-
catural consistant à transformer par à peu près,
• par une succession de rapprochements entrant
LE BISMARCK DES ENFANTS
Croquis par Félix Régamey.
Cette pochade d'artiste est faite dans le même esprit, suivant la même
méthode^ que les amusantes fantaisies du caricaturiste allemand
Wilhelm Busch sur Frédéric le Grand et Napoléon I«^.
', l
» t.
dans un même cadre, présentant la même surface
extérieure, soit des personnages en objets, soit des
objets en personnages — faire un chat d'une po-
tiche, amener la tète du crapaud à la figure hu-
maine, trouver des images dans certains traits du
visage particulièrement développés — ceux-là
n'ignorent pas que ce genre, d'originegermaniquc,
isla figure de M. de Bismarck.
itun ioédite de Moloch.
indiqué par Lavater dans sa célèbre Physiogno-
monie, a rencontré chez nous, en Moloch, un très
habile exécutant, dont les amusantes fantaisies
égayent les lecteurs de la Silhouette.
200 BISMARCK EN CARICATURES
C'est pourquoi, devançant en recherches « bis-
markiennes » les compatriotes et les admirateurs
de M. de Bismarck, je pubhe ici les pochades, les
essais de synthèse graphique trouvés par les
artistes français.
Cela sortira le grand chancelier de la banalité
des épîtres élogieuses et des provisions de bouche
à lui adressées de toutes les parties de FAllemagne.
Donc, le voici tombé; nombre de rancunes
eussent pu se faire jour. Eh bien ! la haine est si
peu dans l'esprit français que l'arme dont se saisit
le crayon est bien plus humoristique que venge-
resse : il y a, en ces images, plus de rire que de
fiel. Une chose peut même surprendre, c'est le
silence gardé par les journaux humoristiques : les
crayons semblent moins loquaces que les plumes.
Si la caricature ne va pas, comme certains journa-
listes, chercher à Friedrichsruhe, matière à repor-
tages, elle a eu soin également de ne pas verser
dans Tordure.
Elle oublie — et elle a raison — que le cada-
vre d'un ennemi mort sent toujours bon. Et puis,
un peu sceptique de sa nature, elle a beau chan-
ter : M. Bismarck est mort!! !^ nous représenter
comme la Silhouette l'enterrement du grand
1 Et il 9e reposa au septième jour do toute l'œuvre qu'il
avoit faite, *
{Ancien Teslamenl. trlductioa Ostervald,' ITSO).
CompaailloD de H. de Sta.
» • • J
• » « •
^
homme porté en terre sur l'air de Marlborough, par
quatre potentats ; elle paraît, ainsi que sa congé-
Bismarck se préparant à
nère de Vienne, n'avoir en cette retraite qu'une
confiance limitée.
Tous les r'grets il emporte,
MirontOD, mirontoD, mirontaine;
Tous les r'greis il emporte...
...Car il n'en laisse aucuD.
Est-il bien morl? J'en doute.
Mironton, mironton, mirontaine;
204 BISMARCK EN CARICATURES
Est-il bien mort? J'en doute...
S'il ne Test pas, tant pis t !
La Silhouette^ représentant les adieux touchants
du ministre et du souverain, a eu soin de montrer
le dépit du Chancelier « cassé aux gages », de ce
« bras droit » qu'on prétendait, désormais, faire
passer à l'état de « bras gauche » . Comblé de ca-
deaux, soit ! mais au fond, peu satisfait.
Cependant, dans tous les pays, l'esprit carica-
tural semble avoir senti certaines choses de la
même façon. Le Kladderadalsch nous a montré
le Chancelier obtenant enfin un repos bien mérité.
Voici de Sta qui représente Bismarck fumant pai-
siblement sa bonne pipe tudesque — quoique bour-
rée de tabac non monopolisé, — la main appuyée
sur cette bière de Mars, boisson guerrière et mous-
seuse, véritable Champagne germanique. Il a ac-
compli son œuvre, il a créé son Empire : comme
le Seigneur il se repose le septième jour. C'est la
note paisible, humoristique, venant après la note
dramatique de Tiret-Bognet.
Tout ne se termine pas par des chansons, mais
souvent par des images qui font songer. Certes la
France peut bien nous montrer les quatre saisons
3 quathb saisons d'un BOMMB Jt'ÉTA-
Compoaitiaa iaidite de J. BLu9.
FRANCE 207
d'un homme d'État; elle en a assez usé pour cela.
Et c'est la philosophie de la Mort sous sa forme
moderne, sous son aspect français, que Blass, en
véritable Grévin politique, a fait mouvoir devant
nous. Tous les pantins de la comédie humaine,
même ceux à trois cheveux, ne tiennent qu'à un
fil... le fil de la vie.
Bismarck vu par Humbert.
ix
BISMARCK CARICATURE PAR LES ITALIENS
La caricature à tendances européennes : Papagallo, Rana, etc.
— Le vrai Bismarck italien : Fischielio et Pasqtiino. —
Ressemblances physiques entre Bismarck et Crispi. — Le
chancelier à trois cheveux et le ministre à un cheveu.
Evivalltalia! Elle aussi, elle caricature Bis-
marck — Bismarck et son « fidèle Crispi » — et
sa presse humoristique ne me semble guère inféo-
dée au Chancelier.
Avant 1870, c'est à peine si elle s'occupe du tout-
puissant ministre. Parcourez II FischieitOy IlSpi-
viio Folletto, Il Lampione, Il Pasquino, etc.,
Bismarck paraît n'avoir pour les crayons italiens
qu'une importance secondaire. Et cela se conçoit.
Malgré 1866, malgré l'alliance prussienne, c'est
toujours la France qui prédomine : monarchie, à
commencer par le souverain, et politique ministé-
U
210 B18HAKCK EN CARICATURES
rielle, tout est encore imbu des idées .napoléo-
niennes. C'est Talliance avec la Prusse qui a fait le
royaume d'Italie au point de vue matériel ; mais
c'est l'esprit de Napoléon III qui a présidé à son
organisation. Et il semble qu'en caricaturant vio-
lemment l'Empereur des Français les journaux
aient voulu protester contre cette influence.
Après 1870, tout change. Agrandi, le royaume
d'Italie a pu enfin conquérir avec Rome cette unité
tant désirée. En possession de son intégrité territo-
riale, il donne à sa politique une impulsion plus gé-
nérale et, ballotté entre les influences allemandes et
un reste de sympathies françaises, il manifeste
hautement ses tendances internationsdes. La presse,
elle, reflète admirablement cet état de choses ; à
voir les journaux humoristiques que nous envoie
la péninsule italique, on croirait plutôt qu'ils pro-
viennent d'un pays neutre, à idées cosmopolites,
tant, ici, les affaires européennes l'emportent sur
les affaires purement italiennes.
Qu'est-ce que le Pàpagallo^ ce Perroquet qui
« répète », en un français piémontisé, ses articles
et ses légendes — comme les Allemands, les Italiens
aiment à écrire dans notre langue — qu'est-ce,
sinon une véritable imagerie européenne faisant
Il
s I
" I
k .
-r
défiler hebdomadairement sous les yeux du pu-
blic, en une succession de tableaux coloriés et
mail le plut i-tBo
[rupagath, T leptembra 1870).
comiques, — très souvent des cartes animées peu-
plées de personnages — les grandes U%ftfe%, '^sy*.
I
214 BISMARCK EN CARICATURES
grandes questions de la politique ; — une sorte de
galerie humoristique retraçant les faits et gestes
des Prussiens, montrant les dessous qui les font
agir; — un théâtre en images, dont les fils sont
tenus par M. de Bismarck ?
Bismarck! C'est le Deus ex machina, de ce
journal graphique, qui, de semaine en semaine, fait
circuler ses décors à la devanture des kiosques. Le
voici sous toutes ses faces, dans nombre d'attitudes
diverses. Distributeur des biens de ce monde, il
jott<î aux puissances Fos de la question d'Orient;
cordonnier, il ressemelle les pantoufles du Vatican,
laissant ses enfants, les États allemands, sans
chaussures; astronome, il trône au Parnasse poli-
tique; hôtelier, il est le Vatel du congrès de Berlin;
joueur d'orgue, il fait aller la manivelle de la supré-
matie en Europe; barbier, il voudrait bien raser
tout le monde; roi de la diplomatie, il distribue des
étrennes aux Puissances qui ont été bien sages;
valet de chambre, il porte le plateau de l'équilibre
européen. Qu'il prépare le fricot de la politique,
qu'il arrache les dents sur la place publique, qu'il
fasse manœuvrer les marionnettes de la comédie
internationde, qu'il conduise l'équipage des Puis-
sanceSf qu'il soit directeur du cirque européen, qu'il
ITALIE 21S
figure en saint dans les églises « embaumé par Je
Vatican » ; qu'il donne le « la » à Torchestre de la
triple alliance, qu'il mène la politique en véloci-
pède; qu'il soit berger, instituteur, caporal de re-
crues : la même idée générale préside à ces composi-
tions ; celle de sa suprématie. C'est lui qui domine.
C'est lui qui commande. Et sa figure se voit partout,
en guise d'ornement, taillée en bois, coulée en
fonte, sur les tonneaux de poudre, sur les fon-
taines, sur le bouclier de la triple alliance.
Grand a été le succès du PapagallOi si grand
même que les imitateurs lui sont venus : Il Trot-
tola (La Toupie), Il Rana (La Grenouille). Mêmes
lithographies en couleurs ; mêmes genres de sujets.
Du reste tous favorables à la France ; tous ayant
cru en l'étoile de Gambetta ; tous ayant vu dans
cette personnification du coq gaulois le « Grand
Latin » qui devait faire pâlir les étoiles actuelles du
firmament politique.
La Grenouille dont les tendances démocratiques
sont uettement visibles, qui a fulminé contre les
« tondeurs de peuples », donne des « tableaux poli-
tiques » à nombreux personnages, avec un tel luxe
de détails que, pour un peu, on verrait réapparaî-
tre les fameuses légendes d'autrefois ^'feç^^^Y^^^^
t
216 BISMARCK EN CARICATURES
»
en longues banderolles do la bouche des acteurs.
En voici qui expliqueront l'image aussi nettement
qu'une reproduction :
Grand diccrlisscmmt diplomatique et canin. — Le grand et
puissant Bismarck offre le beau speclacle du Parlement
allemand apprivoisé par lui. Les autres nations, en vrais
singes, voudraient l'imiter sous l'égide de la diplomatie.
Cependant elles ne réussissent pas dans leur tentative, si
bien que les ministres respectifs, qu'ils subissent ou non
des crises, se contentent de rester en croupe, et de se faire
porter par des chiens patients et fidèles, représentant la
nation.
Les travaux du printemps, — Dans Timmcnsité de ce bas-
monde, il y a trois personnes qui conduisent les travaux
agricoles d'une manière tout à fait différente. L'Italie, le
pays du beau ciel et des belles fleurs, est très négligente.
Dans sa serre de Montecitorio, elle a, il est vrai, de bon-
nes tiges, mais elle a aussi des cornichons très durs et des
plantes sauvages... Elle ne s'aperçoit môme pas du serpent
qui menace de se glisser dans son jardin. Au centre, la
France, avec plus de soins, s'occupe à faire pousser une nou-
velle tige, après avoir totalement déraciné la vieille. Puis
vient Bismarck, le fort et puissant Bismarck, qui, dans son
enceinte, s'occupant peu des fatigues et des dangers auxquels
il s'expose, veut, coûte que coûte, plier deux plantes in-
domptées (L'Alsace et la Lorraine). Avec le socialisme il
travaille en vrai gâcheur, se servant avec force de la tiache .
11 en sera ce qu'il en sera.
Très souvent, les images de ces journaux ne
sont que des aphorismes, des sentences illustrées;
!|olln.î4 QCWntB 'l3.«i>
7
i
ITALIE 2n
(le toute façon c'est une manière très particulière
d'entendre la caricature politique. Voici, par
exemple, une chromolithographie du Pei^oquet
sur la question d'Egypte. La couronne égyptienne
navigue sur le Nil, majestueusement portée par
un crocodile coiffé d'un fez; tout le long du fleuve,
en posture comique, expliquée par la légende, sont
les Puissances européennes : « Si TAnglais étend une
grande main sur la couronne d'Egypte, Bismarck a
aussi un grand bras. Le Russe a de grands pieds et
le pas est difficile pour lui. Le Français a une tête
majestueuse, mais le pauvre Italien a une grande
langue pour se taire. » — Et ailleurs, voici le défilé
des Puissances ayant sur le dos leurs attributions
respectives. « Chacun », nous dit le texte, « doit
porter son fardeau. Plus il est lourd, plus le voyage
sera long. Les États arriveront plus ou moins vite
suivant leur force ». Et c'est Bismarck, qui ouvre
la marche, supportant le monde politique, sans que
ses épaules semblent fléchir sous un tel poids.
Dans toutes ces compositions, si le Chancelier a
les trois cheveux classiques, on ne s'occupe guère
de la ressemblance physique et, souvent, Tuniforme
dont il est revêtu a des couleurs plus autrichiennes
que prussiennes.
IIIS.tlAIlCK K\
Au point de vue purement' itulieu, le vrai Bis-
marck est celui que nous donnent deux journuux
liravo, mon petit Humbert ! Papa est conlent de toi. PerJs
tes cbcvciix au plus vite et il tecoDfiera^oaposte.
de Turin, Il Fischietto, Il Pasquino, dessiné en
noir ou en couleurs par des artistes de valeur. Là,
il apparaît escorté du fidèle Crispi : entre eux le des-
sinateur s'est évertué à établir une ressemblance ;
il y a du Crispî dans Bismarck, du Bismarck dans
Crispi. Le chancelier allemand, comme patron,
comme grand chef, a les trois cheveux ; Crispi, en
Les deux augures: Léon XIII et Bismarck, le docteur
ea théologie.
(/( FiKhifHù, 14I8B).
élève de première classe, n'a été encore promu
qu'à la dignité du cheveu unique. Peut-être dans
220 BISMARCK EN CARICATURES
un avenir plus ou moins lointain, lui accordera-t-
on la trinité capillaire !
Avec Humbert comme avec Crispi, avec le roi
comme avec le ministre, il a toujours l'attitude
d'un protecteur, d'un maître d'école. Avec le pape
il rappelle les deux augures, à moins que, coiffé
lui-même d'une sorte de casserole à pique — tiare
d'un nouveau genre — il ne siège sur le trône pon-
tifical, au milieu d'évêques et de cardinaux à la
mitre et au chapeau ornés du paratonnerre prus-
sien. Du reste, sans cesse entouré de canons, d'en-
gins de destruction et ne vivant ainsi, dit-il, que
parce qu'il veut être laissé en paix. Souvent en
chien, en bouledogue : c'est de la sorte que l'a re-
présenté Camillo Marietti, directeur et principal
dessinateur du FischiettOy lors de la mesure éta-
blissant la formalité du passeport à la frontière
d'Alsace. Et quel chien I Tyras lui-même ne serait
pas de meilleure garde.
Marietti, caricaturiste distingué, est l'auteur
d'une fort belle page, de très grande allure comme
pensée, publiée à propos de la démission du grand
Chancelier. Cela s'appelle « l'armoire aux re-
traités » et représente Bismarck et Tisza, assis cha-
cun dans une armoire, comme des mannequins à
la devanture d'uno vitrine. Sur le côté s'avance une
main — la main de l'Histoire sans doute — qui
tend un do ^t vers Cr sp e lu d qua t une
tro s ème armo re v de et ouverte A ton tour
ma ntenant I t ell Ft est i ns trcs certa ne
222 BISMARCK EN CARICATURES
ment, que la triple alliance prendra fin. Après Tisza,
Bismarck, après Bismarck, Grispi.
Si nous connaissions toute cette série de cari*
catures sur Bismarck, peut-être pourrions-nous
apprécier d'une plus juste façon les véritables sen-
timents des Italiens à notre égard.
Entre le chancelier qui s'en va et celui qui
vient, Fischietto ne voit qu'une affaire de che-
veux. Dans les portraits qu'il nous trace de l'un
et de l'autre, Caprivi n'est en effet qu'un Bismarck
avec un peu plus de cheveux. Mais le vrai chance-
lier, l'ancien, est tellement couronné de roses par
tout le monde, — ses ennemis eux-mêmes lui en
apportent, tant ils sont heureux de son départ! —
qu'il ne reste plus au nouveau qu'une arête de
poisson. C'est maigre, même en temps de carême.
Et maintenant que Bismarck est parti, empor-
tant sur son dos, comme nous le montre Pasquino,
tout son attirail, c'est-à-dire son théâtre de ma-
rionnettes, la caricature italienne semble ne point
vouloir troubler son repos. Celui qui l'occupe,
celui qui va payer pour les autres, c'est Crispi, le
troisième larron, Crispi dont le chapeau à haute
forme se trouve quelquefois percé par la pointe
du casque, Crispi auquel quelques dessinateurs
(/' Poifi'ino, arril iSW),
ITALIE
225
accordent déjà deux cheveux, et qui, seul, désor-
mais, étendra sa main sur le monde.
Du reste, depuis longtemps Bismarck a obtenu
l'absolution des crayons italiens, ne serait-ce que
pour sa guerre contre les « charbonniers » (lisez les
cléricaux). Le Papagallo ne lui donnait-il pas l'ab-
solution, dès 1883, par l'entremise du Saint-Père?
« Le Chancelier. — Je confesse m'étre moqué
de la moitié du monde.
« Le Pape. — Ce n'est rien, mon fils, car, moi,
je me suis moqué du monde entier. »
E viva Vltalia I Elle sait encore rire des pali-
nodies humaines.
Vignette du Fischietlo,
\^
A
II-
,1.
r
I
I
X
BISMARCK CARICATURE PAR LES ANGLAIS
Peu de caricatures anglaises sur Bismarck. — Les Anglais
ne dessinent la figure du Chancelier que lorsqu'il est mêlé
à des événements les intéressant particulièrement. -^
Type des Bismarck anglais. — Caricatures sur la retraite
du Chancelier, véritables tableaux humoristiques.
On aura quelque peine à le croire, Bismarck
occupe une place relativement très secondaire dans
la caricature anglaise, cette belle caricature, un
peu dure, un peu raide, conservant, malgré tous
les progrès des procédés actuels, la taille du bois
ancien, mais bien personnelle par cela même,
gardant le rire, la grosse charge, le grotesque
d'autrefois pour les études de mœurs intimes,
pour les suites en images, bien que le dessin
politique y revête souvent l'aspect d'un tableau
satirique, d'une page vécwe o\ o\\ç»ctxfe^. ^v^\>N.
228 BISMARCK EN CARICATURES
un journal me semble vouloir réagir contre
cette correction, contre cette façon d'envisa-
ger les événements : le Ally Sloper's HaXf
Holiday.
Mais ouvrez le Punchs le Fitn, le Judy, le
Moonshine et, invariablement, la caricature du
jour se présente sérieuse sous la forme d'un bois
ayant page blanche au verso.
Et puis, chez nos voisins, les animaux jouent un
grand rôle. Là aussi, pas de déformations du vi-
sage, pas d'attitudes grotesques données au corps,
mais bien des hommes à tète de chien, de cheval,
de lion ; mieux encore, des chiens, des chevaux,
des lions, avec le visage du personnage politique
qu'il s'agit de mettre en scène.
C'est ainsi que Bismarck a passé, comme dogue,
par toutes les fantaisies de la race canine. N'est-
ce pas la transformation à laquelle sa figure se
prête le plus facilement ? n'est-ce pas la forme ex-
térieure qui lui a été donnée le plus généralement
dans tous les pays ?
Pour que les Anglais se soient occupés de Bis-
marck en dehors d'eux, je veux dire en dehors
des événements les intéressant directement, il a
fallu des incideuls d'uue vttv^Q^Vaxvce européenne.
qae le défendeur aoil obligé d
psii pendant pluaieura anné* i
préLsnIioD lusei eiorbiMate.
k PRÉCAUTION.
it a ité attaqué el
(PunfA.lgféimrlSTl).
\
L'Anglais, par le fait de sa situaliun particulière,
par le fuit de sou isolement territorial est, avant
Bismarck dtmiasionnB, (oujoura la même plaisanterie qui
comme d'ordinaire, s'en ira en fum£e...
{MIff Sloper, S2 nurs 1880).
tout, personnel, local. Ce n'est pas un ceçvti'Jiv'a,
2M BISMARCK Ey CARICATCRES
i\iu* je lui adresse, puisque cette disposition est la
conséquence d'un état physique particulier; c'est
un fait que je crois utile de constater, de rappeler
du moins, alors qu'il s'agit d'apprécier, de recher-
r-lier la part prise par lui a la représentation gra-
phique d'une figure européenne.
(^est donc en vain que l'on parcourerait le
Punch et ses confrères en caricatures dans l'es-
poir d*y trouver une mine inépuisable de dessins
sur les événements de 1870. Durant la guerre
franco-allemande, le vieux Polichinelle anglais a
h'fuj avant tout à rester neutre: trois ou quatre
compositions dont une seule mettant en scène Bis-
marck, et c'est tout. Allégorie d'une très grande
alhinî, mais qui n'a rien de caricatural. Campé en
véritahh». njître, le chancelier amène la France en-
H/iiiglantée aux pieds de la Justice. Il l'a réduite
h rimpuissance, meurtrie, et c'est lui qui vient
contn^ elle demander des garanties.. Ici la satire
vM tout entière dans la légende. Ceci fait, FAn-
gh't(îrn5 rentre son crayon.
N*a-t-(>lhî pas accompli son devoir?
N*a-t-ello pas protesté contre une plus grande
mutilation du vaincu?
Et maintenant, — je ne parle pas de quelques
sur riascrïplion du bai, répondeDl A m
(PutKh, 4 mai 1873.)
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ANGLETERRE 23o
petits Bismarck, lettrés ornées servant à des entre-
filets sur les choses allemandes, — pour trouver
dans cette caricature de grandes compositions
mettant en scène le chancelier, il faudra des évé-
nements intéressant, redisons-le , soit la poli-
tique de TAngleterre, soit la cause du protes-
tantisme qui est un peu la cause de la Grande-
Bretagne elle-même. Qu'on touche à quelque
missionnaire, à un quelconque de ces agaçants
colporteurs de Bibles qui finiraient par vous faire
prendre en grippe tout ce qui est protestant, et
aussitôt on en appelle au prince de Bismarck, et
aussitôt on représente le tout-puissant ministre,
botté et casqué comme il figure ici, élevant la voix
et imposant ses conditions. Tel fut le cas, par
exemple, en 1873, lors de TafTaire de « La Luz »,
ce journal protestant supprimé par le gouverne-
ment espagnol.
Il ne faut pas toucher non plus à la politique
coloniale et commerciale de l'Angleterre; il ne
faut pas essayer de lui enlever diplomatiquement
ses alliances ; car ses dessinateurs sont là, Tœil
attentif, la pointe du crayon prête à traduire gra-
phiquement ce qui se concerte, ce qui se trame
dans les chancelleries.
â36 BISMARCK EN CARICATURES
Alors apparaissent des Bismarck en aiguilleur,
en colporteur, en représentant de commerce, non
pas du vulgaire portrait-charge, mais de véritables
tableaux, de véritables scènes animées. Belle ca-
ricature, toujours digne, toujours spirituelle, et,
avec cela, d'une grande perfection, comme exécu-
tion. Les excentricités du dessin, les « clowne-
ries » du crayon sont spécialement réservées aux
choses de la vie. La politique c'est de la diplomatie,
et Ton sait quel respect les Anglais ont pour tout
ce qui touche à cet ars regnandi.
Si j'en excepte une page de petits croquis pu-
bliés en 1882 par Moonshine, dans sa série « Célé-
brités du jour » et représentant Bismarck en
diverses attitudes connues, je ne crois pas que
la physionomie du grand chancelier ait jamais
donné lieu, en Angleterre, à des études spéciales.
A peine un portrait-charge (1).
Et cependant, questions commerciales et intérêts
communs mis à part, je ne vois pas la sympathie
très vive entre Bismarck et les Anglais : ceux-ci
le lui ont bien montré lors du règne de Fré-
(1) Voir The Période journal à portraits-charf^e coloriés,
qui paraissait à Londres avant 1870.
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AN(iLETERUE 23!)
déric III. Les gravures de cette période ont une
nuance de satire qui n'échappe pas à l'œil de l'ob-
servateur.
Comme type, les Anglais ont dessiné deux sortes
de personnages : le reître botté, grand, plutôt
maigre, et le fonctionnaire gros et gras, serré dans
sa tunique d'uniforme représentant bien, aux côtés
du John Bull habillé aux couleurs britanniques,
une des faces de la force physique. C'est ce der-
nier qu'on a pu voir sur les allégories relatives aux
récentes affaires du Portugal. Mais le Punch lui-
même n'a pas eu toujours son type de 1871 : le
reître botté et casqué a fait place, vers 1878, au
type de Bismarck moitié militaire, moitié fonc-
tionnaire, qui s'entend si bien à préparer les ren-
contres entre puissances amies. D'autres fois c'est
un chancelier démesurément grandi, colosse ger-
main conçu par l'œil et parle crayon des Saxons.
Des pieds à la tête, du casque au sabre, en passant
par la cuirasse, tout indique bien le côté « ogres-
que » de la puissance germanique.
Voici le chancelier se retirant de la scène poli-
tique. Ici il faut admirer sans réserve les compo-
sitions anglaises, quelle que soit la forme donnée
à l'expression de l'idée graphique. Nulle part., le
BISUAlICk KN CARICATURES
sens de la retraite, de la démission, de l'abandon,
n'a été traduit d'une façon aussi élevée, aussi ca-
à
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Fermeture.
Ah ! voua doDnez 001138, prince ! 11 y a une bouliqus, à tûlé, que j'm
rai» bien aimé pouvoir fermer.
{July,2 a\n[ 1890),
ractérislique. Ce n'est pas un dessin d'actualité,
c'est encore moins une œuvre de satire dans la-
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ANGLETERRE 243
quelle les passions du jour, les antipathies long-
temps contenues se donnent libre cours. Plus que
jamais le mot « tableau humoristique », est celui
qui convient aux peintures crayonnées par les
habiles artistes des périodiques anglais. Ce pilote
abandonné, ce chien jeté dehors sous une pluie
torrentielle, ce bon commerçant mettant les volets
à sa boutique portent en eux je ne sais quel senti-
ment de profonde rêverie, quelle philosophique
constatation de l'inanité des grandeurs humaines.
Et quand on contemple ces images, surtout
quand on les compare aux caricatures de Vienne
ou de Berlin, on en arrive à se demander si les
Anglais, qui ont si comiquement travesti Napo-
léon P% n'ont pas toujours éprouvé vis-à-vis de
M. de Bismarck une sorte de crainte respectueuse,
d'admiration tacite, qui les a empêchés de se laisser
aller à leur humour habituel.
Peuple épris de développement physique, prati-
quant plus que tout autre la force musculaire ^
n'est-ce pas justement, pour cela peut-être, que les
Anglais admirent en Bismarck le représentant d'une
race également forte, n'ayant pour les minorités et
pour les faibles qu'un respect tout à fait relatif?
Quand il s'agit de l'Aûgletette, çî^-^W^v^^ ^wsv
2i4 BISMARCK E^ OAHICATCnES
pays où l'art ne se conçoit pas sans une certaine
pensée philosophique, il est bien permis de poser
la question.
En tout cas, quelle que soit la raison do ce fait,
après avoir parcouru années par années Punc/i,
Fun, Judy, Mooshine, Truth et nombre d'autres
illustrés, j'en suis encore à trouver sur M. de
Bismarck, de l'autre côté de la Manche, ce qu'on
peut réellement appeler une caricature.
Vigaatte du /'«ncft.
XI
BISMARCK CARICATURE PAR LES SUISSES
Les caricatures antérieures à 1870. — L'affaire Blind et le
Postheiri. — Les caricatures du Nebelspalter. — Bismarck
phrénologique. — Bismarck vu chez lui sans être mêlé à
la politique européenne.
En butte aux tracasseries de la police allemande,
lors de l'affaire Wohlgemuth, la Suisse, dont l'atti-
tude en cette occasion, fut si digne, si courageuse,
à la fois exempte de peur et de bravades inutiles,
très certainement va fournir, pensez-vous, tout
un lot de caricatures sur cette actualité politique.
Détrompez-vous, ce qui prédominera alors, c'est
l'image allégorique et patriotique.
Mais ses anciens journaux illustrés n'ont été
tendres ni pour la Prusse, ni pour Napoléon III.
C'est en les feuilletant qu'on trouve encore quelque
trace de l'affaire Blind, ce personnage qui, en 1866^
24f> BISMARCK EN CARICATl'RCS
tira sur M. de Bismarck, sans Tatteindre, quatre
coups de pistolet.
Le Postheiri^ une vaillante petite feuille d'autre-
fois, nous raconte par le menu, en vers et en
images « moult » instructives, « comment il fut
tiré sur une Excellence par un certain monsieur
Cohn dit Blind, et comment le même le manqua
misérablement. » Ce petit épisode d'iiistoire ré-
trospective a son intérêt, croyez-moi, car on verra
c( de quelle façon M. de Bismarck, ministre, aime
de tous, chacun sait ça, empoigna le criminel,
ramassa les balles, autrement dit les « pois bleus »
et les fit porter en triomphe, — tandis qu'on arrê-
tait le criminel, y»
C'est le Postheiri qui, en 1870, demande un
combat singulier entre Bismarck et Grammont,
entre Guillaume et Napoléon ; c*est lui qui,
en 1868, traitait « d'objets poisseux » les nou-
velles bornes-frontières allemandes par lui sur-
montées du buste de M. de Bismarck ; c'est lui
qui, voyant les États européens ruinés par le
budget de la guerre, dira : « la bourse videc'est la
paix. »
La caricature, la satire illustrée ont toujours
eu, en Suisse, ce cO»té social et humanitaire.
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jelts par delA les fronli«rt> le> agsuli da chaacalisr) ili oat nia mai
• inoucbardi ■ A la {jurte, et 11, au plad d» la tour EitTal, lia fout d*
l'aiprit svac Isa cnupi qu'ili ont refui da moi. H'y a-t-l] pa* U da quoi
riavanir aaragé)
(^Veielipaltor, iïjuin 188«)
• • • • .
Le Bismarck vu par le Nebelspalter ~~ le ]
H. de Bismarck moDtrant Iriompbalemeul les balles qui f
manqué de l'atteindre.
(PoilAîiri, IVmailgeS).
cipal organe contemporain — n'est ni botl
casqué. Il a la casquette à grande visière.
^
250 BISMARCK EN CARICATURES
Tample redingote militaire ; la figure me parait
particulièrement ressemblante. Quelquefois, les
caricaturistes insistent sur son côté de vieux gro-
gnard ; ils le vieillissent à plaisir, ils en font une
sorte d'invalide de la paix forcée, gardant ses
canons comme une lunette hors de service, ne ser-
vant plus qu'à voir les progrès de l'art civilisateur.
D'un coté, Krupp ; de l'autre Eiffel.
D'autres fois, c'est, encore solide et bien por-
tant, vieux bouledogue qu'il ne faudrait pas tra-
casser, si l'on tient à sa peau, le géant qui a créé
l'Empire allemand.
Diplomate, on lui fait prendre toutes sortes de
travestissements, et on peut le voir, comme ici, en
mère noble, en vieille institutrice, ne manquant
ni de dignité, ni de... virilité! Mesdemoiselles,
tenez-vous bien et ne regardez point les jolis gar-
çons, môme lorsqu'ils portent crânement l'uni-
forme français.
Avec ce je ne sais quoi de pensé, d'observé,
cette caricature meplait. Humoristique, sans vio-
lences, elle indique bien l'esprit de neutralité qui
est le propre de toutes les conceptions suisses.
Et puis, à côté de cela, elle a le sens des choses
allemandes et du caractère de M. de Bismarck.
cs= Die bMorgte ErzWierin. =£>
Regardez devant voua, mesdames, ^'il voua platt. Paa
(Ions ni d'œillodea, je voua pria.
{Nebehpalte-r. 26 octobre 1:
:e allen
.niBli
; .
SUISSE 253
Une petite vignette du Nebelspalter est souvent
une page d'histoire. Témoin ce simple dialogue
entre Lui et Elle, entre le prince et la princesse.
Le chancelier enfile ses bottes, et le dessin porte
pour légende : « Ciel, Otto, les grandes bottes !
Serait-ce la guerre? — Non, pire : le Landtag
prussien. » Voilà qui est nature, voilà qui, aisé-
ment, se passe de tout autre commentaire. Avec
cette seule vignette, avec ce seul mot on juge
l'homme et ses conceptions parlementaires.
Le dessinateur du Nebelspalter a également
conçu un Bismarck phrénologique, fumant paisi-
blement une pipe ornée du portrait de son cher
Herbert. Les Italiens ont affectionné ce genre que
nous avons vu fleurir à certaines périodes de notre
histoire ; mais le Bismarck à la tête meublée de
personnages qu'on peut voir ici est bien calme,
bien bourgeois, bien « philistin », comparé au
Bismarck conçu par Belloguet en quelque sangui-
naire vision.
Et celui qui verrait la caricature suisse évoquant
aux côtés du puissant Chancelier tout un passé
héroïque, allant de Guillaume Tell à Winkelried,
du « tireur à la pomme » au « chevalier empoi-
gnant les lances ennemies et les arrêtant sur sa
254 BISMAUCk EN CAKICATUHES
poitrine », celui-là se tromperait fort. Elle consi-
dère avant tout Bismarck sous un aspect comique
et s'abstient à son égard de toute fanfaronnade
graphique, ne voulant pas, avec raison, éveiller
les susceptibilités de la Chancellerie impériale, à
propos de simples dessins.
Elle paraît être, aujourd'hui, moins internatio-
nale que la caricature italienne, non qu'elle ne
s'occupe de la France et de l'Allemagne, mais
elle vise les personnages et point la politique dans
ses généralités. Bismarck, qu'elle représente avec
humour, Carnot, pour lequel elle est pleine de
respect, Boulanger qui, d'emblée fut conspué par
elle, apparaissent ainsi, isolément, à propos d'inci-
dents locaux. Elle ne va pas plus loin que la Triple
alliance, et laisse le Papagallo mener sous la con-
duite de Bismarck le concert européen.
Pour elle, le Chancelier est, définitivement, dans
la fameuse « armoire aux retraités ». Elle pouvait
se venger sur lui par le crayon des désagréments
de l'affaire Wohlgemuth. Disons à son honneur
qu'elle ne l'a point fait, préférant l'enterrer sans
fiel. Et c'est ainsi qu'il est joyeusement mené au
champ du repos par le Nebelspalter à Zurich^
parle Carillon à Genève.
An hanl du ciAda, M. ds Biimarck étendant les maiiiB inr l'Afriqoe
et ear l'Amirique. Le drapeau que tient un marin Tornia une mèche da
chareux. Le nei est an Prauien, va de doa, tenant par la b(&« <;Ua!tA
asaiie ■ur la Praoce, laquelle can»l\ta.B \». -amiirtRài» &n,GuwiEflSv« .
Saris manloa, on lit: Trésor de guerre. \A» ism ^otwiii.ti*%™
/'on deranl l'autre, contre 1 ''""*
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SUISSE 259
Porté en terre sur « quatre fusils z'à aiguilles »,
il ne sera plus Thorloger breveté des Puissances
européennes. Ces hautes et nobles dames ont
changé de fournisseur, ne voulant pas se régler
plus longtemps sur Theure de Berlin.
Pauvre Bismarck, dit le Nebelspalter^ plus
d'aiguilles de montres, plus d'aiguilles de fusil,
plus de politique à aiguille. Mais, par contre, que
de cuisantes épingles I
Vignette du Posthehi.
XII
CARICATURES RUSSES, POLONAISES,
ESPAGNOLES,
HOLLANDAISES, PORTUGAISES
Physionomie des caricatures slaves sur M. de Bismarck. —
Le Chancelier transformé en bon bourgeois hollandais.
— Silence complet de la Belgique. — Le Bismarck en
escargot de Pinheiro.
Les Slaves ont-ils caricaturé Bismarck, les
Slaves qui, depuis plusieurs années, ont claire-
ment manifesté le désir de s'émanciper de toute
influence allemande, dans l'administration et dans
les arts?
A cette question, que bien des gens ont pu se
poser, je réponds par la publication des images qui
prennent place ici.
Ces images, qu'elles proviennent de Cracovie ou
262 BISMARCK EN CARICATURES
de Saint-Pétersbourg, ont une saveur particulière ;
elles sont slaves.
Polonaises, elles présentent un certain cachet
hiératique, féodal, chrétien ; elles popularisent un
Bismarck reconnaissable à ses trois cheveux ou
au casque prussien, mais rappelant par d'autres
côtés de sa physionomie générale le soudard polo-
nais, le chevalier de l'Ordre Teutonique. Si elles
ne dédaignent point l'actualité comme sujet, on
ne trouve aucune préoccupation semblable ni dans
la facture, ni dans la façon de mettre en scène
l'événement du jour. La petite vignette,' le repor-
tage graphique, sont pour les gens de Cracovie
chose inconnue.
Mais que la Mort se présente, comme ici, la Mort
toujours souveraine, au rictus éternel, et les pro-
cédés du dessin permettront d'établir quelques
rapprochements avec un lavis ancien. Dans l'Alle-
magne elle-même, dans le pays de l'antique Danse
des Morts, pareille idée, aujourd'hui, n'oserait plus
être invoquée par l'image qui vit d'actualité ou
recherche les rapprochements comiques. Les
crayons des dessinateurs polonais, au contraire,
peu intéressants en d'autres circonstances, se pré-
sentent ainsi sous un aspect local plein de saveur.
— Jacquol, va-t-eD cbez le maire (loculion proverbiale répon-
danl asaez exactement & notre: Va te faire f...)'
— la plus belle îles Reines, permeta-moi de rester ici jus-
qu'il, ce que j'aie pu reconquérir le cceur de l'Angleterre,
Gravure oxtrBile du Ojaftcl-ffi-fliaSIe, — journal polonais parais«aDl
RUSSIE. POLOGNE. ESPAGNE. HOLLANDE 265
Qu'elle soit aux maius des ÂllemandB ou des
Russes, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Moscou, la cari-
cature politique oe revêt cette forme hiératique.
Courte histoire dOito de Bismarck.
Les laguriptioas sur le dessin du milieu sont les noms des grand»
Pdtsaaces : la tente, c'eat la Prusse, ut l'eeritoau placé A l'entrée reul
dire : Gardien. Sur lea buttes du ministre déchaussé, on lit: é «.aglia
[Angleterre) ». El l'éorileau de Bismarck partant, parte; Duo de Lauen-
bourg.
\SlrekBia— la Clijale,ie Saint-Pétersbourg. — S/20 avril 1890.)
Autant les journaux purement humoristiques se
conGnent dans la représentation fidèle des mœurs
et des types locaux ; autant les journaux satiriques,
et cela pour une raison qu'il n'est pas besoin
d'expliquer davantage, se plaisent aux événements
2()() BISMARCK EN GARlCATCftËS
extérieurs. Et naturellement, c'est le voisin ger-
manique qui y tient la première place.
A regard de M. de Bismarck, Timage paraît être
sans hostilité accentuée : purement gouailleuse,
c'est presque en se jouant qu'elle salue le départ
du Chancelier. Même plusieurs de ses compositions
rappellent le fameux : « Bon voyage, monsieur Du-
mollet». Mes amis, portez- vous bien, la farce est
jouée, je m'en vais emportant avec moi l'affection
désintéressée de Tyras. Brave chien qui, respec-
tueux des ivoires, lèche le crâne « à son maître ».
Comme type, ce Bismarck est parfait: seule,
peut-être, la casquette indique son origine russe.
A certaines époques, lorsque les rapports entre les
deux grands Empires pouvaient faire craindre un
conflit, l'image suivit la plume et, sans être agres-
sive, se montra cependant plus satirique à l'égard
du Chancelier. EnGn, dernière observation, il est
très rare de voir Bismarck figurer sur un journal
russe avec des personnages d'un rang supérieur
au sien, tant la hiérarchie tient ici sa place.
Bref, image très artistique, et souvent pleine
d'esprit, quoique ne pouvant se mouvoir que dans
un cadre restreint.
Et, pour finir, que dire des autres nations?
/7*fy iJ'au^dfift.M/
Adifu, ea/anls. pories-imus bien.
Sur le bras du maonequio, on Ut : s Frledriohïruhe >. L'inacrip-
banilsrolo anroulés aotour du bAton, potle : eépgucanlail de l'Hun^.
RUSSIE. POLOGNE. ESPAGNE. HOLLANDE 269
Il est un pays, la Hollande, qui, jadis, fut le
grand maître de la satire illustrée. Eh bien I en ce
pays qui lançait contre Louis XIV tous les bu-
rins indépendants du dix-septième siècle, deux
seuls journaux se permettent parfois quelques
lithographies d'un pénible travail. Par exemple,
c'est bien local, plus local que la Russie. Le Bis-
marck que traduisent les pierres du Nederlandsche
Spectator est une sorte d'adaptation hollandaise au
moyen du crayon. Et adieu les trois cheveux; cette
fois, c'est bien réellement le poli de l'ivoire. Un
bourgeois de Haarlem vivant modestement chez lui.
Quelquefois, en ces compositions, apparaissent
les figures historiques du pays : on peut voir ainsi
à propos des affaires coloniales allemandes, Erasme,
Rubens,de Ruyter, prendre place aux côtés de Bis-
marck, et, chose singulière, le crayon revêt une cer-
taine allure lorsqu'il s'agit de dessiner ces person-
nages.
En tout cas, ceci est à noter, les Hollandais n'ont
pas la compréhension du vrai Bismarck : ils ne
voient qu'un Bismarck hollandais.
Il est un pays, la Belgique, qui, il y a trente ans,
avait un merveilleux journal, EuïenspiegeZ, dans
lequel un artiste non mo\w^ e^Ar^ÇiX^vçNS^'^^^^^^
{
270 BISMARCK EN CARICATURES
exécutait de précieuses lithographies satiriques.
Aujourd'hui, ce pays n'a plus qu'une ombre de ca-
ricature politique, et il n'ose pas crayonner Bis-
marck. Certaines gens, — des mauvaises langues,
sans doute, — disent que si des caricatures
paraissaient sur l'homme d'État allemand, elles
seraient immédiatement saisies. Je veux bien ne
rien en croire et ne voir en cette pauvreté « bis-
marckienne » des crayonneurs belges qu'un signe
de la parfaite indifférence témoignée par l'esprit
public à l'égard du Chancelier ; mais, c'est égal,
rien, c'est beaucoup.
Pour une fois, sais-tu, on eût pu se montrer plus
loquace, graphiquement parlant.
Il est un pays, l'Espagne, qui a eu, de 1867 à
1872, des maîtres caricaturistes. Malheureusement
nombre de ces artistes, par suite des événements
qui ont troublé si souvent la péninsule ibérique, ont
dû émigrer, et sont venus principalement en
France. Certains y vivent toujours; d'autres y sont
morts. Et l'Espagne, toute à ses journaux d'études
de mœurs et de courses de taureaux, se désinté-
resse de la grande satire sociale (1). Avant 1870, ses
(1) Il n'existe plus guère à Madrid qu'un seul journal à
caricatures politiques : El Motin,
ifiniilre Beemahtrk (mialitre dea affaire* étrang^m e> Hollanda). —
Votra Altaaifl pfiut facilamanC régler en ne parlant plus du traité aur la
{Xfderlandich^ Sperlalar, iSM).
La mialatre Huejiialierk vient de aarvir & Bismarck un saumon coupé
en deux, c'«al-i-dira moitié allacoand, moitié hollandais, la H,>llaiide
réclamaat uae indemnité de rAllemagoa pour le droit de pèche daas le
Rhin hollandais. De son cOtë, l'Allernague voulait obtenir de la Hol-
lande un trait« sur la propriété littéraire, empêchant la. tiftd.vA'iKHi ^»k
pabllcatlon* allanandei, ce qni ne fauùlfo'ut^ VbS&«» &»« ^&'u»ixi
bolitadtia. C'eat ee qu'explique la |[r«iQie âa SpectiLloT .
i
II
■J
t
« te
RUSSIE. POLOGNE. ESPAGNE. HOLLANDE 273
crayons avaient Napoléon III ; aujourd'hui, pour
qu'ils s'occupent de rhomme de la candidature
HohenzoUern, il faut des événements qui touchent
de près au pays, comme l'affaire des Carolines
en 1885.
Plus remuant, plus indépendant, plus imbu
d'idées démocratiques, \o Portugal fournit à l'ico-
nographie bismarckienne quelques petites pièces.
Il a, du reste, un caricaturiste à Tesprit plein de
fantaisie, Raphaell Bordallo Pinheiro, qui a semé
d'amusantes images les journaux du pays (1). Son
Bismarck en escargot, coiffé à la chinoise, est une
trouvaille : un tel animal manquait à l'arsenal du
comique.
Grèce, Suède, Norwège, du ci de là, un Bis-
marck sans grand caractère, un Bismarck plus ou
moins reconnaissable, revètani tous les costumes,
depuis la cotte du pêcheur jusqu'aux amples culottes
turques, un Bismarck coiffé du fez. Et c'est tout.
Mais jusqu'aux derniers confins de Timage, par-
(1) Bordallo Pinheiro, qui publie actuellement le journal
comique Os Puntos nos ii (Les points sur les i) est un artiste
de très haute envergure qui dirige à Lisbonne une grande
manufacture de faïences décorées produisant des pièce:!
genre Bernard Palissy.
274 BISMARCK Ë> CARICATURES
tout OÙ le rire est permis, partout où l'actualité se
traduit sous la forme graphique, règne un écho
plus ou moins affaibli de l'ex-Chancelier de fer
passé à l'état de retraité de Friedrichsrulie.
(1) Ce Bismarck est extrait d'une amusante publication
sur le voyage de l'empereur du Brésil en Europe, parue t
Lisbonne en 1872.
XIII
BISMARCK CARICATURE PAR LES AMERICAINS
Particularités de la caricature américaine. — M. de Bis
marck considéré au point de vue des affaires européennes
— M. de Bismarck dans les questions nationales ou lo
cales. — Emprunts à la caricature politique des autre
pays. — Bismarck partout.
Si r Angleterre, en son île, est déjà facilemen
parvenue à se désintéresser plus ou moins des affaire
du reste de l'Europe, que dire deTAmérique?
Toutefois, composé d'éléments divers se ratta
chant aux deux grandes familles latine et germa
nique, le nouveau continent n'a pas perdu tout
trace des races originelles. D'où certaines sympa
thies, certaines antipathies nettement affirmées a
delà des mers*
276 BISMARCK EN CARICATURES
Donc, croire que les États-Unis dans leurs jour-
naux à images ne s'occupent jamais de Bismarck
serait commettre une grosse erreur, mais ils s^en
occupent à leur façon, c'est-à-dire à propos d'un
gros événement, ou bien lorsqu'il se trouve mêlé
d'une manière quelconque à leurs intérêts écono-
miques et industriels : les seuls que connaissent
les Américains.
Et comme, à quelques exceptions près, les jour-
naux illustrés sont aux mains des Allemands, il est
facile de conclure. Dessinateurs et publicistes,
chaque fois qu'une raison commerciale — ques-
tion de porc ou d'art, peu importe — ne les force
pas à être Américains intransigeants, tous manir
festent, au point de vue européen, des sympathies
germaniques très nettement accentuées.
A New-Yorck, la caricature est un peu partout,
dans les journaux en couleurs. Pack ou Judge^
dans les grands illustrés, comme Frank Leslie^
dans les journaux populaires, comme Police
Gazette. L'humour a son petit coin, si elle ne
s'étale pas le long des pages. Du reste, Jonathan
entend bien rire quelque peu aux dépens du Chan-
ceher. Ill'affuble d'une façon grotesque, appendant
des bretzel (le petit pain en 8) à sa casquette.
Quand nous nous rencontrons dans la
saluons jamais.
Frank Leilie'i Itlialraled, i<
Le président Arthur i faisant amende honorable
m Mmli qns parsiUe i
[Frank Leilie"> Illxutrated,^ «.l'rti ^«fc .>
278 BISMARCK EN CARICATURES
remplissant ses poches de saucisses, mettant des
chopes en guise de pieds aux chaises sur lesquelles
il trône, métamorphosé suivant la doctrine égyp-
tienne en animal. Et c'est presque toujours en
cochon plus ou moins gras à lard qu'il apparaît.
Le voici, d'après le Puck, en homme-locomotive,
broyant tout sur son passage ; en éléphant soule-
vant triomphalement dans sa trompe Alphonse,
le roi uhlan ; en clef, ouvrant toutes les portes,
passe-partout diplomatique; en crocodile, prêt à
tout engloutir dans sa gueule formidable. D'habi-
tude fort ressemblant, d'autres fois transformé
en un personnage gros et lourd, vulgaire charcu-
tier ou débitant de boissons. Il existe même de
lui des images en yankee, en nègre, et rien n'est
drôle comme ce Bismarck en favoris ou en minis-
troL
Ceci, c'est la caricature courante, o ne portant
pas à conséquence, » si l'on peut s'exprimer ainsi,
la caricature s' amusant à illustrer des événements
européens.
Mais» qu'il se présente quelque fait purement
américâiii, mettant en présence les Etats-Unis et
l'Allemagne ; Tallure des compositions tout aussi-
tôt se modifiera. L'affaire des îles Samoa donna
QuBSlion da» ilfls SsBio». -.(Daily CrapAic, Ï8 diaomtat ^»*N ■
M. Btyarâ est raacian rice^rénAent 4a 'âtoa% *nib^veû«'
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lieu ainsi à une nombreuse éclosion d'images. La
presse illustrée traduisit en termes non équivoques
le sentiment public. Voyez comme le Daily
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1^^
Le compËre de Bismarck.
Maintenant js luU pla> grarid que vous.
'e lie F. Oriet: [Pack, 33 DOTambre 18S3), d'iprtt l'origiasl
Graphie nous montre, en la personne de M. Bayard,
l'Amérique s' aplatissant devant ce colosse à la cui-
rasse en tonneau qui a quelque chose d.«i% cax\>:%2-
282 BISMARCK EN CARICATURES
fures anglaises sous Cromwell, devant cette puis-
sance germanique au sabre si tranchant.
Quand il s'agit des nègres d'Haïti, M. Bayard
se grandit démesurément et étreint dans sa main
le pauvre noir comme quelque vulgaire insecte.
Mais la caricature aux États-Unis, c'est un
monde dans lequel il n'y aurait pas grand intérêt
à pénétrer, lorsqu'il s'agit d'une figure européenne.
Cliicago, San-Francisco, Baltimore, Philadelphie,
toutes les villes ont leurs journaux illustrés, à la
fois sérieux et humoristiques (1) : elle-même, la
presse quotidienne fourmille de vignettes. De là,
une caricature purement locale, dans laquelle on
est quelquefois surpris de voir apparaître M.- de
Bismarck. Dans les questions religieuses, la plu-
part des cités catholiques ont pris parti contre lui.
Très orthodoxes, elles en sont arrivées aie considé-
rer comme un mauvais génie, comme le suppôt de
Satan. Et c'est ainsi qu'on peut le voir ici se pré-
parant à déboulonner l'ÉgHse Saint-Pierre, à Chi-
cago, dessiné par un crayon français, alors en
(1) Le fameux bar de Chicago, malheureusement incendié,
dontj'ai reproduit plusieurs peintures dans mon Yolame
Raphaël et Gambrinits (1886), contenait également une
grande caricature murale de M. de Bismarck.
Saiûn. — Qu'allez-vous faire, Bis?
Bismarck. — Détruire cette Egjisc.
Satan. — Ceci, je Fai essayé toute œ
je vous dotiue ma coufiaoce.
CaricE
■e ie FéJiï Régamsy à\
reds Chicago (1875).
'fc -
« •
* ta
AMERIQUE 285
Amérique : j'ai nommé Félix Régamey. Luther
maudit par Torthodoxie américaine, voilà qui est
certainement curieux !
Bismarck chancelier des îles Samoa, Bismarck
antechrist ! Ne voyez dans tout cela qu'un écho
des luttes de parti et qu'une pure manœuvre
locale.
En 1870-1871, lors de la guerre franco-alle-
mande la caricature américaine resta neutre :
comme Frank Leslie^ qui reproduisit la gravure
du Punch de Londres figurant ici même (1), elle se
contenta d'emprunter aux journaux anglais et
allemands leurs images. En temps de paix, tou-
jours en vertu du même principe, on pille les
Fliegende Bldetter et le Journal amusant,
L'Amérique du Sud, qui, elle aussi, a ses jour-
naux satiriques, ne porte pas le Chancelier dans
son cœur, et j'ai sur lui sous les yeux nombre de
compositions vengeresses ; malheureusement, de
ressemblance point. C'est un Prussien, c'est un
ogre, ce n'est point l'homme aux trois cheveux.
Et de temps à autre, en Afrique ou à la Nou-
velle-Australie, à Pékin ou dans quelque colonie
(4) Voir la gravure de la page 229.
28G BIIJMARCK EN CAIIICATURES
anglaise, on voit paraître sur papier de riz des
journaux comiques avec un Bismarck. Lui-même,
le Cheikh Abou Naddara (1) dans ses feuilles desti-
nées à prêcher aux Égyptiens la révolte contre
i'induence anglaise, n'a pas oublié « mein liebcr
Bismarck ».
Ah! vraiment, comme dit la chanson de 1867 :
Ud tiomme veiDmarck,
C'eat monsieur de Bismarck.
(i) Pseudonyme de James SaDua qui veut dire: « L'homme
aux lunettes n, et qui fut également le titre du journal
arabe comique dirigé contre l'ei-khédive et sa politique,
ainsi que contre son dis Tewiick. Les Anglais appelles t cette
feuille qui a dû changer de nom plusieurs fois un a Punch
arabe », Arabie Punch.
DOCUMENTS
POUR SERVIR A
L'ICONOGRAPHIE DE M. DE BISMARCK
FRANCE
Portraits - charges et caricatures de 1867 à 1890.
LA LUNE
7 avril 18(57. M, de Bismarck, par Gill. (Voir la reproduction,
p. 157.)
LB PHILOSOPHE
28 septembre 1867. La légende de l'Ogre et du Petit Poucet
(Bismarck, assis, aiguisant son contean), par Oilbert-Martin .
l'éclipsé
24 juillet 1870. Le Moi s'amuse, par Mobb (Bismarck tenant
devant le roi de Pmsse un petit jeu de soldats prussiens).
1*' doùt 1870. Chaussures nationales, par Gill (Bismarck chausse
ses bottes, et le petit soldat français les sabots de la Moselle).
Portrait-charge pour la suite : Marrons sculptés, par de Fron-
das (Bismarck est assis sur un amoncellement de crânes).
Portrait-charge dans la suite : Pilori- Phrénologie, par Bello*
guet. (Voir la gravure reproduite p. 175.)
288 BISMARCK EN CARICATURES
LA CHARGE
la juillet 1870. Bùmarek et le général Prim, par Alfred Le
Petit. (Sur le devant se tient Napoléon III en chat, et la légende
porte : « N'éveillons pas le chat qui dort. »)
Portrait -charge par Moioch dans le Trombinotcope,
Portrait-charge par Spolski dans là Journée (1886). — Voir la
gravure, page 19I.
Portrait-charge par Luque dans le Figaro illusiré de 1884-85.
Pour toutes les pièces sur Bismarck pendant la guerre, le siège
(^t la Commune, voir le volume publié par M. Quentin-Bauchart :
La Caricature politique en France (1870-1871).
LE PILORI {Caricatures de J, Blass).
23 janvier 1887. Le torero Bismarck. (Il dompte le taureau
Reichstag.)
20 février 1887. L'acte des reptiles (Bismarck en charmeuse de
serpents).
27 février 1887. Seize ans après ! à propos des élections au
Reichstag (Bismarck, cloué à un poteau, a le corps percé par les
flèches des députés protestataires.)
19 juin 1887. Français quand même! (Bismarck, en soudard,
voulant faire danser TAlsace et la Lorraine).
9 octobre 1887. Un petit acompte^ affaire de Vexaincourt (Bis-
marck a ouvert la caisse aux valeurs, et l'empereur Guillaume
compte Targent).
8 janvier 1888. Trop dure, la fève! (Bismarck découpe le gâteau
France et se casse les dents en avalant la fève) .
12 février 1888. Ksss! Ksss! (Bismarck lançant deux chiens,
TAutriche et Tltalie, contre la France et la Russie) .
18 mars 1888. Méditations (Bismarck devant le cercueil de
l'Empereur).
ICONOGRAPHIE DE M. DE BISMARCK 289
LA JEUNE GARDE {CaHcatures de Kab et Germinal),
27 juin 1886. La fin d*un royaume (Bismarck prôdpîtant
Louis n dans le lac de Starnberg), par Kab.
19 septembre issô. Question extérieure (Bismarck ayecTSm-
pereur et de Moltke; sur le devant, Herbette), par Kab.
• 16 janvier 1887. Quand ces beaux pompiers (Bismarck, TEmpe-
reur et de Moltke), par Kab.
10 avril 1887. L'œuf de Pâques (Bismarck, en moutard, rece-
vant un œuf d'où sort Boulanger), par Germinal.
3 juin 1887. Boum!!! Voilà! (J. Ferry apportant à Bismarck
le ministère Rouvier), par Germinal.
26 juin 1887. Les nuits de Bismarck (Bismarck, dans son lit,
voyant surgir des apparitions), par Germinal.
18 septembre 1887. Le général Bréart (il sert à Bismarck la
mobilisation), par Germinal.
2 octobre 1887. Le Nemrod teuton, par Germinal.
9 octobre 1887. Sympathique entrevue (Fltalie b ... le derrière
à Bismarck), par Germinal.
29 janvier 1888. Venez mes petits ! par Chicot (Bismarck appe-
lant des oiseaux tricolores).
18 mars 1888. Demain? par Tartarino (Bismarck consultant le
Sphinx).
l«f juillet 1888. Fœtus Impevator (Bismarck traînant le jeune
empereur monté sur un cheval de bois), par Tartarino.
2 septembre isss. Quichotte -Bismarck et Rossinante- Crispi,
par Tartarino.
21 octobre 1888. Le Deutsche Rundschau et Bismarck^ par Pejrye.
11 novembre 1888. En retraite (Bismarck avec deux corbeaux
rouges de sang), par Tartarino.
26 mai 1839. Le colosse d'argile (Des ouvriers démolissant sa
statue), par Tartarino.
LE DON QUICHOTTE (Caricatures de Gilbert'3Iartin) ,
29 janvier 1887. Kiss! Kiss! (L^Angleterre, sous les traits
connus, excitant Bismarck et Boulanger, figurés en chiens de
faïence).
29U BISMARCK EN CARICATURES
31 décembre 1887. Etrentui pour i88S (Bismarck en joi^ou :
un chien savant tenant une épée dans la gnenle et battant du
tambour.)
11 février 1888. La grande pieuvre (Bismarck). Dans le fond,
une carte d*Kurope sur laquelle deux femmes, représentant Ja
France ei la Russie, se donnent la main.
18 février 1888. Pour leur are de triomphe, imitation du bas-
relief de Rude : Le Chant du Départ (la Mort en goise de Vic-
toire, Bismarck. l'Empereur et de Moltke).
17 mars 1S88. Être ou ne plus être (Bismarck en Hamlet, à
propos de l'avènement de Frédéric III).
31 mars 1888. Celui qui la trouve bien 6onne (Bismarck riant
aux éclats en apprenant que Boulanger a été expulsé de Tarmée).
9 juin 1888. Gymnastique hongroise (Bismarck^ dans le fond,
faisant sauter Tisza à travers un cerceau).
23 juin 1888. Entre deux airs (Bismarck en dragon ailé, vo-
missant feu et flammes, entre la Paix qui joue de la flûte et la
Guerre qui joue du clairon).
6 octobre i»88. Toisé (Frédéric III, ses Mémoires en main, fai-
sant descendre Bismarck au plus bas de la toise) .
18 mai 1889. La peine du talion (Bismarck ayant devant lui la
pieuvre de la question sociale) .
r'juin 1889. Le voyage à Berlin (Crispi et Humbert raclant dn
violon devant Bismarck et l'Empereur).
!•' mars 1890. Situation critique (Bismarck soutenant de ses
deux épaules les roches qui lui tombent dessus et sur lesquels on
lit : « Elections au Reichstag, Socialisme. »).
29 mars 1890. Le Diable qui se fait ermite (Bismarck, lavé à
grande eau, se préparant à revêtir la robe de bure que lui présente
TEmpereur) .
5 avril 1890. Le successeur de Bismarck (Caprivi jouant avec
Bismarck à saute-mouton).
LE GRELOT (caricatures de E, Pépin) .
15 mai 1887. Un nouveau truc (Bismarck tendant des filets à
la frontière, pour prendre les poules).
ICONOGRAPHIE DE M. DE BISMARCK 291
8 janvier 1888. Biêmarek-Borgia (Il verse de l'acide prussique
dans un clysopompe) .
19 février lfl88. Le prince Fracaste (Bismarck en sondard,
chope en main ; rAutriche et Tltalie lui cirent les bottes) .
2 mars 1890. Le Carnaval à Berlin. Bismarck et l'hydre de
l'anarchie (les trois tètes représentent la France, la Rnssie et le
Socialisme).
LA SILHOUETTE
12 février 1888. Les obsessions de von Bismarck, par Lamouche
(série de petites vignettes : Bismarck voyant Boulanger partout).
9 février 1890. Prussailleries, par Moloch (série de petites vi-
gnettes : Bismarck et TEmpereur).
23 mars 1890. Monsieur Bismarck est mort, par Moloch.
d avril 1890. Adieux touchants (Petites vignettes : Bismarck
prenant congé de Quillaume), par Moloch.
18 mai 1890. Chiens de /iat'ence (Bismarck et l'Empereur), par
Moloch.
LE TKOUPIER
1890, no 129. Attention! Bismarck démissionne (Bismarck s'en
va, emportant avec lui la paix sur son dos), par Gustave
Frison.
LA NATION, journal quotidien {caricatures de Gilbert- Martin),
25 février 1888. L'élève fait honneur à son maître (Bismarck
dictant à Crispi : incident de Florence).
10 février 1888. — Une mère ne ferait pas davantage. (Voir la
gravure, p. 186).
8 juin 1888. Hanneton t vole, vole, vole! (Bismarck conché à la
frontière, tenant en main le hanneton Tisza).
LE PETIT NATIONAL, joumal quotidien {édition illustrée),
31 juillet 1888. Mélodrame sifflé au théàivt de% NoXwiwt V^"^-
292 BISMARCK EN CARICATURES
marck, en ogre, empoignant Tenfant de la reine Nathalie), par
Tiret-Bognet.
23 août 1888. A Friedrichsruhe, (Bismarck, colosse accoudé,
tenant Crispi entre ses bras et lui montrant la souricière dressée),
par Tiret-Bognet.
20 août issi, La jeune Italie, (Une petite fille en costunie na-
politain fumant la pipe des « provocations » sur les genoux de
Bismarck en colosse), par Tiret-Bognet.
LE TRiBOULET. {CaHcatures de Blass et Roland.)
23 janvier 1887. (Voir la gravure p. 178.)
6 mars 1887. Maintenant que fat obtenu mon Septennat^ je
vaii remiser mes petits joujoux^ par Kab.
5 juin 1887. Bismarck mélomane. (Il joue de l'orgue pour faire
manœuvrer le futur empereur.)
iO avril 1887. Bismarck trouve que ses œufs de Pâques sentent
trop les œufs d'esturgeon. (Affaire Katkoff.)
3 juillet 1887. Bismarck et Déroulèdc : On se demande lequel
des deux est notre pire ennemi?
9 octobre 1887. (Voir la gravure p. 182.)
15 janvier 1888. Bismarck sautant sous un envoi de dynamite^
par Roland.
29 avril 1888. L'impératrice d'Allemagne enjôlant Bismarck
pour que sa fille puisse épouser le Battenherg de son cœur.
27 mai 1888. La défaite de Bismarck par Cupidon, par Ro-
land.
22 juillet 1888. Bismarck au belliqueux Guillaume. (Ce dernier
est monté sur un cheval de bois.)
7 octobre 1888. Le moit qui parle, par Roland. (Frédéric III
sort du tombeau, ses « Mémoires» en main.)
16 décembre 1888. Bismarck chaussant la botte italienne que
lui essaie Crispi, par Willette.
16 septembre 1888. Une leçon de mandoline chez M, de. Bis-
marck.
ICONOGRAPHIE DE M. DE BISMARCK 293
ÉTRANGER
PAPAGALLo, à Bologne.
20 janvier 1878. Les treize pensées : soliloque d'une grande
lèle. Tète de Bismarck avec la boite crânienne ouverte et treize
petits sujets intérieurs.
1 août 1880. Période sombre. Grosse tète de Bismarck à mi-
corps. Des petits personnages représentant diverses puissances lui
grimpent dessus.
PASQOINO, à Turin.
186 j. Portrait-charge dans la série des « Contemporains illus-
tres », par Téja
Voir les collections du Kladderadalsch^ des Lustige Blœtter^ du
Schalkj du Ulk, des Wespen à Berlin.
Voir les collections du Figaro, du Floh, des Humoristiche Blœt'
ter, du Kikeriki à Vienne.
Portraits sur des couvertures.
(Plaquettes et livres.)
Récits patriotiques, par Villemer (avec portraits de Bismîirck
sur les couvertures) :
1* L'assassin de Bismarck, dit par M. Taillade de TAmbigu.
2« Lettre d'un espion prussien à son patron Bismarck, dit par
M. Marais de la Porte Saint-Martin.
3*»Z,e perroquet d^ Bismarck, dit par M. Laray, de l'Ambigu.
4*> Lettre à mon vieil ami Bismarck, dit par M. Marais.
Alliche illustrée pour : Histoire publique et privée du comte de
Bismarck, par Jules Fréval. L'affichage n'en a pas été autorisé. .
Bismarck- Intime. (L. Westhausser, éditeur). Sur la couverture,
portrait de Bismarck assis à sa table de travail.
Le Petit Pioupiou. (G. Edinger, éditeur.) La couverture de
cette publication hebdomadaire (à partir du n» 30\, Y^^\^%'wj&fc ^ssv
294 BISMARCK EN CARICATURES
pionpiou français, crayon et plume en bandonillère, faisant le pied
de nez à Bismarck qui serre les poings et tombe à la reoTerse.
Portraits publiés daxis les Journaux illustrés.
Bévue Illuttrée (mars 1888) . Portrait en pied sur la couyertnre*
dessiné par G. de la Barre. Chapeau mou, canne à la main,
vêtu d'un ample caoutchouc, ayec ses deux chiens à ses côtés.
Illuitration {22 mars 1890). Buste, de c6té, tète nue tournée à
droite, gravure sur bois par Thiriat.
Univert Illustré {29 mars 1890). En pied (mi-jambes), tête nue
et tournée à gauche, d*après le portrait peint par Franz Lenbach.
Monde Illustré (29 mars 1890). A mi-corps, de trois quarts, cas-
quette sur la tète, dessiné par Gaston Vuillier. (Voir le portrait
reproduit p. 5).
Petite Revue (5 avril 1890). Croquis humoristique d'après Men-
zel. Tète de côté tournée à droite.
Musée des Familles (1er juin 1890). A mi-corps, tête de côté tournée
à droite, coiffé de la casquette, d'après les toutes récentes photo-
graphies. C'est un Bismarck très vieilli.
Objets fabriqués par rindustrie française en 1870.
Sans parler des sous à l'effigie de Napoléon III que des graveurs
se sont amusés à transformer de toutes les façons, et notamment
en Bismarck, l'industrie a fabriqué en 1870 et 1871, de nombreux
objets dits articles de Paris, bagues et boutons de manchettes,
dont les modèles provenant de la collection Liesville se peuvent
voir au musée Carnavalet. Ces objets ont généralement de 2 à 3
centimètres de diamètre. En voici la description :
Boutons ou plaques cuivre genre boutons.
La Mort, faulx en main, entre Bismarck et Guillaume.
La France en cocodette, assise à une table, devant une bouteille
et esquissant un pied de nez à Bismarck qui lui fait la cour.
Légende : Nix trie trac.
Bismarck jouant de l'orgue. Sur l'instrument on lit : Sautez
pour le roi de Prusse, Devant lui, l'empereur exécute des tours
avec un cerceau.
ICONOGRAPHIE DE H. DE 1
Kemarck a
e sarlDgue en main. Légende : li coupi à
Bismarcli, lète une, fouet en main, flagellant l'Alsace et I a Lorraine
représentées par deon femmes assises, appuyées sur leur bouclier.
Petite tète ayec la légende : « Prinz Bismarck » au revers d'un
« Thiers clief du pouvoir exécullt. >
Piptt en terre.
Les trois maudits, Bismarck., Napoléon, Quillaame. Le calot
représeole une tête de République, bonnet rouge, soutenue par
une benderolle sur laquelle se lit la légende.
Objets dlvars labrlqaëa «n Allemagns (1890).
Chope à bière avec portrait de Bismarck
sar te couvercle. (Porcelaine émaiilée.)
Porle-cartes carré, cuir, avec 4 portraits
médaillon, en repoussé, représentant : — sur
les piats extérieurs, Ouillaume et Bismarck-,
— sur les plats intérieurs, Frédéric III et
l'emperenr actuel. Audessons de cbaqne per-
sonnage, devise et signature. Sous le buste
de M. de Bismarck, sans médaillon, etcoifié
du casque à pointe (figure suivant le type
de 187ij ou lit la tameuse déclaration : tKir
Henticht fûrcblen GoH, tontt JVtcAtt in der
Weltf
Essuie-plume avec dessus en cuir, portrait
de M. de Bismarck, tête nue, entourée d'or-
nements. (Voir la vignette de la page îfis).
Chope en grès polychrome avec couvercle
en étain. Personnage k gros ventre afant la
Ugure de Bismarck.
Casse-noix en bois sculpté. Téie de Bis-
marck à la diamière. La noii est introduite *'* cassc-noii.
dans la bouche qui s'ouvre et se ferme pour broyer le fruit. (Objet
de fabrication suisse.)
Bismarck
llItiMAKOK KN
t/kjfU tutlérieart (i867-mo)
Médailles de grand module (argent et broiiEe) gravées el frap-
pées à Oeuève par Hugues Bovy.
Petite médaille, avec uuo léte nue de Bismarck, gravée par
J Lorenz. A l'avers on lit : hhfordtr» fànf miUiarden. (Je ré-
clamerai b milliards). Au revers, en français ; 5 honneuri, et les
mots : Aller ZeiUn, solche Mùnner. (De tous temps, de tel
hommes), puis ces quatre noms : l'Empereur, le Kronprinz, Bis-
marck, Uoltke.
TABLE DES GRAVURES
CLASSEE PAR PAYS
Frontispice, — Malgré le froid et la neige, je suis toujours
le berger de ce troupeau. Mort, passe ton chemin! (Com-
position de Villette) iv
I. — PLAN eu ES COLORIÉES.
A Friedrich sruhe. Bismarck et le Czar (caricature autri-
chienne) 144
Les hommes volants. Bismarck en ballon (caricature ita-
lienne) 216
II. — CARICATURES DIVERSES.
1. Bismarck et l'Amour . .. 1
2. M. de Bismarck en 1847 (portrait) 3
3. M. de Bismarck en 1890 (portrait). . . 5
4. Bismarck au ciel, avec son chien 8
5. Le nouveau Blticher (Bismarck sur le coq gaulois).. . . 11
6. Bismarck déchirant la Constitution prussienne 13
7. Bismarck portant le coup de grâce au ZoUvereiu 15
8. Choses de Biarritz 17
9. Proverbes illustrés : Sang et fer. ....... 19
10. Rentrant chez soi 23
U . Bismarck en Napoléon I" 25
12. La chope Bismarck *î»v
298 TABLK DES GRAVURES
13. Bismarck en vitrail 35
14. En effenillant la marguerite 37
15. Colère du Chancelier au Reichstag 39
15 bis. Tant qu*il m'en restera un, je resterai 41
II. — CARICATURES ALLEMANDES (1862-1870).
16 . Bismarck plaçant la couronne sur la tête du roi de Prusse 47
17. Bismarck chassé de Berlin 49
18. Le chapeau Bismarck remplaçant le chapeau Gessler.. 51
19. La Prusse se débarrassant de Biçmarck en le faisant cou-
ronner roi de Grèce 53
20. Bismarck enfermé dans un water-closet 57
21 . Bismarck et Guillaume dans Fiesko 59
22. Bismarck vétérinaire de la Confédération germanique. 63
23. Bismarck et l'Autriche à Kiel 65
24. Bismarck et le Landtag prussien 67
25. Bismarck gendarme des frontières russo • prussiennes. . . 69
26. Bismarck en chat dans la cage du parlement 71
27. Bismarck exécutant la danse des œufs 72
28. Bismarck témoignant son amour à la Bavière 75
29. Bismarck mettant la main dans le trésor du Hanovre. . 76
30. L'innocence persécutée. (Bismarck et Guillaume se
lamentant.) •.. 77
31 . Bismarck brûlant les ailes à Napoléon 79
32. Bismarck achetant les opposants du Sud 80
33. La nouvelle fuite en Egypte. Bismarck conduisant
râne germanique sous Tégide du casque prussien. ... 81
34. La Bavière demandant à Bismarck une place dans la
nouvelle Confédération 83
35. Bismarck et Francfort 84
36. Bismarck arrosant les souverains allemands 85
Les not 5, 6, 7, 8, sont également des caricatures allemandes anté-
rieures à 1870.
III. — CARICATURES ALLEMANDES (1870-1890)
37. Bismarck couronné de lauriers 89
38. Bismarck supprimant l'indigénat des Jésuites 91
39. Bismarck regardant passer les candidats au Reichstag. 91
TABLE DES GRAVURES 299
40. Bismarck à Canossa 93
41 . Les trois cheveux du grand Chaucelier 9i
42. Bismarck patinant avec le pape 95
43. Bismarck en ses diverses attitudes 97
44. Une soirée chez M. de Bismarck 99
45. La poste de l*£mpire apportant à Bismarck les ca-
deaux des Allemands 101
46. Bismarck découpé par le « Ulk » 101
47. Bismarck à Friedrichsruhe 103
48. Bismarck « mis au froid » à Saint-Pétersbourg 105
49. Les Parques de l'amitié (Bismarck, Kalnocky et Crispi). 107
50. Le peintre Lenbach exécutant ses Bismarck 109
51 . Bismarck en lutteur de foire m
52. Bismarck buvant sa chope de bière 112
53. Feu d'artifice de la fête Bismarck à Munich U3
51. Bismarck lançant au nez de l'Autriche de la fumée de
canon 115
55 et 56. Eugène Richter refusant de souscrire pour la statue
de Bismarck dans la crainte qu'il ne revienne quelque
jour 116 et 117
57. Eclipse partielle de lune 119
Les noa 1, 4, 13 sont également des pièces allemandes exécutées de-
puis 1870.
IV. — CARICATURES AUTRICHIENNES.
58 . Bismarck se disposant à aller à Canossa 123
59. Entre Berlin et Munich 125
60. Bismarck en portier de l'hôtel de l'Empire éconduisant
les Jésuites 127
6 1 . Bismarck et le jeune fusilier Poméranien 1 29
62. Bismarck et les Jésuites 131
63 . Oambetta et Bismarck 133
64. Bismarck au Parlement de l'Allemagne du Nord 134
65 . Bismarck embrassant le pape 135
66. « Nous autres Allemands, craignons Dieu » 136
67. Bismarck voulant quitter la « maison >» à l'avènement
de Frédéric III 137
68. Bismarck s'arrachant ses trois cheveux 139
300 TABLE DKS GUAVUUES
(39. Bismarck ouvraot un fromage de gruyère (allusion aux
afifaires suisses) 141
70. Bismarck débitant de tabacs 142
71 . Les rhumatismes du prince de Bismarck 143
72 . Bismarck montant la garde : en 1870 et en 1881 1 44
73. Bismarck peintre d'enseignes 145
74 . Bismarck étouffant le parlementarisme avec la fumée
d'un cigare monopolisé 146
"t 5 . Bismarck enrégimentant l'Ange de la paix dans la cava-
lerie 1 47
76. Bismarck en affiche de tabac 149
77. Bismarck et les « non-galanteries » de Herbert 151
V. — CARICATURES FRANÇAISES (1867-1890).
78. Portrait-charge de Bismarck, par Gill 157
1^. Renversez le Prussien et vous aurez la chute du Rhin. 16i
80. Bismarck en escamoteur faisant circuler le casque prus-
sien sous l'Espagne, caricature de Cham 163
8 1 . L'homme à la boule, par Draner 165
^2. Le pioupiou français dans l'assiette de Bismarck, carica-
ture de Cham 167
83. Le ballon de la triple Alliance s'envolant au nez de Bis-
marck 169
84. Le dieu des armées se chargeant par la culasse, carica-
ture de Pilotell 171
85. Bismarck recevant sur la tète le pavé des a Mémoires
de Frédéric III », par Alfred Le Petit 173
86 . Pilori-Phrénologie : Bismarck, par Belloguet 175
87. L'entrevue de Friedrichsruhe, par J. Blass 179
88. Bismarck en bougeoir 181
89. La cuisine allemande, par J. Blass 183
vo , Bismarck frappant l'Angleterre, sur « l'autre joue »
par Willette 1S5
9 1 . Bismarck bassinant le lit de la Paix, par Gilbert-Martin 187
92. Bismarck débitant d'eaux-de-vie, par Spolski 191
93. Bismarck se faisant nihiliste, par Tiret-Bognet 193
94 et 95. Bismarck tragédiante, Bismarck comédiante, par
Tiret-Bognet 195 et 196
TABLE DES GRAVURES 301
98. Le Bismarck des enfants, par Félix Régamey 197
97. Ce qu'il y a dans la figure de M. de Bismarck, par
Moloch 199
98. Bismarck se reposant le septième jour, par de Sta ... 201
99. Bismarck en silhouette, par Moloch 203
100-101. Les quatre saisons d'un homme d'État, par Blass. 205
102. Bismarck « portraituré » par Humbert 207
VI. — CARICATURES ITALIENNES.
103 . Bismarck conduit en carrosse par le Vatican 2 il
104. Bismarck et le Vatican so rasant mutuellement 213
105. Bismarck et Humbert I" 218
105 Bismarck et Léon Xlll 219
107. Bismarck et le petit Cobourg — 221
108. Bismarck quittant la scène du monde avec son théâtre
de marionnettes 223
109. Bismarck en bouledogue 225
VII. — CARICATURES ANGLAISES.
HO. Bismarck et la France en 1871 229
111. Bismarck démissionnant 231
112. Bismarck en aiguilleur préparant une rencontre entre
l'Angleterre et la Russie 233
113. Jetés dehors! Bismarck et Gladstone en chiens 237
114. Bismarck fermant boutique 240
115. Le pilote abandonné 241
116. Bismarck avalant le monde 244
VIII. — CARICATURES SUISSES.
1 17 . Les pensées intimes de M. de Bismarck 247
118. Bismarck faisant porter en triomphe les balles de Tat*
tentât Blind 24**
119. L'institutrice prévoyante : M. de Bismarck conduisant
l'Italie et l'Autriche 251
120. Une heure de souvenirs. Tète phréno logique de Bis-
marck 255
121 . Le Géant. Bismarck, son fils sur les épaules, conduisant
l'Empereur par la main .- 257
302 TABLE DES GRAVURES
122. A cheval sur un chien aux côtés de Napoléon III 259
IX. CAR1CAT0RE8 RUSSES^ HOLLANDAISES, PORTUGAISES.
123. Bismarck et la Mort 263
124. Courte histoire d'Otto de Bismarck 265
125. Les adieux da prince de Bismarck. 267
126. Bismarck et la Hollande 271
127. Bismarck en escargot 274
X. — CARICATURES AMÉRICAINES.
128. Bismarck et les États-Unis personnifiés par un cochon 277
129. Le président Arthur faisant amende honorable devant
Bismarck 277
130 . M . Bayard devant le prince de Bismarck i . . . . 279
131. Bismarck en éléphant soulevant dans sa trompe le roi
d'Espagne - 281
132. Bismarck voulant renverser l'Église 283
133. Bismarck vu par Abou Naddara 286
134. Bismarck en casse-noix 295
135. Bismarck d'après un essuie-plume en cuir 296
136. Bismarck vu par Humbert. 306
TABLE DES MATIÈRES
une prediction allemande xi
Avant-propos. — portraits de m. de bismarck 1
I. — considérations générales.
Appréciation de M .de Bismarck sur la caricature. — Com-
ment il faut concevoir le portrait-charge en Allemagne.
— Pas de caricatures sur l'homme d'État prussien avant
1862. — Points de ressemblance entre M. de Bismarck
et Napoléon III 9
II. — BISMARCK et SA GALERIE d'iMAGES.
Bismarck et Bonaparte. — Bonaparte en Napoléon I". —
L'album Bismarck. — Bismarck et l'Almanach à aiguille.
— Bismarck dieu de la machine à broyer. — La caricature
européenne spécialement dirigée contre Napoléon III. —
Bismarck sculpté en casse-noisette Si
III. — la caricature de nos jours et la caractéristique
DES caricatures ALLEMANDES SUR M. DE BISMARCK.
Violence des caricatures françaises contre les hommes po-
litiques. •— Nécessité de réagir. — Bismarck caricaturé
comme homme politique, toujours respecté comme
304 TABLE DES MATIÈRES
homme privé. — Caricature humoristique alors même
qu'elle est hostile 33
IV. — LE PREMIER TYPE CRÉÉ PAR LA CARICATURE
VIENNOISE (1862-63).
Bismarck ministre. — Un policier-diplomate. — Bismarck
maudit. — Bismarck roi de Grèce.'— Bismarck singe
de Napoléon III 45
V. — BISMARCK CARICATURÉ PAR LES ALLEMANDS
(1862-1869).
Les petites vignettes du Putuch, de Munich. — Tout au
fer et au sang. — Haine non déguisée à i'égard de Bis-
marck. — Les grandes caricatures de la Latern de
Francfort 6i
VI. — BISMARCK ENCENSÉ PAR LES ALLEMANDS
(1870-1890).
Le Kladderadattch et les caricatures berlinoises. — La
question religieuse : à Canossa. — Les trois cheveux du
Chancelier. — Questions budgétaires et de politique
intérieure. — Bismarck intime. — Bismarck vu par les
artistes et dans le livre 87
VII. — BISMARCK CARICATURÉ PAR LES VIENNOIS.
Le type créé par le Figaro depuis 1870. — Un Bismarck
humoristique avec sa pipe et son chien. — Le Bismarck
réactionnaire manœuvrant le knout. — Le Bismarck
populaire du Kikeriki, — Bismarck et le monopole du
tabac. — Les caricatures du Floh et des Humoristische
Blœtter, — Les « non-galanteries » de Herbert de Bis-
marck. — Le Bismarck de l'avenir 12 1
VII. — BISMARCK ET LA CARICATURE FRANÇAISE
(1867-1890)
Les premiers portraits-charge de M. de Bismarck : Qill et
Gilbert-Martin (1867). — Les caricatures de la Guerre et
TABLE DES MATIÈRES 305
de la Commune : l'homme à la boule de Draner, Pilotell
et Saïd. — Les caricatures depuis 1880. — Blass et Gil-
bert-Martin, Trihouletr Pilori f Don Quichotte, — Luque
et le Monde Paritien, — Type vu par les dessinateurs
français. — Le Bismarck tragique et Tiret-Bognet. —
Un Bismarck en deux traits 155
IX. — BISMARCK CARICATURÉ PAR LES ITALIENS.
La caricature à tendances européennes : Papagallo,
Rana^ etc. — Le vrai Bismarck italien : Fitchietto et
Poiquino, — Ressemblances physiques entre Bismarck et
Crispi. — Le chancelier à trois cheveux et le ministre à
un cheveu 209
X. — BISMARCK CARICATURÉ PAR LES ANGLAIS.
Peu de caricatures anglaises sur Bismarck. — Les Anglais
ne dessinent la figure du chancelier que lorsqu'il est
mêlé à des événements les intéressant particulièrement.
— Type des Bismarck anglais. — Caricatures sur la
retraite du Chancelier, véritables tableaux humoris-
tiques 227
XI. — BISMARCK CARICATURÉ PAR LES SUISSES,
Les caricatures antérieures à 1870. — L'affaire Blind et le
Poitkeiri, — Les caricaturistes du Nebelspalter. — Bis-
marck phrénologique. — Bismarck vu chez lui sans être
mêlé à la politique européenne 245
XII. — CARICATURES RUSSES, POLONAISES, ESPAGNOLES
PORTUGAISES.
Physionomie des caricatures slaves sur M. de Bismarck. —
Le Chancelier transformé en bon bourgeois hollandais. —
Silence complet de la Belgique. — Le Bismarck en
escargot de Pinheiro ^^v
300
TAULE DES MATIEHES
XIII. — BISMARCK CARICATURÉ PAR LES AMERICAINS.
Particularités de la caricature américaine. — M. de Bis-
marck considéré au point de vue des aiîaires euro-
péennes. — M. de Bismarck dans les questions natio-
nales ou locales. — Emprunts à la caricature politique
des autres pays. — Bismarck partout 375
XIV. — DoS^lf^NTS POUR SERVIR A l/lCU\0(^4PU: )^K
^ M.*DB BISMVRGK. * \ •
S
Portraits-charge et caricafnres de 1867 à :890|l~«Po: traits
sur des couvertures et dans les périodiques illustrés. —
Objets fabriqués par l'industrie française en 1870. —
Objets divers fabriqués en Allemagne 287
.. -^^
Vignette de Humbat (870).
\ÎUN1 1920
KMII.E COLIN — IMPRIMKUIK DK LAONN